Alep : François Fillon évoque "des crimes"... mais pas "de guerre" ou "contre l'humanité"

Publié à 13h26, le 15 décembre 2016 , Modifié à 13h28, le 15 décembre 2016

Alep : François Fillon évoque "des crimes"... mais pas "de guerre" ou "contre l'humanité"
François Fillon © AFP

Les expressions "crimes de guerre" voire "crimes contre l'humanité" sortent de plus en plus de la bouche de représentants politiques français au sujet de la situation en Syrie et plus particulièrement à Alep. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve les a prononcées à la tribune de l'Assemblée nationale mardi 13 décembre, le député LR Hervé Mariton (qui a rejoint François Fillon après avoir soutenu Alain Juppé), également ce jeudi. Confronté à ce terme de "crimes de guerre" fin octobre, celui qui a depuis remporté la primaire de la droite avait refusé de l'utiliser. C'est toujours le cas aujourd'hui.

Car François Fillon prend enfin la parole sur les événements à Alep, que les forces pro-Assad et leurs alliés russes sont en train de reconquérir grâce à une offensive foudroyante contre les rebelles - et au prix, selon toute vraisemblance, de nombreuses exactions à l'égard des populations civiles. Après plus de deux jours de silence, le candidat de la droite à la présidentielle, qui plaide pour des discussions avec Bachar al-Assad et Vladimir Poutine pour sortir de ce conflit, s'est exprimé après une rencontre avec Angela Merkel à Bruxelles. Il a notamment déclaré :

 

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La guerre, ce sont toujours des crimes. La question est : est-ce qu'on veut arrêter cette violence ou est-ce qu'on veut seulement se réfugier dans notre bonne conscience et laisser les Syriens mourir ? Ça fait 5 ans maintenant que le peuple syrien vit le martyre. L'indignation est nécessaire, mais elle n'a jamais sauvé une vie humaine.

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Dans un communiqué de presse, il ajoute cette phrase :

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Les Européens ne sont pas responsables des crimes commis en Syrie, mais un jour, l’Histoire dira qu’ils sont coupables de n’avoir rien fait pour les en empêcher.

 

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François Fillon parle donc de "crimes", certes, mais tout court. Pas "de guerre" ou "contre l'humanité". En octobre, il disait à David Pujadas, qui l'interrogeait sur les "crimes de guerre" dénoncés par les Nations unies : "Attention au vocabulaire. Il ne faut pas utiliser des mots comme ça, sans pouvoir vérifier."

Mardi, l'ONU a fait état d'au moins 82 civils tués par des milices pro-Assad à Alep, dont 11 femmes et 13 enfants. D'après le bureau des droits de l'homme des Nations unies, certains auraient été "abattus à vue" et jusque dans leurs maisons par les soldats du régime de Bachar al-Assad.

Notons que Jean-Marc Ayrault non plus n'a pas parlé de "crimes de guerre". Ces derniers jours, le ministre des Affaires étrangères a dénoncé "les crimes et la catastrophe humanitaire qui se déroulent à Alep", la "politique de la terre brûlée" pratiquée par la Russie, ainsi que les "parlementaires de l'opposition qui ont envie d’aller fêter Noël à Alep et avec Bachar el-Assad".

Sur le fond du dossier, François Filon répète ce jeudi sa position en matière de politique étrangère pour tenter de trouver une solution au conflit syrien :

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Si on veut maintenant arrêter le massacre, il n'y a que deux solutions : une intervention militaire que seuls les Américains peuvent conduire [ou] une initiative puissante, européenne, diplomatique, pour mettre autour de la table toutes les personnes qui peuvent arrêter ce conflit, sans exclusive. Et donc y compris ceux qui commettent des crimes aujourd'hui.



J'ai toujours dit que quel que soit le dirigeant russe, qu'il s'appelle Vladimir, Boris ou Igor, c'est le dirigeant du plus grand pays, en surface, du monde. Et l'Europe doit avoir une stratégie de long terme avec la Russie, et pas seulement agir avec des émotions et des réactions.

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Si la France est aujourd'hui prête à discuter avec le "partenaire" que représente Vladimir Poutine, il n'en va pas de même pour Bachar al-Assad, contrairement à ce que propose François Fillon. Lors de son discours de politique générale, Bernard Cazeneuve l'a clairement rappelé mardi, déclarant :

 

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Jamais nous n'accepterons, au nom d'un prétendu réalisme, de nous allier aujourd'hui avec les responsables du martyre d'Alep.

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