Christiane Taubira sur le burkini : en République, c'est la loi qui fixe les règles, pas notre "exaspération"

Publié à 20h41, le 12 septembre 2016 , Modifié à 20h41, le 12 septembre 2016

Christiane Taubira sur le burkini : en République, c'est la loi qui fixe les règles, pas notre "exaspération"
Christiane Taubira © Capture d'écran TMC

Le *fameux* débat sur le burkini a agité la sphère politico-médiatique tout l'été. De nombreux cadors, de droite et de gauche, se sont prononcés sur ce sujet ô combien important. Interdire ou ne pas interdire le burkini sur les plages ? Le sujet semble tellement primordial que certains prétendants à la fonction présidentielle font des annonces et promettent que, eux présidents, ce vêtement sera interdit.  

Qu'en pense Christiane Taubira ? Des choses plutôt simples comme le fait que, dans l'espace public, c'est la loi qui s'impose, pas les sentiments. Invitée de Quotidien ce lundi 12 septembre, l'ancienne ministre de la Justice dit :

 

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La question c'est de savoir ce qu'il doit se passer dans l'espace public. Il est évident que, sur ça ou sur autre chose, il y a des choses dans l'espace public qui nous dérangent, il y a des choses qui nous irritent et qui nous intriguent. C'est ce que j'ai dit. Simplement, la question c'est : est-ce que ce sont nos passions, est-ce que c'est notre subjectivité, notre avis personnel qui doit compter et générer un acte ou est-ce que ce sont nos lois, nos règles qui, dans l'espace public, doivent dire 'la République tolère ça ou ne tolère pas ça' ? Je dis que l'espace public, c'est l'espace de la République et que c'est sur le fondement de nos lois que les choses s'acceptent ou ne s'acceptent pas. Qu'elles nous agacent, qu'elles nous exaspèrent, c'est une chose. Que cette exaspération soit la source d'une règle, ce n'est pas possible sinon la vie commune, la vie sociale, n'est juste pas possible.

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Le problème de ce débat est que, selon certains, il a entraîné une stigmatisation des Français de confession musulmane, accusés par plusieurs hommes et femmes politiques de faire de la politique en arborant un burkini – et par extension pour certains le voile. Christiane Taubira déplore la violence verbale entendue tout au long de l'été. "Il y a des paroles depuis de nombreuses années qui portent un propos indifférencié sur des Français de religion ou de culture musulmane. Il y a des personnes qui en font un fonds de commerce. C'est une réalité", dit-elle.

Elle ajoute :

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Lorsqu'on croit que les paroles ne blessent pas… Elles blessent. Il y a des paroles qui blessent. Par conséquent, lorsque certains s'autorisent à poser en sur-plan une parole de mépris sur une catégorie de citoyens, il ne faut qu'ils s'imaginent que ces catégories de citoyens n'entendent pas. Moi ce que je dis à ceux qui sont blessés, à ceux qui entendent des paroles qui les exclues de la communauté nationale, je leur dis que ces paroles ne sont pas légitimes.

 

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Mais à qui peut bien penser Christiane Taubira ? Peut-être à Nicolas Sarkozy, très virulent contre le burkini et qui s'est engagé, s'il revient aux affaires, à prendre des mesures pour interdire ce vêtement parce que sinon, d'après lui, les burkinis envahiront la France.

Mais Manuel Valls, ancien meilleur ennemi de Christiane Taubira, ne saurait être épargné par cette remarque. Le Premier ministre a été extrêmement actif sur le sujet. Même après la décision du Conseil d'État annulant les arrêtés des maires interdisant le port du burkini sur leurs plages, le chef du gouvernement a tenu à alimenter le débat, là en parlant de Marianne qui "a le sein nu" et "n'est pas voilée", là en répondant au New York Times après un article sur les Françaises musulmanes.

Interrogée sur le fait que ses mots pouvaient viser le Premier ministre, Christiane Taubira a accusé le journaliste Yann Barthès de "chercher  des histoires". Mais elle n'a pas franchement démenti...

 

 

[BONUS TRACK] Non non non

Christiane Taubira a une particularité : quand quelque chose l'énerve, l'ancienne ministre de la Justice a du mal à faire comme si cela n'était pas important. Ce qui l'énerve ce lundi 12 septembre, ce sont les propos qui lui sont prêtés dans le livre de Cyril Graziani Le Premier Secrétaire de la République (éd. Fayard). Selon le journaliste, l'ex-garde des Sceaux a déclaré ceci lors d'un dîner : "Si François Hollande est candidat à la primaire, je le soutiendrai. S'il ne l'est pas, je me lancerai."

Interrogée sur cette phrase dans Quotidien, elle a répondu :

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À 30 ans je ne considérais pas que la politique devait lancer les gens. Et à mon âge je vais lancer ? C'est insensé, je n'ai pas dit ça. Je le dis clairement ici. Je ne l'ai pas dit. Et si cette personne confirme que je l'ai dit, elle vient le démontrer.

 

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"Une personne dont la profession est d’informer dit que quelqu’un lui a dit que j’ai dit dans un dîner privé… Excusez-moi, mais ça s’appelle un cancan anonyme", avait déjà dénoncé Christiane Taubira, dans Libération lundi sur le même sujet. Et quant à savoir si, même si elle jure ne pas l'avoir prononcée, cette phrase peut avoir un fond de vérité, l'ancienne ministre avait répondu : "Je ne fais pas de la politique avec des hypothèses." 

De son côté, Cyril Graziani maintient sa version des faits

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