Colonisation : Valérie Pécresse accuse Emmanuel Macron d'avoir "comparé Jules Ferry à Hitler"

Publié à 09h39, le 20 février 2017 , Modifié à 11h47, le 20 février 2017

Colonisation : Valérie Pécresse accuse Emmanuel Macron d'avoir "comparé Jules Ferry à Hitler"
Valérie Pécresse sur BFMTV lundi 20 février 2017

Les propos d'Emmanuel Macron sur la colonisation française en Algérie, que le candidat a qualifiée de "crime contre l'humanité" lors d'un déplacement à Alger la semaine dernière, font toujours polémique. Lundi 20 février, Valérie Pécresse y fait référence pour démontrer à quel point Emmanuel Macron n'est pas en mesure d'endosser les habits de chef de l'État. 

Sur BFMTV, la présidente LR de la région Île-de-France se voit demander si le leader d'En Marche ! est "apte" à incarner la fonction présidentielle. Pour répondre "non", elle emploie l'exemple suivant :

Quand on va en Algérie dire aux Algériens 'crime contre l'humanité', 'crime contre l'humanité' ça veut dire Hitler - Hitler ! - et qu'on compare Jules Ferry à Hitler, quand ensuite on va à Toulon dans le Var et qu'on dit 'ah bah finalement, la colonisation c'était bien', quand on dit à chacun ce qu'il a envie d'entendre, on n'est pas apte à résister à Donald Trump et on n'est pas apte à résister à Vladimir Poutine. Il n'a pas la carrure.

Valérie Pécresse reprend l'argument selon lequel on ne peut pas qualifier la colonisation de "crime contre l'humanité" puisque cette notion juridique, née juste après la Seconde Guerre mondiale, fait directement écho aux crimes nazis et à la Shoah. En employant ces termes, Emmanuel Macron aurait donc selon elle rapproché l'extermination des juifs de la colonisation et insulté la mémoire de Jules Ferry, père de l'école laïque, gratuite et obligatoire mais aussi fervent partisan de l'expansion coloniale française à la fin du XIXème siècle

Cependant, d'autre événements ont, depuis les crimes nazis, été qualifiés de "crime contre l'humanité" par les institutions et juridictions internationales : le génocide rwandais, le génocide arménien, l'Apartheid en Afrique du Sud, les exactions commises en ex-Yougoslavie... 

Le secrétaire général d'En Marche !, Richard Ferrand, a vivement réagi à cette attaque de Valérie Pécresse :

Pour mémoire, Emmanuel Macron avait déclaré :

La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé […] ll y a une jolie formule qui vaut pour l’Algérie : 'La France a installé les droits de l’homme En Algérie. Simplement, elle a oublié de les lire.'

Après quelques tentatives d'explications plus ou moins contradictoires de la part de ses proches, le candidat d'En Marche ! a fini par demander "pardon" aux personnes qui avaient pu être "blessées" par ces propos (leur adressant même un "je vous ai compris" des plus gaullistes mais pas des plus habiles quand on connaît la fin de l'histoire) sans pour autant retirer le fond de sa réflexion.

Il n'a donc pas évoqué la figure de Jules Ferry, tout comme il n'a pas expliqué que "finalement, la colonisation c'était bien" devant l'ampleur de la polémique.

Par ailleurs, certains proches d'Emmanuel Macron rappellent que la notion juridique de crime contre l'humanité a évolué pas plus tard qu'en 2010, avec la loi n° 2010-930 portant adaptation du droit pénal à l'institution de la Cour pénale internationale Voici le contenu de l’article 2 de cette loi :

Le premier alinéa de l'article 212-1 du même code est remplacé par douze alinéas ainsi rédigés :



'Constitue également un crime contre l'humanité et est puni de la réclusion criminelle à perpétuité l'un des actes ci-après commis en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique :



'1° L'atteinte volontaire à la vie ;



'2° L'extermination ;



'3° La réduction en esclavage ;



'4° La déportation ou le transfert forcé de population ;



'5° L'emprisonnement ou toute autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ;



'6° La torture ;



'7° Le viol, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;



'8° La persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d'autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international ;



'9° L'arrestation, la détention ou l'enlèvement de personnes, suivis de leur disparition et accompagnés du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort qui leur est réservé ou de l'endroit où elles se trouvent dans l'intention de les soustraire à la protection de la loi pendant une période prolongée ;



'10° Les actes de ségrégation commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l'intention de maintenir ce régime ;



'11° Les autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l'intégrité physique ou psychique.'

 



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