Comment Mélenchon, Sapin, Duflot et Filippetti voient tous Ken Loach à leur porte

Publié à 10h38, le 23 mai 2016 , Modifié à 10h40, le 23 mai 2016

Comment Mélenchon, Sapin, Duflot et Filippetti voient tous Ken Loach à leur porte
Ken Loach célébrant sa Palme d'Or, et quelques uns de ses plus fervents soutiens français © Montage Le Lab via AFP

#IlsSontKenLoach - C'est tout de même beau, l'art. Voilà un domaine susceptible, parfois, de rassembler des êtres humains par-delà leurs divergences politiques, des humains soudain unis sur l'essentiel. L'oeuvre "sociale" du cinéaste Ken Loach est semble-t-il capable de ce genre de petits miracles au sein de la classe politique française.

Car depuis qu'il a reçu la Palme d'Or à Cannes, dimanche 22 mai, pour son film Moi, Daniel Blake, il semblerait que le discours du réalisateur britannique soit partagé par des responsables aux idées pourtant pas toujours voisines.

# Ce que défend Ken Loach

Déjà récipiendaire de ce prix prestigieux en 2006 pour Le vent se lève, Ken Loach présentait cette année un film qui suit le parcours kafkaïen d'un chômeur contraint de demander l'aide sociale. Recevant sa Palme dimanche, il a revendiqué de "présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants".

Et d'ajouter : "Ce que j'espère, c'est que cette tradition se maintiendra. Un autre monde est possible et c'est nécessaire." En ce qui concerne la politique française, Ken Loach est connu pour son soutien maintes fois réitéré au NPA d'Olivier Besancenot

# Les politiques qui se l'approprient

Dès dimanche soir, l'ex-ministre de François Hollande devenue frondeuse Aurélie Filippetti et Jean-Luc Mélenchon (qui était allé à Cannes pour dénoncer les conditions de travail précaires des employés des palaces) ont rapidement salué cette distinction, montrant tout leur accord avec le propos de l'artiste :

Jusque là, rien de bien étonnant.

Ce lundi, c'est ensuite Michel Sapin qui a été interrogé sur cette Palme d'Or. Ministre des Finances d'un gouvernement social-démocrate, il n'est a priori pas le plus proche des idées en question. Peut-il, au contraire, se sentir "visé" par ce film, lui est-il demandé sur iTélé. Que nenni. Michel Sapin "partage" même carrément certaines luttes de Ken Loach :

 

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Je me sentirais visé si j'étais un ultra-libéral, d'ailleurs je pense que c'est ceux-là qu'il vise. On joue un peu là avec les mots et avec les cibles. Donc il vise qui ? Il vise l'ultra-libéralisme, il vise un monde débridé, il vise une finance débridée, il vise une finance spéculative, il vise l'enrichissement des plus riches, eh bien je partage ça.

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Mais il a aussitôt nuancé : "Ensuite, moi, j'ai des responsabilités politiques. Quand on a des responsabilités politiques, on fait aussi avec le réel pour pouvoir transformer le réel."

Le ministre a apporté son soutien à cette "tradition de protestation, de mise en lumière, de mise en mouvement des protestations de ceux qui sont les plus faibles contre les plus forts" qui marque le septième art. Et d'estimer que s'ils sont de nature différente, cinéma et politique restent "liés" en la matière : "On n'est pas dans le domaine de la politique, on est dans le domaine du témoignage, de l'art, de la culture. Mais heureusement qu'ils sont liés, heureusement qu'ils ont cette capacité d'entraînement."

Ce lundi toujours, Cécile Duflot a aussi sollicité Ken Loach au service de son discours politique. La députée écologiste y a ainsi d'elle-même fait référencesur BFMTV, alors qu'elles dénonçait "les inégalités qui ont explosé" des dernières années :

 

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Le système qui ruine notre planète, il fait aussi qu'il y a de moins en moins de plus riches qui deviennent de plus en plus riches et beaucoup d'autres qui deviennent de plus en plus pauvres. Et c'est pas un hasard je crois si Ken Loach a remporté la Palme d'Or, il raconte très bien ça, le système qui devient fou. Qui devient fou parce qu'il tue la planète. [Elle est coupée]

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Et l'ex-patronne d'EELV d'embrayer sur la nécessité de continuer à se "battre pour la politique", par le biais de l'écologie évidemment :

 

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Les solutions, elles existent : aujourd'hui reconquérir une agriculture et faire vivre la ruralité, c'est quelque chose qui existe déjà, certains le font ; considérer que tout ce que permet le numérique, la fluidité y compris d'ailleurs dans la décision politique, peut fonctionner, je pense que c'est un chemin qui est évident ; et enfin on a un sujet démocratique, les libertés publiques. Aujourd'hui, on sait faire tenir ce système-là par davantage d'autorité et de brutalité.

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Du rab sur le Lab

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