VIDÉO - Tensions entre Stéphane Le Foll et la presse, sur fond de "déchéance pour tous"

Publié à 16h08, le 03 février 2016 , Modifié à 16h51, le 03 février 2016

VIDÉO - Tensions entre Stéphane Le Foll et la presse, sur fond de "déchéance pour tous"
Stéphane Le Foll lors du compte-rendu du conseil des ministres, mercredi 3 février 2016 © Montage Le Lab via LCP

MÉDIAS, MON AMOUR - Stéphane Le Foll est le porte-parole du gouvernement. À ce titre, il est en prise directe avec la presse, plus encore que les autres ministres. Et ces derniers temps, ses relations avec les médias semblent se compliquer légèrement. Après Stéphane Le Foll engueulant copieusement le patron de BFMTV devant les caméras de Canal +, voici en effet Stéphane Le Foll se prenant longuement la tête avec des journalistes lors du point presse consécutif au conseil des ministres. 

Ce mercredi 3 février, Manuel Valls a précisé certaines mesures relatives à la réforme constitutionnelle, dont l'examen débute à l'Assemblée ce vendredi. Ce projet de loi "unifie les régimes de déchéance applicables aux personnes condamnées quelle que soit l’origine de leur appartenance à la Nation", a notamment expliqué celui qui est aussi ministre de l'Agriculture. Faut-il y voir une porte ouverte à la fameuse "déchéance pour tous" ? Cela n'est toujours pas clair du tout puisque, dans le même temps, "sera engagée la ratification de la convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie", a-t-il rappelé.

C'est sur ce point - la déchéance visera-t-elle ou non les binationaux expressément ? - que les esprits se sont légèrement échauffés. Alors que plusieurs journalistes demandaient à Stéphane Le Foll de confirmer si, oui ou non, le texte de loi comprendra une "référence à l'apatridie", le porte-parole a soigneusement évité de répondre, entretenant de fait un gros flou. 

"J'ai dit ce que j'avais à dire. Le cadre est parfaitement indiqué. Et c'est sur cette base et sur ce cadre que s'engageront maintenant les discussions au Parlement. Mais les décisions ont été prises et arbitrées", a d'abord éludé Stéphane Le Foll. Plusieurs minutes passent et ce dernier se borne à répéter que "tout a été dit" dans son compte-rendu initial. Avant que l'insistance de la presse ne génère chez lui une irritation très palpable :

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- Journaliste : C'est un vrai problème parce qu'il reste une ambiguité et nous, on veut pas écrire des choses qui soient fausses ou ambiguës.



- Stéphane Le Foll : Eh ben si... Ohlala, si c'était la règle qui s'appliquait çà chaque fois que vous écrivez des choses...



- Journaliste : Eh bah aujourd'hui, la règle s'applique !



- Stéphane Le Foll : Oh oui bon bah elle s'applique, aujourd'hui moi... Non non non, moi je veux pas rentrer dans ce débat et ce procès, [il monte d'un ton] y'a quand même des moments aussi où chacun doit avoir un peu de respect. Je vous fais le point sur le conseil des ministres, je vous dis ce qui a été dit et je l'ai dit de manière très précise, donc maintenant, s'il-vous-plaît, y'a un moment où vous pouvez répéter, même aller jusqu'à dire...



- Journaliste : On répète pas...



- Stéphane Le Foll : Mais si !



- Journaliste : On veut simplement que les choses soient...



- Stéphane Le Foll : Mais vous aurez tout le temps, y'a un débat vendredi. Je vous dis ce qui a été dit ce matin.



- Journaliste : Mais c'est quand même pas compliqué de nous confirmer qu'effectivement tel morceau de phrase n'est pas dans le texte ou est dans le texte.



- Stéphane Le Foll : Mais je n'ai pas à vous confirmer si tel morceau de phrase est ou pas dans le texte, j'ai à faire un compte-rendu d'un conseil des ministres et de manière extrêmement précise. Vous avez un communiqué du conseil des ministres qui est sorti. Je ne fais pas autre chose que de rappeler ce qui a été dit au conseil des ministres.



- Journaliste : Mais on vous demande pas autre chose.



- Stéphane Le Foll : Ben c'est exactement ça.



- Journaliste : On vous demande juste de confirmer si on a bien compris ou pas..



- Stéphane Le Foll : Mais non, vous me demandez autre chose que ce qui a été dit au conseil des ministres et ce qui est le communiqué sorti du conseil des ministres. C'est ça que vous me demandez. Donc je vous dis : je ne vais pas au-delà de ce qui a été dit au conseil des ministres et ce qui est le communiqué du conseil des ministres. J'ai bien compris qu'il n'y avait qu'une chose qui vous intéressait, parce que vous ne voulez pas voir les autres.



- Journaliste : Y'a pas qu'une chose qui nous intéresse, ce qui nous intéresse, c'est de ne pas écrire ou dire des choses fausses, c'est tout.



- Stéphane Le Foll : Mais n'écrivez pas ! Mais la meilleure solution, c'est d'écrire tout ce que je vous ai dit. Et y'a déjà beaucoup de choses.

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Voilà donc le ministre, proche de François Hollande, expliquant à la presse qu'elle n'a qu'à "répéter" benoîtement ce qui lui est présenté, sans chercher à savoir exactement ce que prépare le gouvernement, et alors que le débat sur la déchéance de nationalité semble ne toujours pas trouver d'issue

Et voilà la vidéo de l'échange en question, isolé par LCP :





Cette volonté de Stéphane Le Foll de ne pas répondre aux questions est peut-être dûe à la tenue, dans l'après-midi, d'une réunion sur ce sujet entre Manuel Valls, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, le sercrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen, le patron des députés PS Bruno Le Roux et son homologue du Sénat Didier Guillaume.

Réunion à la sortie de laquelle Bruno Le Roux a indiqué sur LCP qu'a priori, il n'y aurait ni référence à l'apatridie, ni référence à la binationalité dans le texte final. Le député de Seine-Saint-Denis a expliqué :

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- Bruno Le Roux : Je souhaitais qu'on ne trouve plus ni dans la Consitution, ni dans les textes d'application les deux termes : binationalité et apatridie. Je pense que ce sera le cas [...]. Il n'y aura pas ces deux termes dans les textes que nous allons voter.



- LCP : [La déchéance s'appliquera] à tous les Français ?



- Bruno Le Roux : C'est le juge qui décidera. 

"

 

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