Un collaborateur de Myriam El Khomri explique pourquoi il démissionne (et charge Valls pour la loi Travail)

Publié à 15h12, le 29 février 2016 , Modifié à 15h14, le 29 février 2016

Un collaborateur de Myriam El Khomri explique pourquoi il démissionne (et charge Valls pour la loi Travail)
Manuel Valls © AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD
Image Etienne Baldit


Il claque la porte, non sans bruit. Généralement, quand un collaborateur de ministre démissionne, cela se passe dans une relative discrétion. Mais pas pour Pierre Jacquemain, qui donne les raisons de son départ du cabinet de Myriam El Khomri dans une interview à L'Humanité, lundi 29 février.

Il était la "plume" de la ministre du Travail, chargé de travailler ses discours et de préparer ses relations médias. Embauché quelques mois plus tôt par celle qui était alors secrétaire d'État à la politique de la Ville, il a suivi sa patronne avec enthousiasme à sa nomination rue de Grenelle. "C’est une militante de gauche que j’ai toujours respectée. Elle a fait un excellent travail en tant que secrétaire d’État, elle s’est battue pour obtenir des arbitrages favorables et mener une politique digne de ce nom", dit-il de sa boss, aujourd'hui dans la tourmente de la réforme du droit du travail qui suscite une très virulente opposition.

C'est d'ailleurs ce texte qui a poussé Pierre Jacquemain à démissionner le 9 février. Un projet de loi dont il fait porter l'entière responsabilité à Manuel Valls, dédouanant au passage Myriam El Khomri qui, selon lui, avait une "grande ambition" et avait réussi à obtenir de "réelles avancées" via une "concertation fructueuse avec les partenaires sociaux". Il dit :

J’ai peu à peu compris que nous perdions la bataille. En réalité, la politique du ministère du Travail se décide ailleurs, à Matignon. C’est le Premier ministre qui donne le ton. Après le rapport Combrexelle, Myriam El Khomri avait pourtant une grande ambition. Elle a mené une concertation fructueuse avec les partenaires sociaux, qui a débouché sur de réelles avancées. Malheureusement, aucune de ces avancées n’apparait dans le projet de loi final. Le compte personnel d’activité n’est qu’une coquille vide, qui n’est que l’agrégation de droits sociaux déjà acquis. Par ailleurs, à qui veut-on faire croire que la dématérialisation des fiches de paie est une grande avancée sociale ?

Des affirmations qui corroborent les informations du Canard Enchaîné du 24 février. D'après l'hebdomadaire, ce sont bien les services de Matignon qui ont bâti ce projet de loi. Un conseiller de Myriam El Khomri assurait au Canard :



La réforme est arrivée toute écrite sur le bureau de la ministre. Sa marge de manoeuvre a été réduite à néant. C'est le directeur de cabinet de la ministre, Pierre-André Imbert - imposé par l'équipe Valls -, qui a tout géré.

Pierre Jacquemain, de son côté, qualifie aujourd'hui la loi Travail d'"erreur historique". Militant à la gauche de la gauche ayant travaillé avec Clémentine Autain, il juge notamment qu'il s'agit d'une "régression en matière de droits sociaux, dans la mesure où de nombreux acquis des travailleurs pourront être renégociés à l’échelle des entreprises, où le rapport de force est systématiquement défavorable aux salariés."

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