Arnaud Montebourg dénonce la trahison d'Emmanuel Macron sur les hauts-fourneaux de Florange

Publié à 15h15, le 21 avril 2015 , Modifié à 15h25, le 21 avril 2015

Arnaud Montebourg dénonce la trahison d'Emmanuel Macron sur les hauts-fourneaux de Florange
Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg sont ravis de vous accueillir à bord © ERIC PIERMONT / AFP

PARACHUTE - Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron sont dans un avion. Et à la fin, c'est Arnaud Montebourg qui s'écrase. Bien que tout le monde soit conscient que l'important, ce n'est pas la chute mais l'atterrissage, le contexte de cet *accident* témoigne du désarroi de l'ancien ministre de l'Économie après l'abandon du projet de nationalisation des hauts-fourneaux de Florange.

Le documentaire Danse avec le FN, diffusé lundi 20 avril sur Canal+, revient sur cette "faute politique", selon les mots d'Arnaud Montebourg, Superman lâché par les siens "en rase campagne". Le réalisateur du documentaire, Paul Moreira, évoque ce passage de son docu sur Mediapart.

Nous sommes en novembre 2012 et alors que le délai pour retrouver un repreneur à l'aciérie ArcelorMittal de Florange arrive à son terme, le ministre du Redressement productif  dégaine l'arme nucléaire : la possibilité de nationaliser les hauts-fourneaux lorrains.

Dans Danse avec le FN, Arnaud Montebourg explique même avoir eu le soutien de François Hollande. Du moins au début. Il dit :

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Le président de la République m'a laissé avancer, a protégé mon avancée, même. C'est-à-dire qu'il a demandé à certains de mes collègues dans le gouvernement qui n'étaient pas d'accord avec la proposition de nationalisation […] de ne pas me critiquer publiquement. Donc de me laisser avancer. Je me suis senti soutenu, et pas seulement senti : je crois que je l'avais convaincu.

 

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"La nationalisation fait partie du sujet de la discussion", avait même déclaré François Hollande fin novembre avant de rencontrer le président d'ArcelorMittal, Lakshmi Mittal, à l'Élysée. Le problème c'est que le président était beaucoup plus convaincu que son Premier ministre, du moins en apparence. Le 30 novembre, Jean-Marc Ayrault écartait cette option comme il annonçait qu'ArcelorMittal allait investir 180 millions d’euros sur cinq ans sur le site et s'engageait à préserver l'emploi.

Aujourd'hui, le Premier ministre regrette une mauvaise communication parce qu'on "a laissé se créer une illusion et ce n'est pas bien, ce n'est pas une manière de traiter les gens". En résumé : Arnaud Montebourg n'aurait jamais dû parler de la possibilité d'une nationalisation.

Surtout, il considère toujours que "l'option nationalisation n'était pas viable". "Bien sûr, on aurait pu sauver les hauts-fourneaux artificiellement pendant quelques mois. Et après, on aurait fait quoi ? On aurait reculé pour mieux sauter ?", explique-t-il dans le documentaire de Canal+.

Arnaud Montebourg pense encore l'inverse. Et le temps n'a apparemment pas d'effet sur son amertume. Il raconte :

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À un moment, il faut faire des choix. Soit vous choisissez d’avoir des éloges dans le 'Financial Times', soit vous choisissez les ouvriers qui vous ont élu. Bon, moi, j’avais fait mon choix. Le Premier ministre et le président de la République ont fait un choix inverse.

 

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L'ancien ministre de l'Économie ne vise pas seulement Jean-Marc Ayrault et François Hollande. Son successeur à Bercy, Emmanuel Macron, est lui aussi ciblé par Arnaud Montebourg. L'ex-patron de Bercy a moyennement apprécié le comportement de celui qui, à l'époque, était le conseiller économique du président. Il dit :

 

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Je me souviens de cette formule d'Emmanuel Macron : 'on saute avec toi'. J'ai sauté mais je n'avais pas de parachute et malheureusement j'avais tous les gars d'ArceloMittal avec moi. On s'est fracassés tous ensemble et moi compris.

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Des extraits découpés par Mediapart et à retrouver en vidéo ci-dessous :



Arnaud Montebourg n'est pas le seul à s'être fracassé. Florange reste, pour lui, le "tombeau" de la gauche. C'est aussi à cause de la gestion de ce dossier que, d'après lui, le FN a gagné la municipale d'Hayange.

Les deux villes sont distantes de 6 kilomètres, à peine, et en mars 2014, un an et demi après la fermeture définitive des hauts-fourneaux, le frontiste Fabien Engelmann a remporté la mairie d'Hayange. "En politique, la lâcheté a un prix", estime Arnaud Montebourg. Il ajoute :

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Pour moi, c'est une humiliation personnelle et une défaite politique. C’était un abandon en rase campagne. Et le prix payé, c’est la chute de la mairie d’Hayange dans les mains du Front national.

 

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Une "humiliation personnelle" qui l'a (presque) convaincu de démissionner du gouvernement. En décembre 2012, Libération rapportait des propos du ministre du Redressement productif. "Je lui ai dit [à François Hollande] que si rien n'était fait avant ce soir pour réparer les dégâts sur cette question de nationalisation, je ne resterai pas au gouvernement, et la dislocation va commencer. Il m'a demandé de ne rien en faire", racontait-il. 

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