Réfugiés : la commune de Charvieu-Chavagneux (Isère) ne veut accueillir que des chrétiens car "ils ne procèdent pas à la décapitation de leur patron"

Publié à 08h34, le 09 septembre 2015 , Modifié à 10h30, le 09 septembre 2015

Réfugiés : la commune de Charvieu-Chavagneux (Isère) ne veut accueillir que des chrétiens car "ils ne procèdent pas à la décapitation de leur patron"
Des membres de la famille Mikho, chrétiens irakiens ayant fui leur pays, à leur arrivée à Bellegarde-sur-Valserine (Ain), le 5 septembre 2015 © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Image Etienne Baldit


Accueillir des réfugiés, oui, mais à condition que ceux-ci soient chrétiens : la revendication commence à être partagée par un certain nombre de maires français. Certains argumentent que les chrétiens d'Orient sont "les plus persécutés" et qu'à ce titre, ils doivent être accueuillis en priorité. D'autres justifient ce choix par la volonté d'avoir "l'absolue certitude que ce ne sont pas des terroristes déguisés". D'autres vont encore plus loin. C'est le cas de la commune de Charvieu-Chavagneux (Isère).

Mardi 8 septembre au soir, le conseil municipal de cette ville de 8.250 habitants a approuvé, à l'unanimité, un texte du maire divers-droite, Gérard Dézempte, dans lequel ce dernier explique être tout à fait prêt à recevoir des réfugiés, mais "à la condition expresse que ce soit une famille chrétienne". Dans ce texte transmis à l'AFP, les élus de la commune estiment tranquillement que seuls les réfugiés chrétiens ne sont pas des terroristes en puissance : 



[Parce] que les chrétiens ne mettent pas en danger la sécurité d'autrui ; qu'ils n'attaquent pas les trains armés de kalachnikov, qu'ils n'abattent pas des journalistes réunis au sein de leur rédaction et qu'ils ne procèdent pas à la décapitation de leur patron comme nous l'avons vu à quelques kilomètres de notre commune.

Trois références explicites à des événements qui ont secoué le pays récemment : l'attaque déjouée du Thalys, l'attentat de Charlie Hebdo et l'attaque de l'entreprise Air Products à Saint-Quentin-Fallavier, lors de laquelle Hervé Cornara a été décapité par Yassin Salhi, mis en examen pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste". Charvieu-Chavagneux est située à 16 km de Saint-Quentin-Fallavier. 

Tout réfugié n'étant pas de confession chrétienne est donc suspecté, à Charvieu-Chavagneux, d'être capable de commettre de tels actes.

Cette délibération stipule également que les élus souhaitent par là "pallier la politique étrangère irresponsable de l'Etat en accueillant une famille de réfugiés". Ils citent aussi l'appel du Pape François à accueillir des réfugiés mais encore une promesse de Saint-Louis, en 1250, de protéger les chrétiens d'Orient : "Cette promesse a traversé les siècles, faisant de la France une fidèle protectrice des chrétiens d'Orient".

La France s'est déclarée prête à accueillir 24.000 réfugiés dans les deux années à venir. Manuel Valls a sèchement répliqué aux élus qui ne souhaitent accueillir que des réfugiés chrétiens, mardi soir, en déclarant :



On ne trie pas en fonction de la religion. Le droit d'asile, c'est un droit universel.

Gérard Dézempte, réélu maire de Charvieu-Chavagneux en mars 2014 sous l'étiquette divers droite (après RPR et UMP), est en place depuis 1983. Il est aussi conseiller départemental, réélu en mars 2015 sous l'étiquette d'union de la droite face au FN, qui fait de gros scores sur la commune et dans le canton.

Comme le rappelle Le Parisien, Gérard Dézempte a un passif en matière de mesures polémiques. Le quotidien écrit : 



En 1989, un bulldozer envoyé par la mairie avait détruit 'par erreur' un local de prière musulman et en 1997, son reférendum proposant un quota de personnes d'origine étrangère dans les logements sociaux avait été annulé par la Cour d'appel de Lyon.


[Edit 10h25 : ajout précisions Le Parisien]

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