Affaires : Macron appelle la presse à "en finir avec cette chasse à l'homme" après le vote de la loi moralisation

Publié à 15h39, le 03 juillet 2017 , Modifié à 16h09, le 03 juillet 2017

Affaires : Macron appelle la presse à "en finir avec cette chasse à l'homme" après le vote de la loi moralisation

JE VOUS DEMANDE DE VOUS ARRÊTER - Durant son discours devant le Congrès à Versailles lundi 3 juillet, Emmanuel Macron a évoqué l'un des premiers et principaux chantiers de son mandat : la loi de moralisation de la vie politique - pardon, loi "pour la confiance dans notre vie démocratique". Et ce alors que la France vit depuis des décennies au rythme régulier d'affaires et de scandales politico-financiers, climat encore alourdi ces derniers mois au cours des campagnes présidentielle et législatives. Mais s'il estime que "le monde politique" doit changer, le Président semble aussi demander à la presse de se calmer un peu avec les révélations... alors que plusieurs de ses ministres - Richard Ferrand, Marielle de Sarnez, François Bayrou, Sylvie Goulard et Muriel Pénicaud - en ont été l'objet à des degrés divers ces dernières semaines.

"Il ne peut y avoir de réforme sans confiance, il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d'apparaître - même si c'est la plupart du temps injuste - comme le monde des petits arrangements à mille lieux des préoccupations des Français", a ainsi débuté Emmanuel Macron en évoquant ce texte. Et de poursuivre :

Nous avons déjà changé depuis plusieurs années, et nous avons changé en bien. Nous avons cessé de supporter ce qui paraissait normal autrefois : l'opacité, le clientélisme, les conflits d'intérêt, tout ce qui relève d'une forme de corruption ordinaire, presque impalpable. Pour autant, nul n'est irréprochable. [...] La perfection n'existe pas. Oui, nous voulons une société de confiance et pour cela, une loi ne suffit pas ; c'est un comportement de chaque jour. Mais nous voulons aussi cette confiance parce que la société de la délation et du soupçon généralisé [des mots qui ne sont pas sans rappeler ceux de François Bayrou, ndlr], qui était jusque là la conséquence de l'impunité de quelques puissants, ne nous plaît pas davantage.



La loi du gouvernement sera votée, je n'en doute pas. Mais après qu'elle l'aura été, j'appelle à la retenue. J'appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l'homme où parfois les réputations sont détruites et où la reconnaissance de l'innocence, des mois voire des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu'avait fait la mise en accusation initiale. Cette frénésie, qui a touché tous les camps depuis tant de mois et parfois tant d'années, est indigne de nous et des principes de la République.



S'il ne mentionne pas expressément le monde médiatique, c'est bien lui qui est ici dans le viseur d'Emmanuel Macron, qui semble considérer que le vote de sa loi justifie à lui seul un changement de ton général sur les affaires - qui ne disparaîtront cependant pas en un clin d’œil. Au passage, le chef de l'État use d'un registre langagier que n'aurait sans doute pas renié François Fillon, et estime être en position d'exiger de la presse un traitement plutôt qu'un autre.

Parmi d'autres tentatives d'intervention de l'exécutif sur les médias, on note :

- Quand le porte-parole du gouvernement a "invité" la presse à "ne pas chercher à affaiblir" la ministre du Travail Pénicaud

- Quand "le citoyen" Bayrou a appelé Radio France pour se plaindre d'une enquête sur les salariés du MoDem

- Quand l'Élysée a laissé entrevoir une volonté de choisir les journalistes qui suivent les déplacements d'Emmanuel Macron (avant de rétropédaler)

- Quand Richard Ferrand a fustigé le "tintamarre médiatique" autour de l'affaire qui le touche et reproché au Monde de mettre "directement en cause [son] honnêteté" dans une enquête

- Quand Christophe Castaner a estimé que la presse ne devait pas "devenir juge"

- Quand le ministère du Travail a porté plainte contre X après la publication par Libération de documents sur la réforme du Code du travail

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