Après la publication d'une enquête, le ministère de l'Intérieur s'interroge sur "la déontologie des journalistes" de Libération

Publié à 07h07, le 21 juillet 2016 , Modifié à 11h05, le 21 juillet 2016

Après la publication d'une enquête, le ministère de l'Intérieur s'interroge sur "la déontologie des journalistes" de Libération
© Montage via AFP et DR

C'est un nouvel élément dans le débat sur la sécurisation de la Promenade des Anglais, le 14 juillet dernier, au moment de l'attentat au cours duquel 84 personnes ont été tuées. Selon Libération, ce jeudi 21 juillet, le ministère de l'Intérieur ment quand il affirme que l'entrée du périmètre piéton était protégée par la police nationale, le soir de l'attentat.

D'après le quotidien, qui cite une source policière "qui a pu visionner les images de la vidéosurveillance", "un seul véhicule de police, celui des agents municipaux, se trouvait au milieu de la chaussée, côté mer", à l'endroit où la Prom' devenait piétonne, ce soir du 14 juillet. Aucun membre de la police nationale ne se situe à cet endroit, assure Libé.

Ces allégations vont donc à l'encontre des dernières déclarations de Bernard Cazeneuve. Le ministère de l'Intérieur avait assuré, le 16 juillet, que "la police nationale était présente et très présente sur la promenade des Anglais". La préfecture des Alpes-Maritimes avait elle aussi assuré que les point les plus sensibles, dont le " point d'entrée du camion", étaient sécurisés  par "des équipages de la police nationale, renforcés d'équipages de la police municipale". Manuel Valls lui-même a assuré mercredi 20 juillet que le dispositif de sécurité avait été "concerté, consenti et validé" par la mairie de Nice…

La place Beauvau n'a pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié ce 21 juillet, le ministère de l'Intérieur remet en cause le travail des journalistes de Libération. On peut lire :

M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, s'indigne des contre-vérités que le journal a publiées dans son édition datée du 21 juillet. Ces méthodes interrogent la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles. Ces procédés, qui empruntent aux ressorts du complotisme, sont graves, car ils laissent penser que le Préfet des Alpes-Maritimes, le Ministre de l'Intérieur et le Premier Ministre auraient cherché à travestir la vérité là où ils se sont résolument engagés dans une démarche de totale transparence, dans le respect dû aux victimes et dans la responsabilité qui est la leur devant la Nation meurtrie.

 

Et la place Beauvau de répéter que "le dispositif mis en place le 14 juillet était, pour ce qui concerne la police nationale, conforme en tous points aux réunions préparatoires conduites entre la préfecture et la mairie"."À quelque 400 mètres de distance de la Prom'Party elle-même ("Gambetta"), un premier point de déviation de la circulation et de contrôle visuel. La Police municipale avait comme prévu relevé la Police nationale sur ce barrage mentionné par le journal à 21h. Ce premier barrage a été franchi par le camion du terroriste en passant par le trottoir", peut-on encore lire.

Dans un édito publié ce jeudi en marge de leur enquête, le journal Libération demande à Bernard Cazeneuve de s'expliquer sur "la réalité du dispositif de protection des 30.000 spectateurs du feu d’artifice". Le directeur délégué de Libération, Johan Hufnagel, écrit :

 

Soyons clair : le problème n’est pas le dispositif, qu’il est bien aisé de critiquer une fois le drame arrivé. Ce qui nous interroge, ce sont les arrangements avec la réalité, l’absence de transparence et donc de responsabilité des services de l’Etat. Ne rien cacher des erreurs commises, pour ne plus les commettre à nouveau, est un devoir. Et une nécessité démocratique : mettre un couvercle sur ce qui s’est passé à Nice - pour ne pas dire cacher - n’est guère rassurant. Cela génère fantasmes, rumeurs et théories du complot.

Le journal peut au moins compter sur le soutien de… Éric Ciotti. Interrogé par Le Figaro au sujet de l'enquête de Libération, le député LR des Alpes-Maritimes estime que l'enquête confirme "ce qu'a souligné Christian Estrosi". "Il a d'ailleurs demandé aujourd'hui que l'Inspection générale des services soit saisie", ajoute-t-il. 

 

 

[EDIT 11h05] 

Bernard Cazeneuve a saisi, ce jeudi, l'Inspection générale de la police nationale "d'une évaluation technique du dispositif de sécurité et d'ordre public" en place à Nice le soir du 14 juillet. 

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