Une de Charlie Hebdo : pour Jean-Frédéric Poisson, le blasphème est une limite à la liberté d’expression

Publié à 10h46, le 06 janvier 2016 , Modifié à 10h52, le 06 janvier 2016

Une de Charlie Hebdo : pour Jean-Frédéric Poisson, le blasphème est une limite à la liberté d’expression
Image Sébastien Tronche


TOUCHE PAS A MON DIEU - Un an après les attentats qui ont frappé l’hebdomadaire satirique, Charlie Hebdo sort ce mercredi 6 janvier un numéro spécial avec à sa une un dieu s’enfuyant avec une kalachnikov dans le dos. Le tout barré du titre : "L’assassin court toujours".

Si cette couverture ne fait pas rire toute la classe politique, loin de là (n’est-ce pas Alain Juppé ?), il y en a un qu’elle choque particulièrement. C’est le président du Parti chrétien démocrate, proche de Christine Boutin et député LR, Jean-Frédéric Poisson.

Invité de la matinale de LCP ce mercredi, Jean-Frédéric Poisson estime tout d’abord que cette une "n’a pas beaucoup d’intérêt". "Ce n’est pas drôle, pas intelligent et ce n’est absolument pas adapté à la situation", poursuit-il, assurant néanmoins qu’il peut "comprendre la vocation des journaux satiriques". Et donc la liberté d’expression.

Mais, car il y a un mais, pour le patron du PCD, la liberté d’expression a des limites. Pas seulement juridiques. Et parmi elles, le blasphème, pourtant toléré en France à la différence de nombreux autres pays. Et Jean-Frédéric Poisson de développer, estimant que là, Charlie Hebdo a "dépassé la limite" de la liberté d’expression :

Pour autant, le propre de la liberté d’expression - elle ne s’use que si l’on ne s’en sert pas - c’est que dans certaines circonstances, elle doit apprendre à se fixer à elle-même ses propres limites. Je pense qu’on a dépassé la limite.

"Gêné" par cette couverture, "croyant, comme des millions de Français", dit-il, Jean-Frédéric Poisson trouve ainsi "pas acceptable" de dire, "même pour rire", "que dieu est un assassin". Il dit :

Je suis croyant, comme des millions de Français, l’idée que même pour rire on puisse dire que dieu est un assassin, ce n’est pas acceptable. (…) Il y a un équilibre à trouver entre la liberté d’expression et une forme de respect des consciences. Dans un pays fractionné, il est difficile de permettre à chacun de trouver cette limite intérieure.

Le blasphème, qui n’est pas sanctionné par la loi en France, fait donc partie des "limites" à la liberté d’expression, selon le député de droite. On n’était pas au courant. Jusqu’à aujourd’hui, les "abus que la loi française a prévu de sanctionner" sont autres, comme le rappelle service-public.fr : "la diffamation et l’injure", "l’apologie ou la provocation à commettre certains crimes ou délits , telles l’apologie des crimes de guerre ou contre l’humanité, des actes de terrorisme ou la provocation à ces actes" ou encore "les diffamations et injures envers les personnes à raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à une nation, une ethnie, une race ou une religion déterminée".

Désolé d’attrister encore un peu plus Jean-Frédéric Poisson, mais depuis cette semaine, le blasphème n’est plus un délit où que ce soit en France. Ainsi le ministère de la Justice a-t-il estimé que "la justice française ne peut plus condamner quiconque pour blasphème, y compris en Alsace-Moselle".

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