Bruno Roger-Petit, le porte-parole qui parlait pour ne (presque) rien dire

Publié à 10h28, le 02 octobre 2017 , Modifié à 10h32, le 03 octobre 2017

Bruno Roger-Petit, le porte-parole qui parlait pour ne (presque) rien dire
Bruno Roger-Petit à Europe 1, en octobre 2015 © Montage le Lab via Europe1

BRPASLÀ - La dernière fois que Bruno Roger-Petit a fait parler de lui, c'était le 29 août. Ce jour-là, l'annonce de la nomination de l'éditorialiste en tant que porte-parole de l'Élysée faisait grand bruit. Mais depuis, c'est un quasi-silence radio de la part de celui qui, par définition, est pourtant censé relayer la parole présidentielle, et donc s'exprimer régulièrement.

Une absence cruellement illustrée par la timeline désespérément vide de son compte Twitter, pourtant trèèèèèès actif avant son changement de job :

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[EDIT 03/10, 10h30] Et finalement, ça y est : ce mardi 3 octobre, alors qu'Emmanuel Macron revient sur le site de l'usine Whirlpool d'Amiens, Bruno Roger-Petit relaye le déplacement, pour son premier tweet en tant que porte-parole de l'Élysée :

Il n'est pas non pas non plus apparu en public depuis sa nomination, et la photo la plus récente de sa personne dont dispose l'AFP date de... 2003. Alors certes, il avait rapidement été précisé que le rôle de porte-parole de "BRP" n'aurait rien de commun avec celui de la Maison Blanche, comme on avait pu le penser initialement. Pas de points presse quotidiens, pas d'interviews dans des médias audiovisuels... Mais tout de même. Depuis son entrée en fonctions, Bruno Roger-Petit semble avoir surtout passé une bonne partie de son temps à recevoir les journalistes et quelques grands éditorialistes parisiens : un à un en privé, puis lors d'un déjeuner réunissant 14 d'entre eux.

D'après ce qu'a pu en apprendre le Lab - qui n'était pas convié :( -, ce qui s'y dit est cependant loin d'être fracassant... Et les rares citations qui lui sont attribuées en "on" dans la presse le confirment. Ce qui a au moins le mérite de nous changer des innombrables interventions du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, souvent fournies en boulettes.

# Toute première citation

C'est L'Opinion qui a en premier rapporté un propos du porte-parole de la présidence en le citant directement. Le 12 septembre, au cinquième jour de la polémique sur les propos d'Emmanuel Macron sur "les fainéants", Bruno Roger-Petit livre la langue de bois officielle fournie en "off" absolument partout depuis 96 heures : "Les cyniques et les fainéants, cela désigne la classe politique depuis quinze ans, évidemment pas les Français", explique-t-il. Il y va tout de même ensuite d'une petite punchline :

"

L'élection présidentielle et les élections législatives ne sont pas un accident de l'histoire qui serait arrivé en fonction d'éléments favorables. C'est le souhait d'une profonde refondation, un nouveau 1958, et cela va être durable.

"

"Il y a eu une substitution politique", dit-il enfin comme pour mieux enterrer le *vieux monde*.

# Du off, du off, rien que du off

Dans les jours suivants, des propos attribués à "un proche" d'Emmanuel Macron ou à "l'Élysée" sont publiés ici ou là. Comme dans Le Figaro le 14 septembre (jour du déjeuner avec la quinzaine de journalistes), au sujet des intentions du gouvernement quant à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes. On pouvait y lire ces commentaires renversants : "Ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est l'hystérisation du débat", "sur un sujet comme ça, les choses ne peuvent pas basculer du jour au lendemain", et "[il faut] prendre le temps d'écouter et prendre en considération tous ceux qui ont des choses à dire notamment pour des raisons philosophiques ou religieuses".

Le 14 septembre toujours, Challenges annonce - à tort - que le chef de l'État a finalement décidé de retirer sa plainte contre le paparazzi qui l'avait suivi durant ses vacances. On apprend aussi dans ce papier que l'Élysée "recommande vivement" aux journalistes de "relire les discours marquants et interviews fondatrices" d'Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat... Le *conseil* émanait bien de "BRP" himself, comme cela a été confirmé au Lab.

# Breaking news

Cinq jours plus tard, c'est dans Le Monde que l'on retrouve le porte-parole élyséen. Dans un article consacré au sujet ultra-secret de l'agenda présidentiel, Bruno Roger-Petit se lâche sur les révélations :

"

Ce rituel rythme toute la vie du Palais. C’est autour de l’agenda que tout se structure.

"

W.A.H.O.U.

"Par tradition, le domaine réservé prend beaucoup de place", ajoute-t-il plus loin, confirmant que l'emploi du temps d'Emmanuel Macron est largement consacré aux questions diplomatiques. Captain obvious n'aurait pas mieux dit.

# Insider

Ensuite, tout s'accélère. Le 26 septembre auprès de Mediapart, Bruno Roger-Petit retranscrit la sérénité du Président face à la contestation sociale contre la réforme du code du travail par ordonnances, trois jours après la manif de la France insoumise :

"

Depuis mi-août, Emmanuel Macron avait l’intuition que le mouvement social n’aurait pas l’envergure qu’on promettait. On voit aujourd’hui que son intuition était la bonne. [...] [Emmanuel Macron] refuse de subir les échéances classiques, comme les 100 jours ou le troisième tour social.

"

"BRP" nous livre enfin ce petit extrait de pensée complexe intime du chef de l'État : "Emmanuel Macron estime que les Français jugent d’abord sa capacité à gouverner et à agir.

Trois jours plus tard, toujours dans les colonnes de Mediapart, le porteur de bonne parole détaille l'articulation du pouvoir entre le Président et le Premier ministre :

"

Tous les arbitrages se font à Matignon. Ici, c’est l’inspiration, les grandes lignes, mais ce n’est pas l’arbitrage permanent.

"

Ok vu.

# Mon analyse

Il n'aura, une nouvelle fois, pas fallu attendre plus de trois jours avant de revoir apparaître l'omniprésent Bruno Roger-Petit. Lundi 2 octobre dans L'Opinion, il s'élève vigoureusement contre les procès en droitisation faits à l'exécutif, au travers notamment de ses choix budgétaires. Il dit :

"

La question n'est pas de savoir si c'est une politique est de droite ou de gauche, mais de savoir si elle est efficace ou pas.

"

Voilà qui est dit et bien dit. La suite à la prochaine citation décoiffante.



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