Ces éléments de défense de Richard Ferrand qui nous font fortement penser à ceux de François Fillon

Publié à 13h11, le 31 mai 2017 , Modifié à 15h47, le 31 mai 2017

Ces éléments de défense de Richard Ferrand qui nous font fortement penser à ceux de François Fillon
© Montage Le Lab via AFP

Deux responsables politiques mis en cause, deux ambiances… pas si différentes. Après la salve de révélations concernant ce que l’on appelle désormais l’affaire Ferrand, le principal intéressé et ses proches ont amorcé la défense de leur champion. Et les éléments de langage du ministre-candidat aux législatives ne sont pas sans rappeler ceux d’un certain François Fillon pendant la campagne présidentielle.

Alors certes, Richard Ferrand n’est pas sous le coup d’une mise en examen, mais la campagne sur la moralité, les emplois de membres de sa famille comme assistants parlementaires, la mise en cause des médias ou encore le refus de renoncer sont autant de similitudes entre les deux défenses.

# Campagne sur la moralité

Face à un Nicolas Sarkozy doublement mis en examen et un Alain Juppé condamné par le passé, François Fillon se fait le chantre de l’intégrité lors de sa campagne pour la primaire de la droite. Le 28 août 2016, dans son fief de Sablé-sur-Sarthe, l’ancien Premier ministre lance cette désormais très fameuse saillie :

 

Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable. Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? 

Une sortie qui s’est retournée contre lui par la suite, puisque François Fillon a été mis en examen pour détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux, et manquement aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Ce qui ne l’a pas empêché de rester candidat.

Même scénario chez Richard Ferrand. Ce premier lieutenant d’Emmanuel Macron défend la probité des candidats estampillés En Marche aux législatives… en réaction à l’affaire Fillon. Il déclare alors, le 23 février sur RMC :

C'est d'abord une condition que nous avons posée le 19 janvier pour nos candidats : faire la preuve de sa probité en fournissant le casier judiciaire, faire une déclaration d'intérêts pour vérifier qu'il n'y a pas de conflit d'intérêts, s'engager à ne pas embaucher son conjoint ou ses enfants lorsqu'on a une fonction publique.

Le député PS du Finistère se garde bien de préciser qu’il a lui-même employé son fils comme assistant parlementaire, durant quatre mois en 2014. Ce que révèle Le Canard Enchaîné le 24 mai.

# Ce que j’ai fait est légal (mais j’ai entendu les Français et cela doit changer)

Bon, ces révélations dans la presse sont bien belles, mais, pardon de vous le dire, tout cela est parfaitement légal. C’est en substance ce que disent François Fillon puis Richard Ferrand, qui assurent en revanche avoir compris que "les Français" rejetaient désormais ces pratiques.

Le premier convoque la presse à son QG de campagne, le 6 février, et "présente ses excuses aux Français" pour avoir fait travailler son épouse Penelope Fillon comme assistante parlementaire à l’Assemblée pendant 15 ans et deux de ses enfants au Sénat. "C’était une erreur, je le regrette profondément", affirme-t-il. Voilà ce qu’il déclare après avoir précisé les salaires et les durées de travail de ses proches :

Tout cela était légal mais suis-je pour autant quitte sur le plan moral ? Cette question éthique est si élevée, si essentielle qu’elle me place face à ma conscience et en réalité face aux Français et à eux seuls. Ce n’est pas au système médiatique de me juger, c’est aux Français de décider. Le premier courage en politique, c’est de reconnaître ses erreurs. Collaborer avec sa famille en politique est une pratique désormais rejetée par les Français. Ce qui était acceptable hier à défaut d’être accepté ne l’est plus aujourd’hui. En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur, je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français. Comme beaucoup d’autres parlementaires j’ai agis selon un usage certes légal mais dont il est clair que nos concitoyens ne veulent plus.

Même son de cloche dans la défense de Richard Ferrand. Le 30 mai, c’est Édouard Philippe qui s’exprime à sa place. Richard Ferrand "ne m’avait pas signalé qu’il avait embauché son fils", déclare le Premier ministre, avant de souligner que ce n’est "pas illégal". "Mais ça n’est plus accepté et donc nous allons l’interdire", ajoute-t-il.

Le lendemain sur France Inter, Richard Ferrand en remet une couche :

Tout ce que j'ai fait dans ma vie professionnelle est légal, public, transparent.

# Honnête homme

Dans cette lignée, François Fillon et Richard Ferrand revendiquent leur "honnêteté". Ainsi *l’homme des costumes* Robert Bourgi affirme-t-il sur RTL, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle :

 

Il aurait dû me laisser dire que c'était moi [qui avais offert les costumes, NDLR], il m'a obligé à mentir. Je ne vois pas où est le scandale. J'ai offert deux costumes à un ami qui a gagné les primaires de la droite alors que personne ne le voyait victorieux dans cette épreuve. François Fillon n'est pas l'homme que l'on dit être depuis deux mois, ça n'est pas un homme cupide, il n'y a jamais eu entre François Fillon et moi des relations d'argent, des relations d'intérêt. C'est un homme honnête, il a un très bon programme.

Une définition extensible de l’honnêteté, donc, puisque Robert Bourgi explique quelques secondes plus tôt que le même François Fillon l’a "obligé à mentir".

Richard Ferrand, de son côté, brandit lui-même cette qualité, le 31 mai sur France Inter :

 

La question c’est : Est-ce que je suis un homme honnête ou pas ? La réponse : Oui, je suis un homme honnête.

# "J’ai ma conscience pour moi"

Cette phrase, les deux hommes la prononcent à l’identique. François Fillon, après l’annulation à la dernière minute de sa visite au Salon de l’agriculture le 1er février, le dit ainsi à ses proches, à qui il demande de "tenir quinze jours" :

 

Je vais vous parler avec mes tripes et avec mon cœur. Je veux vous dire que je n'ai rien à me reprocher. Je n'ai jamais transgressé la loi, j'ai ma conscience pour moi. On a quinze jours à tenir, car on sait que dans les quinze jours qui viennent on aura les résultats de cette enquête. Je vous demande d'être totalement solidaires.

Richard Ferrand prononce la même phrase le 31 mai sur France Inter pour expliquer son refus de démissionner :

 

Je ne le ferai pas pour deux raisons : d'abord j'ai ma conscience pour moi, je ne suis pas mis en cause par la justice de la République que je respecte profondément, et [...] je veux me consacrer aux priorités de mon ministère.

# Bouh la presse

Embourbé dans les affaires, François Fillon multiplie les déclarations contre les journalistes (dont plusieurs ont été agressés pendant ses meetings) pendant sa campagne présidentielle. Refusant même, dans la dernière ligne droite, de répondre à toute question sur les affaires qui le touchent, il traite la presse de "tribunal médiatique" et l'accuse de lui "déverser de la boue dans la figure" :

Cela fait deux mois que, tous les jours, on me déverse de la boue dans la figure.

Richard Ferrand, de son côté, cible le "tintamarre médiatique" mercredi sur France Inter. Il reproche plus précisément au Monde de mettre "directement en cause [son] honnêteté" dans une enquête sur un mélange des genres qui le caractériserait. Il écrit pour cela un communiqué de presse le 30 mai :

Un article publié dans Le Monde de ce jour met directement en cause mon honnêteté. Sous couvert de présentation objective de situations, cet article fait des amalgames et laisse place à tous les sous-entendus sans jamais rien démontrer.



Je réfute et condamne tous les soupçons implicites de cet article.



Le climat de suspicion entretenu de façon continue est profondément dommageable pour notre démocratie dès lors qu’il est constamment réaffirmé, tant par les journalistes eux-mêmes que par les parquets, qu’il n’existe aucune manœuvre frauduleuse ou quelconque illégalité. La loi s'impose autant qu'elle doit protéger les citoyens qui la respectent pleinement. 

# La carte de la transparence

Pour mettre fin à tout soupçon, François Fillon comme Richard Ferrand tentent de jouer la carte de la transparence. Lors de la conférence de presse à son QG le 6 février, François Fillon donne quelques noms de clients de sa mystérieuse société de conseil :

J’ai exercé de 2012 à 2016 cette activité en toute légalité. J’ai donné des conférences dans de nombreux pays et j’ai conseillé des entreprises. Parmi elles, il y a l’assureur AXA, la société Fimalac et la banque ODDO.



J’ai fait partie du conseil de surveillance du cabinet Ricol et Lasteyrie, puis j’y ai exercé en tant que senior adviser. La liste de mes clients ne comprend aucune entreprise russe, ni le gouvernement russe, ni aucun organisme de ce pays et toutes les conférences que j’ai données en Russie l’ont été à titre gratuit.

Richard Ferrand use de la même méthode. Dans ce même communiqué du 30 mai, le ministre de la Cohésion des territoires répond "point par point aux allégations qui sont faites" contre lui car il n’a "rien ni à cacher ni à craindre de la transparence". Il livre ainsi des explications détaillées sur son "poste de chargé de mission" aux Mutuelles de Bretagne, "sur le soi-disant conflit d’intérêts entre [son] activité professionnelle de chargé de mission au sein des Mutuelles de Bretagne et [son] mandat de député", "sur la collaboration avec Monsieur Hervé Clabon", compagnon de sa successeure à la direction des Mutuelles de Bretagne ainsi que "sur la situation de Madame Coustal", son ex-épouse accusée d’avoir obtenu comme artiste plasticienne "plusieurs marchés d’aménagements de locaux gérés par le réseau [des Mutuelles de Bretagne], de 2002 à 2013", selon Le Monde.

# Laissez la justice faire son travail

Face aux révélations, François Fillon et Richard Ferrand s’en remettent tous deux à la justice et dénoncent le règne du "soupçon".

Convoqué devant les juges le 14 mars (convocation qui conduira à sa mise en examen), l’ex-Premier ministre lit une déclaration plaidant le "respect du droit" : 

 

Je ne demande ni dérogation, ni faveur, mais simplement le respect du Droit. [...] J'ai le droit de me défendre sur toutes les preuves en possession de la justice, sur le fondement d'une analyse exhaustive des éléments saisis et sur un travail d'enquête complet. On ne lutte jamais à armes égales avec le soupçon. [...] J'attends d'être traité comme tous les citoyens de notre pays, sans précipitation et avec le seul souci que la justice soit rendue en toute impartialité.

Sur France Inter le 31 mai, Richard Ferrand s’en remet lui aussi à la justice (qui n’a pas ouvert d’enquête) :

 

Il n’y a que la justice qui puisse lever le soupçon. [...] Si demain on dit : 'Je soupçonne mon voisin, donc il faut une enquête', vous allez un peu surcharger la vie judiciaire de ce pays. Et par ailleurs, les procureurs ont eu l’occasion de s’exprimer.

# On veut m’atteindre

Toutes ces révélations sont-elles un vaste complot ? Sans aller jusque là, François Fillon et Richard Ferrand sont tous deux persuadés qu’elles visent a minima à les atteindre et à priver "les Français" d’une élection sans accroc. François Fillon ne prend pas de gants, le 13 avril sur BFMTV :

 

Il y a cette tension car beaucoup de Français ont compris qu'on voulait les priver de leur candidat et m'éliminer de cette compétition.

Richard Ferrand est persuadé, lui aussi, qu’on veut l’atteindre. Enfin d’ailleurs, pas lui, mais le mouvement d’Emmanuel Macron. Il dit sur France Inter le 31 mai :

La tentative, c'est d'atteindre l'un des premiers Marcheurs, ce n'est pas Richard Ferrand ancien directeur des Mutuelles de Bretagne.

# Mon suffrage universel sûr

Pour autant, pas question de renoncer. François Fillon le martèle après l’annonce de sa future mise en examen, le 1er février : "Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas. J'irai jusqu'au bout parce qu’au-delà de ma personne, c’est la démocratie qui est défiée." Il annonce, le 16 février, que son seul jugement sera celui du suffrage universel :

 

J'entends plus que jamais porter le projet de redressement et de modernisation de la France, conformément au mandat qui m'a été donné par 4,4 millions de nos concitoyens. Je m'en remets donc désormais au seul jugement du suffrage universel.

Concernant Richard Ferrand, c’est Édouard Philippe qui annonce la *sentance* : le ministre sera soumis aux mêmes règles que ses collègues candidats aux législatives. C’est-à-dire qu’il démissionnera s’il sort perdant. "Ce sera le juge de paix, celui que personne ne peut dépasser en démocratie", affirme le Premier ministre le 26 mai.

Du rab sur le Lab

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