Robert Bourgi raconte avoir été "contraint de mentir" par François Fillon au sujet des costumes Arnys

Publié à 10h04, le 14 avril 2017 , Modifié à 11h48, le 15 avril 2017

Robert Bourgi raconte avoir été "contraint de mentir" par François Fillon au sujet des costumes Arnys
Robert Bourgi et François Fillon © Montage via AFP

Il est l'homme par qui l'autre scandale est arrivé. L'avocat Robert Bourgi a offert à François Fillon deux costumes de luxe de la maison Arnys pour une valeur de 13.000 euros, costumes que le candidat à la présidentielle a finalement rendus après avoir expliqué en long, en large et en travers qu'il n'avait absolument rien à se reprocher.

Robert Bourgi a, pour sa part, quelque chose à reprocher à François Fillon. Interrogé par Mediapart ce vendredi 14 avril, l'avocat raconte avoir subi "des pressions d'ordre politique" après les révélations du Journal du Dimanche sur les costumes de l'ancien Premier ministre. Et ces pressions ne venaient pas de nulle part. Elles venaient directement de François Fillon. "Dans le camp de M. Fillon et venant de M. Fillon lui-même, on voulait que je participe à la dissipation de tout doute autour de cette histoire, sur laquelle je crois pouvoir dire que je détiens la vérité", commence Robert Bourgi, avant d'ajouter :  

"

Je l’ai eu personnellement à plusieurs reprises. Et à plusieurs reprises, il a fait appel à ma solidarité de gaulliste. […] François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien concernant l’identité de la personne qui a offert les costumes : moi. L’un et l’autre m’ont appelé dès le samedi après-midi [la veille de la publication du JDD – NDLR] pour que je ne dise pas que c’était moi. Je leur ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit : 'Tu sais, c’est la Françafrique, on va penser que… '. Mais qu’est-ce que la Françafrique a à voir avec cela ? Par conséquent, j’ai été contraint pendant une semaine de mentir.

 

"

Mentir a semble-t-il profondément choqué cette figure de la "Françafrique". Le 17 mars, Robert Bourgi a donc fini par reconnaître que oui, il était bien le mystérieux ami qui avait offert de très beaux costumes à François Fillon. Il avait assuré à BFMTV qu'il s'agissait de "cadeaux" et qu'il n'attendait "rien en retour".

Auprès de Mediapart ce vendredi, Robert Bourgi précise avoir offert ces costumes à François Fillon "pour sa victoire à la primaire de la droite". Ni plus. Ni moins. Las, l'ancien Premier ministre a rendu les deux costumes, et même un troisième, offert pour Noël en 2014 celui-ci… 

[Edit 15/04]

Ces costumes, François Fillon les a donc rendus. Vraiment ? Mediapart révèle encore, vendredi 14 avril, que les enquêteurs soupçonnent l'ancien Premier ministre de... ne pas avoir rendu les bons. Ce que confirme au site d'information l'avocat de Robert Bourgi, qui explique :

"

Je peux simplement vous dire que monsieur Fillon a fait rapporter chez Robert Bourgi un ensemble de chez Arnys (pantalon et blazer) offert en 2014, ainsi que deux costumes, sans marque aucune. Un troisième costume, offert par Arnys pour le prix des deux premiers, a été conservé par monsieur Fillon. Quant aux deux costumes rendus, je ne peux pas dire si ce sont ceux de chez Arnys offerts par Robert Bourgi ou d'autres costumes, puisqu'il n'y avait aucune marque dessus ou griffe de créateur, en dehors d'un 'made in Holland', le pays, pas le président.

 

"

La blagounette finale peut faire sourire, mais c'est à partir de celle-ci que l'on peut soulever le lièvre. D'après les spécialistes consultés par Mediapart, les vêtements Arnys "sont normalement accompagnés d’une griffe visible en transparence moirée dans la doublure du vêtement. Ils sont également accompagnés de deux étiquettes siglées avec, écrites à la main, les mentions du propriétaire du vêtement et sa date de fabrication." Ce qui n'est donc pas le cas ici. La marque de luxe "vante par ailleurs régulièrement son savoir-faire français", ajoutent nos confrères, ce qui rend cette étiquette "made in Holland" des plus suspectes. À moins qu'il ne s'agisse que d'un nouveau coup du "cabinet noir"...

Du rab sur le Lab

PlusPlus