Vers la disparition du groupe écolo du Sénat, après cinq ans d'une folle saga

Publié à 10h51, le 27 juin 2017 , Modifié à 15h35, le 27 juin 2017

Vers la disparition du groupe écolo du Sénat, après cinq ans d'une folle saga
L'hémicycle du Sénat. © FRANCOIS GUILLOT / AFP
Image Etienne Baldit


DÉGÂTS COLLATÉRAUX - Plus de groupe à l'Assemblée nationale, même plus de député, pas de candidat à la présidentielle, une direction divisée... et maintenant plus de groupe au Sénat ? Pour le dire poliment, la situation d'EELV n'est pas des plus brillantes à l'heure actuelle. Et si le parti perd vraisemblablement aujourd'hui son entité représentative au palais du Luxembourg, c'est par la *faute* du sénateur André Gattolin, qui quitte le groupe (et EELV tout court) pour rejoindre celui de La République en marche, qui voit le jour mardi 27 juin.

Comme le rapporte Public Sénat lundi, l'élu écologiste des Hauts-de-Seine et vice-président de la commission des Finances fait partie de la grosse vingtaine de sénateurs qui ont déjà répondu favorablement à l'appel de l'ancien socialiste devenu "marcheur" François Patriat, à l'origine de la création du groupe LREM au Sénat - alors même qu'aucun élu n'y siège sous cette étiquette, le renouvellement sénatorial de septembre n'ayant pas encore eu lieu.

Le nombre d'élus écolos à la chambre haute passe donc subitement de 10 à 9, soit un de moins que le seuil minimal pour constituer un groupe. Ce qui consacre la fin d'un groupe parlementaire à l'histoire mouvementée depuis cinq ans, à moins d'un miracle et du ralliement d'un élu venu d'un autre groupe.

# Et Hollande créa le groupe

Sa création en 2011 n'avait été rendue possible que grâce à une réforme impulsée par le président (PS) du Sénat d'alors, Jean-Pierre Bel, qui avait réduit de 15 à 10 le nombre d'élus nécessaires pour constituer un groupe.

À l'époque, EELV s'engageait dans un accord avec le PS et François Hollande en vue de la présidentielle et des législatives, et s'en voyait remercié par une existence officielle au Parlement, avec les moyens financiers et techniques afférents (collaborateurs, temps de parole, niche parlementaire...).

# Expérience de mort imminente numéro 1

Mais constitué d'élus de tendances diverses (EELV, parti écologiste, MoDem...), le groupe a été traversé par des divisions durant tout le quinquennat. Son existence avait déjà été menacée au plus fort de la crise entre les deux lignes principales qui s'affrontaient au sein d'EELV fin 2015, entre les partisans d'un retour au gouvernement et ceux qui prônaient une opposition résolue.

4 sénateurs (Esther Benbassa, Ronan Dantec, Jean Desessard et André Gattolin) avaient alors menacé de quitter le groupe si Jean-Vincent Placé - qui en était le président et avait quitté le parti pour se rapprocher du PS - ne laissait pas la place (désolé). Un "modus vivendi" et une co-présidence tournante avec Corinne Bouchoux avait finalement été mis en place pour éviter l'implosion, avant que "JVP" ne lâche définitivement l'affaire en entrant au gouvernement.

# Expérience de mort imminente numéro 2

Sauf que cette nomination gouvernementale de Jean-Vincent Placé en février 2016 reposait la question du nombre de membres. Car l'élu de l'Essonne quittait alors son siège de sénateur. Après un insoutenable suspense et risquant à nouveau de s'éteindre, le groupe n'avait alors dû sa survie qu'au rattachement in extremis du sénateur apparenté PS Hervé Poher, qui venait colmater la brèche.

Ce qui n'empêchait pas Le Canard Enchaîné de le décrire comme au bord de la dislocation quelques semaines plus tard, ce qui avait été fermement démenti par ses membres. La suite des événements leur avait donné raison... jusqu'à aujourd'hui donc.

# Des adieux dans la douleur

Dans une tribune au vitriol publiée sur le site de L'Express ce lundi, André Gattolin revient sur ces cinq ans de tensions et de déchirures parlementaires, mais aussi sur l'existence mouvementée du parti EELV. Il explique par ailleurs que son départ vers LREM n'est pas étranger à son soutien à des candidats macronistes aux législatives :

Le fait d'avoir été suspendu sine die d'EELV le 30 mai dernier pour avoir lors d'une réunion privée soutenu un ami de 35 ans, candidat aux législatives dans les Hauts-de-Seine sous l'étiquette En Marche, a été pour moi la goutte qui a fait déborder un vase qui n'a cessé de se remplir au cours des deux dernières années.

Et d'ajouter ces considérations cinglantes sur l'état de la formation écologiste en 2017 :

Je ne m'appesantirai pas ici sur les stratégies d'alliances qui nous ont conduit à disparaître de l'élection présidentielle et à perdre toute représentation au sein de l'Assemblée nationale, là où nous disposions en 2012 d'un groupe assez imposant. Comment en sommes-nous arrivés à n'envisager d'accords électoraux qu'avec la gauche du PS ou avec la France Insoumise ?

[...] Pourquoi sommes-nous, en 8 ans, passé du statut de la formation française qui incarnait l'espoir du renouveau en politique - avec plus de 16 % des suffrages exprimés en 2009 - à celui d'un parti bonzaï, mal en point et divisé, peinant à rassembler 3 % des voix aux dernières législatives ?

Gageons donc que ceci n'est pas qu'un au-revoir.

Du rab sur le Lab

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