Pour Marlène Schiappa, la rétrospective Polanski à la Cinémathèque "contribue à la culture du viol"

Publié à 09h10, le 31 octobre 2017 , Modifié à 09h10, le 31 octobre 2017

Pour Marlène Schiappa, la rétrospective Polanski à la Cinémathèque "contribue à la culture du viol"
© Bertrand GUAY / AFP
Image Amandine Réaux


Quelques dizaines de personnes, répondant à l'appel d'associations féministes, ont manifesté lundi 30 octobre devant la Cinémathèque à Paris contre la rétrospective consacrée à Roman Polanski, accusé par plusieurs femmes d'agressions sexuelles. Le réalisateur de 84 ans venait présenter son dernier film D'après une histoire vraie lors d'une soirée privée lançant cette rétrospective de son œuvre.

Marlène Schiappa partage l’indignation des manifestantes. Selon la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, invitée de LCI ce mardi, l’hommage à l'auteur franco-polonais "contribue à la culture du viol" :

C’est ce qui contribue à la culture du viol que de minimiser ou de relativiser les viols et les agressions sexuelles selon le talent ou selon la notoriété de la personne qui est mise en cause. Je me suis aperçue qu’en janvier, il y avait un autre cinéaste [Jean-Claude Brisseau, ndlr] qui était programmé à la Cinémathèque française, qui a été condamné deux fois pour agression et harcèlement sexuels, donc ça me choque. J’en ai parlé avec la ministre de la Culture, on est en phase sur ce sujet, nous pensons toutes les deux que la Cinémathèque française pourrait programmer des cinéastes femmes, par exemple, ou des cinéastes femmes et hommes qui n’ont pas été condamnés pour agression sexuelle ou pour viol. Il y en a pléthore en France. Ce serait, de notre point de vue, plus pertinent.

Marlène Schiappa trouve "problématique" que cette rétrospective intervienne au moment où le gouvernement lance une campagne de prévention des agressions sexuelles. Elle précise qu’à titre personnel, elle n’ira pas voir le dernier film de Roman Polanski.

L'emploi de l'expression "culture du viol" est choisi. Marlène Schiappa a écrit un essai intitulé Où sont les violeurs ? paru en février. "La culture du viol, c’est la tolérance envers le viol, et tout ce qui peut mener au viol, comme le harcèlement de rue, les agressions sexuelles, les insultes sexistes, ou le cyberharcèlement", expliquait-elle à Cheek magazine.

Mi-octobre, la secrétaire d’État s’était indignée similairement de la "promo" faite à "l’assassin" Bertrand Cantat en une des Inrocks.

Après l'affaire Weinstein et les révélations sur le harcèlement sexuel subi par de nombreuses femmes, l’événement de la Cinémathèque a suscité l’indignation de féministes. Malgré les protestations et une pétition ayant recueilli plus de 27.000 signatures, la Cinémathèque a refusé de plier, vantant "sa tradition d'indépendance".

Roman Polanski a été inculpé en 1977 aux Etats-Unis pour le viol d'une adolescente de 13 ans, Samantha Geimer. Alors âgé de 43 ans, il avait reconnu avoir eu des relations sexuelles illégales avec la mineure. Le juge avait finalement accepté de ne pas retenir d'autres incriminations, dont le viol. Après 42 jours en prison, il s'était enfui des Etats-Unis en janvier 1978, redoutant d'être lourdement condamné, contrairement à un accord à l'amiable.

Sous la pression de féministes, Roman Polanski avait dû en début d'année renoncer à présider la cérémonie des César, décernés chaque année en France par les professionnels du cinéma.

Depuis cette affaire et le scandale de l'affaire Weinstein aux Etats-Unis, plusieurs femmes sont sorties de l'ombre pour accuser le cinéaste d'agression sexuelle, des accusations "sans fondement", a contesté son avocat, Hervé Temime.

Par ailleurs, le collectif "Osez le féminisme!" reproche aussi à la Cinémathèque de prévoir en janvier une autre rétrospective, consacrée au cinéaste Jean-Claude Brisseau, condamné en 2005 pour le harcèlement sexuel de deux jeunes actrices.

Du rab sur le Lab

PlusPlus