Au 1er mai du FN, entre adorateurs de Jean-Marie Le Pen et "furoncles" de l'extrême droite

Publié à 16h03, le 01 mai 2015 , Modifié à 16h19, le 01 mai 2015

Au 1er mai du FN, entre adorateurs de Jean-Marie Le Pen et "furoncles" de l'extrême droite
© THOMAS SAMSON / AFP

Il y a le vernis.

Ce vendredi 1er mai, comme chaque année, le Front national célébrait Jeanne d'Arc. Mais, cette fois, la célébration avait un goût particulier. Dans trois jours, le bureau exécutif du parti décidera du sort qu'il réserve à Jean-Marie Le Pen, son créateur, son président d'honneur. Alors forcément, ce vendredi matin, les esprits n'étaient pas entièrement tournés vers la Pucelle d'Orléans.

"Il est où Jean-Marie ?", pouvait-on entendre peu après 9h, rue de Rivoli, non loin de la statue de Jeanne d'Arc. Le "Menhir" était attendu par de nombreux militants. Et puis il est apparu, peu après que Marine Le Pen a déposé sa propre gerbe. Des "Jean-Marie président !" se sont alors faits entendre et la cohue a gagné les arcades de la place des Pyramides.

Paradoxe d'un Front national qui martèle que Jean-Marie Le Pen ne représente plus la voix du parti et des militants qui demeurent en adoration devant le fondateur du mouvement frontiste. Officiellement, cela ne gêne pas la direction du FN. "C'est juste une vieille habitude", explique au Lab Nicolas Bay lorsqu'on lui demande ce que lui inspirent ces "Jean-Marie président" entendus. Et Louis Aliot, qui fut le coordinateur de la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002, voit dans ces mots le souvenir de "belles années".

Peu importe si la situation du président d'honneur du FN semble réveiller la frange la plus radicale de l'extrême droite. "Tant mieux", résume Nicolas Bay. "Il n'y a pas d'extrême droite radicale ou, en tout cas, Le Pen n'est pas son ambassadeur. Il l'a toujours combattue", ajoute Louis Aliot.

Steeve Briois va plus loin. Interrogé par le Lab, il dit :

Il faut qu'on casse le furoncle. Que l'extrême droite continue à nous gerber dessus, c'est le meilleur service qu'elle puisse nous rendre

 

Le vice-président du FN répète que le vrai Front national est celui de Marine Le Pen. Entendre certains défendre Jean-Marie Le Pen en attaquant frontalement l'actuelle direction du parti ne l'inquiète pas. Et si quelques uns ne sont pas contents des éventuelles sanctions qui tomberont contre le président d'honneur du FN, qu'ils aillent voir ailleurs si c'est mieux. Steeve Briois ajoute :

Ils iront expliquer que les chambres à gaz, c'est super. Les vrais militants, ils s'en prennent plein la gueule sur le terrain après ce genre de propos.

 

Il y a donc le vernis. La dédiabolisation avancée par Marine Le Pen. Cette volonté de sanctionner chaque membre du FN qui sortirait des clous en tenant des propos racistes, homophobes, antisémites, violents… cette extrême droite radicale qui n'a rien à faire au FN selon la direction du parti. 

Il y a le vernis. Et puis il y a en-dessous. Sans même gratter, juste en tendant l'oreille ce vendredi 1er mai, on pouvait s'apercevoir que certains militants ne collent pas avec l'image aseptisée que veut se donner le FN. Ce ne sont peut-être pas des "vrais" militants, pour reprendre les mots de Steeve Briois mais cela ne les empêche pas de scander des "Marine présidente"

Il aura suffi de deux étincelles. La première survient quelques minutes seulement après l'entame du discours de Marine Le Pen : trois militantes Femen font irruption sur le balcon du Grand Hôtel surplombant la place de l'Opéra. Faisant des saluts nazis, les activistes déplient deux drapeaux rouges flanqués de la flamme du FN et reprenant l'imagerie du IIIe Reich.

Dans la foule en-dessous, plusieurs enragent. "Nique ta mère sale pute", lancent des militants. À côté, une jeune femme ne se s’embarrasse d'aucun filtre. Elle hurle :

Sale négresse de merde.

 

Un peu plus loin, après que le service d'ordre du FN a évacué manu militari les trois Femen, un militant lance : "Qu'ils les violent avec un bout de bois clouté".

La deuxième étincelle arrive peu avant la fin du discours de Marine Le Pen. Bruno Gollnisch s'énerve après des journalistes du Petit Journal qui l'enregistraient avec une perche. L'eurodéputé les pousse avec un parapluie. D'autres militants prennent la relève, donnant des coups aux reporters qui doivent être protégés et évacués par le service d'ordre du FN. Derrière, plusieurs militants désireux d'en découdre avec des journalistes, hurlent :

Sale journalistes de merde ! Pédés de rouge !

 

Des mots et des poings. Ce ne furent pas les seuls écarts. Un membre de l'organisation du Front national a expliqué que trois membres du FNJ avaient dû être exclus du cortège qui remontait place de l'Opéra. "Ils faisaient des conneries", a-t-il simplement expliqué, sans donner plus de précision.

Pendant ce temps, sur l'estrade posée devant l'Opéra Garnier, Marine Le Pen tenait son discours. Entre deux invectives contre Nicolas Sarkozy et François Hollande, la présidente du Front national a salué ce peuple de France, ces Français "qui gardent calme et courtoisie". Elle était trop loin pour entendre ce que certains disaient dans la foule. 

Du rab sur le Lab

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