Bernard Cazeneuve redoute que le dépassement du clivage gauche/droite ne revienne à "être tout simplement de droite"

Publié à 12h35, le 14 octobre 2017 , Modifié à 12h41, le 14 octobre 2017

Bernard Cazeneuve redoute que le dépassement du clivage gauche/droite ne revienne à "être tout simplement de droite"
© AFP

Bernard Cazeneuve a quitté la politique après les législatives de juin dernier. Et même avec le recul de sa nouvelle vie d’avocat, l’ancien ministre de l’Intérieur se montre toujours très sceptique sur l’action d’Emmanuel Macron. Et en particulier sur sa volonté de dépasser le clivage gauche/droite qui reviendrait en réalité à "être tout simplement de droite", estime-t-il dans une interview au Monde ce samedi 14 octobre :

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J’ai été classé dans 'l’ancien monde' par tous ceux qui considèrent que la politique a commencé avec eux. Par tempérament, je me méfie beaucoup de toutes les mouches qui volent et que l’on prend pour des idées nouvelles. Je pense par exemple que le clivage droite-gauche, dont la disparition est le ferment de ce prétendu 'nouveau monde', perdurera. Je redoute qu’avec le temps, la revendication du dépassement de ce clivage, ne dissimule en réalité une propension à être tout simplement de droite.

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En janvier dernier, alors qu’Emmanuel Macron était déjà lancé dans la course présidentielle, Bernard Cazeneuve avait ardemment défendu ce clivage gauche/droite. Il avait alors rappelé que François Mitterrand admettait en son temps "que les partis de gauche puissent évoluer", "mais pas au point de théoriser le ‘ni droite, ni gauche’ qu'il considérait comme un ailleurs improbable". Et d’ajouter, acide : "A moins qu'il ne fût la manifestation d'un opportunisme cynique dans des circonstances particulières ou d'une confondante immaturité."

Cet automne, Bernard Cazeneuve estime d’ailleurs que la politique menée par Emmanuel Macron "n’est pas à gauche, c’est certain." C’est même l’inverse selon lui :

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Elle est même à droite, je le regrette, car je sais aussi que si le sentiment de l’injustice gagne, les réformes seront compromises. Lorsque les Français entendront 'réforme', ils comprendront 'recul'.

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L’ex-locataire de la place Beauvau plaide ainsi pour une reconstruction de la gauche :

 

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J’ai pris du recul, c’est vrai, et j’ai laissé une nouvelle génération me succéder localement. Mais je souhaite que la gauche de gouvernement retrouve sa place. Pour cela, les logiques collectives doivent prévaloir et les ego s’effacer.



J’invite la gauche de gouvernement à se reconstruire, à affirmer ce qu’elle est, et à le faire au nom d’un humanisme moderne. J’ai la conviction qu’il y aura pour elle un printemps. J’aiderai comme je peux à son avènement car ce que nous sommes n’a pas disparu.

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"Je suis mélancolique et nostalgique par tempérament. Ce qui ne veut pas dire que je vis dans le passé. Mais la fin du quinquennat, c’est vrai, a été une période où il y a eu de la tristesse car nous sentions que ce que nous avions construit collectivement, depuis François Mitterrand et qui s’inscrivait dans une longue tradition, pouvait disparaître", regrette-t-il encore.

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