Une sénatrice juppéiste à propos de LR : "Ce qui nous rassemble est peut-être moins fort que ce qui nous distingue"

Publié à 19h05, le 25 avril 2017 , Modifié à 19h13, le 25 avril 2017

Une sénatrice juppéiste à propos de LR : "Ce qui nous rassemble est peut-être moins fort que ce qui nous distingue"
Fabienne Keller © Montage Le Lab via Public Sénat
Image Etienne Baldit


THIS IS THE END - Après le premier tour de la présidentielle, les deux principaux partis de gouvernement sont en crise profonde. Leurs candidats, Benoît Hamon et François Fillon, ont tous deux été éliminés. Comme annoncé, c'est donc l'heure de la "recomposition" pour les Républicains et le Parti socialiste, depuis longtemps tiraillés entre diverses lignes assez peu compatibles.

Et si du côté de Solférino, un début de "clarification" est en cours sous la houlette de Manuel Valls, c'est peut-être en réalité rue de Vaugirard que les choses vont se décanter en premier. Avec, comme facteur de division majeur, la consigne de vote pour le second tour. Réunis en bureau politique lundi 25 avril au soir, les quelque 80 cadres LR présents ont adopté (sans vote) un appel à faire battre Marine Le Pen et à ne pas s'abstenir, mais pas clairement à voter pour Emmanuel Macron (même si, de fait, cela revient au même). Et cela ne convient à personne ou presque. Pire, cela a ouvert la voie à des divisions de grande ampleur à droite.

Au micro de Public Sénat ce mardi, la sénatrice pro-Juppé Fabienne Keller acte presque l'existence de deux droites *irréconciliables* : celle qui est prête à "voter Macron" voire à travailler avec lui (dont elle fait partie), et l'autre, qui n'aime pas trop regarder vers le centre (pour ne pas dire autre chose). L'élue du Bas-Rhin explique :

C'est la réalité de notre mouvement des Républicains, qui a montré hier qu'il y avait des sensibilités très différentes et que ce qui nous rassemblait était désormais peut-être moins fort que ce qui nous distingue.

La phrase est lâchée au détour d'autres réflexions, mais son sens ne fait aucun doute. Elle a d'autant plus de poids qu'elle est une adaptation parfaite d'un autre gimmick maintes fois entendu au cours de la primaire de la droite et depuis, utilisé pour montrer l'unité du parti au-delà des divergences programmatiques : "Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise."

À revoir dans cette vidéo (à partir de 3'10") :





Voilà qui remet aussi sérieusement en question les déclarations de diverses figures d'autorité de la droite, comme celle de Gérard Larcher qui estimait ce mardi matin que LR avait "évité l’implosion par l’esprit de responsabilité"...

Pour sa part, Fabienne Keller veut donc "voter clairement pour Macron" et "que nous nous mobilisions pour l'essentiel", à savoir "protéger, sauvegarder, préserver les valeurs républicaines". Or, l'ancien ministre de l'Économie de François Hollande est "le seul républicain du second tour", dit-elle. Et de se dire prête à envisager une "coalition" entre sa partie de la droite et En Marche ! en cas de victoire de Macron à la présidentielle puis de ses candidats aux législatives :

Nous ne pourrons pas ignorer le résultat de la présidentielle et nous opposer sur tout, ce serait destructeur au moment où la France a besoin de réforme. Donc l'idée de coalition - mais qui n'est pas la tradition française, plutôt de tradition germanique -, c'est-à-dire un accord de gouvernement, un accord sur certaines mesures... Nous souhaiterions qu'Emmanuel Macron infléchisse son projet, notamment dans le domaine de l'économie et de l'emploi, la priorité absolue.

[...] Chacun resterait dans son mouvement, mais une coalition, un accord sur des thèmes très concrets - sur l'Europe, sur l'économie, sur les économies budgétaires-, pourra être trouvé dans le seul intérêt de la France. Mais pour la clarté du débat politique, il faut que chacun reste dans son mouvement.

"Alain Juppé souhaite infléchir les orientations du seul candidat que nous soutenons désormais [...] pour essayer d'avoir un projet qui est conforme aux intérêts de long terme de la France", assure-t-elle encore, répétant que les juppéistes sont "prêts à travailler avec [Macron]", "dans une forme d'opposition constructive".





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