Ce que François Hollande voulait dire en affirmant : "Je suis dans l'histoire"

Publié à 13h43, le 24 mai 2016 , Modifié à 13h52, le 24 mai 2016

Ce que François Hollande voulait dire en affirmant : "Je suis dans l'histoire"
François Hollande à l'Élysée © ALAIN JOCARD / AFP

"Je suis dans l'histoire." La petite phrase peut paraître prétentieuse, à tout le moins ressembler à une manière grossière de redorer son image. C'est l'analyse qu'en a fait, par exemple, le sénateur LR Roger Karoutchi après la longue interview de François Hollande dans l'émission de France Culture La fabrique de l'histoire, mardi 24 mai.

La porte-parole de LR Valérie Debord a pour sa part ironisé dans un communiqué (voir en fin d'article) sur le bilan de François Hollande, estimant que "les Français voudraient déjà que cela appartienne au passé".

En réalité, le propos du chef de l'État est moins égocentrique que cela. Au tout début de cette heure pleine d'entretien sur la notion d'histoire et de mémoire, François Hollande est interrogé sur ce que sa fonction de président de la République "a changé dans [sa] vision de l’histoire". Il se livre alors à un long développement sur la position des dirigeants politiques (et plus particulièrement la sienne), pris dans les événements historiques de leur époque, qu'ils influencent et dessinent par leurs décisions et leurs actes.

Il dit :

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Président, nous ne faisons pas que rappeler l’histoire, nous la faisons. En tout cas nous tentons de la faire. Non pas forcément seuls, puisque l’histoire, elle ne se fait pas simplement par les dirigeants d’un pays, elle se fait aussi par les peuples, elle se fait aussi par le monde qui nous entoure. Donc président, on prend conscience aussi, et j’ai pris conscience encore davantage du caractère tragique de l’histoire. L’histoire parfois laisse penser que nous aurions connu le pire et que nous n’aurions maintenant qu’à nous partager le meilleur. Et que la civilisation, ou les civilisations ne feraient qu’avancer et qu’il n’y aurait pas de risque de retour de la barbarie, de la guerre ou de l’extermination. Et nous constatons, et j’ai constaté au cours de ces quatre années que la tragédie venait s’installer dans le récit.



[...] Je m’y étais préparé, je savais qu’à tout moment le pire pouvait surgir. Et il a surgi. Je pense à la guerre en Syrie et en Irak, je pense aussi à ce que nous avons été conduits à faire au Mali et en Afrique de l’Ouest, et puis le terrorisme qui nous a frappés au cours de l’année dernière. Mais le tragique, c’est aussi la guerre qui a resurgi aux portes de l’Europe. Avec madame Merkel nous nous sommes retrouvés toute une nuit à Minsk en train de chercher la paix avec le président ukrainien, Porochenko, et le président russe, Poutine. Encore hier soir, nous étions au téléphone avec l’ensemble de ces protagonistes pour permettre que l’accord de Minsk puisse se faire. Donc nous voyons bien que ce qui était pour nous, quand j’étais candidat et que nous étions dans ce bureau [de l'Assemblée nationale, ndlr], simplement une évocation de l’histoire pour préparer une éventuelle responsabilité, aujourd’hui, je suis dans l’histoire.

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Difficile, de fait, de contester l'idée que le président de la République française - comme les autres leaders internationaux qui sont ses contemporains - "est dans l'histoire", au regard des événements survenus depuis le 6 mai 2012.

On sait par ailleurs que François Hollande est profondément animé par la volonté de "laisser une trace" dans l'histoire. Sur France Culture ce mardi, il s'est ainsi dit "hanté par la responsabilité historique" et a poursuivi son développement précédent :

 

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Nous faisons l’histoire, nous ne la racontons pas. Nous ne sommes pas non plus dans la convocation de l’histoire. Je fais l’histoire. D’une certaine façon, le peuple français fait sa propre histoire.

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Là encore, ce "je fais l'histoire" peut sonner *légèrement* pompeux de prime abord. Mais à bien y regarder, il ne s'agit pas en l'occurrence d'un jugement de valeur concernant sa propre personne, mais bien d'un constat sur le poids de la décision et de la "responsabilité" politiques.

En revanche, dans un autre passage de cette interview, François Hollande s'est laissé aller à un propos à double sens concernant les "géants" du siècle passé, et plus particulièrement l'ancien Premier ministre britannique Winston Churchill. Ne parlerait-il pas un tout petit peu de lui-même en évoquant la figure de celui qui mena de front la lutte contre le nazisme alors que le continent européen était sous la coupe d'Adolf Hitler ?

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- François Hollande : D’abord, il y a effectivement des personnalités très fortes, des caractères tout à fait remarquables. Mais il y a aussi des circonstances. C’est le Churchill des Dardanelles [échec cuisant d'une opération militaire en 1916, ndlr] ou c’est le Churchill de la Seconde Guerre mondiale ?



- France Culture : C’est vous qui posez la question.



- François Hollande : Ce sont les circonstances qui font qu’un homme politique décrié, Churchill, repoussé, peut devenir un héros. C’est Clémenceau étant un homme politique pris dans les scandales de l’affaire de Panama à la fin du XIXeme siècle et qui devient le sauveur de la patrie et qui fait l’homme de la victoire. Donc ça, c’est ce qu’on peut juger de ces grandes personnalités. Les circonstances les font.

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[Edit 13h51]

Dans son communiqué publié peu avant 14 heures, Valérie Debord écrit donc : 

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Considérant qu'il est Président de la République française il sera, c'est certain, comptabilisé à ce titre par les historiens. Mais que retiendra réellement l'Histoire de son action ?



Un Président pusillanime incapable de trancher les différents couacs entre les ministres de son gouvernement. Un Président prébende qui s'ingénie à placer dans tous les milieux de pouvoir ses petits camarades de la promotion Voltaire à l'ENA. Un Président menteur qui s'est fait élire sur un discours aux accents castristes et qui essaye à grand coups de 49-3 de faire passer des réformettes sociales démocrates. Un Président faible qui sur la scène internationale a fait reculer la voix de la France et n'a pas su s'imposer comme un interlocuteur valable. Un Président ridicule qui a donné de sa vie privée une image tant calamiteuse qu'indigne.



L'Histoire retiendra certainement cela, les Français quant à eux voudraient déjà que cela appartienne au passé.

"

Du rab sur le Lab

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