De Taubira à Sarkozy en passant par Morin : petite typologie du tweet-fail politique

Publié à 12h11, le 24 décembre 2015 , Modifié à 09h52, le 21 juin 2018

De Taubira à Sarkozy en passant par Morin : petite typologie du tweet-fail politique

Twitter, c’est quand même merveilleux. Rendez-vous compte, "en 140 signes, par le biais des reprises médias, vous touchez des millions de Français”, comme le soulignait l’entourage de Manuel Valls. Mais même en 2015, rodés aux techniques de communication et forts des bourdes du passé, les politiques ne sont pas à l’abri de composer un message qu’ils vont aussitôt regretter.

Piratage, erreur de source ou DM fail : typologie du tweet-fail politique, version 2015.

  • Bravo le service com’

Pas facile de résumer un discours à l’Assemblée nationale en 140 signes, surtout quand il s’agit de live-tweeter une adepte des envolées lyriques. En avril, lors du débat sur la loi renseignement, le ministère de la Justice commence à retranscrire les propos de Christiane Taubira. Mais il y a comme un petit problème dans ce premier tweet, aussitôt effacé, comme l’avait relevé le rédacteur en chef de Numérama :

Car il prête à confusion sur la position de la garde des Sceaux concernant la loi renseignement. Quelques jours plus tôt, le Canard enchaîné rapportait des propos de la ministre selon lesquels la loi serait "aux antipodes de ses idées". Toujours est-il que, dans la suite de son discours, Christiane Taubira défend le travail du gouvernement.

  • Le compte piraté

C’est l’été, nous sommes au mois d’août et l’actualité politique est au plus bas. Hervé Morin, qui n’est alors encore que candidat aux régionales en Normandie, en profite pour prendre un peu de vacances en famille. Malheureusement pour lui, il a laissé son compte Twitter ouvert sur son iPad… sur lequel est installée l’application "Fruit Ninja", un jeu dont le but est de trancher un maximum de fruits dans un temps limité. Et voilà le résultat :

 

Le président du Nouveau centre, probablement alerté par un nombre inhabituel de notifications, supprime le tweet et désigne sans vergogne le coupable : son fils de six ans. Qui réalise un score bien mais pas top, tel celui de son père aux régionales, élu de justesse en Normandie.

Autre épisode de piratage, un peu moins mignon et plus embarrassant. Il apparaît sur le compte de Valérie Debord, secrétaire nationale de l’UMP en charge de la famille. En réaction à une déclaration de François Hollande souhaitant "réparer les erreurs du passé" en Libye, Valérie Debord retweete un montage photo de deux articles censés montrer l’opportunisme de François Hollande, favorable à l’opération militaire engagée en 2011. Quand un internaute lui fait remarquer que le chef de l’Etat dénonce surtout le manque de "service après vente" de la part des précédents gouvernements, elle répond :

Triple boulette donc puisque le pays est mal orthographié, que l’opération militaire a pris fin en 2011 et que la France n’a pas envoyé de troupes au sol en Libye. La secrétaire de l’UMP supprime son tweet, se dédouanant comme elle peut en affirmant qu’elle n’en est pas l’auteur.

  • Le DM fail

En matière de DM fail, notre préféré de tous les temps reste le tweet d’Eric Besson, ministre de l’Industrie, envoyé en 2011 lors d’un conseil des ministres : "Quand je rentre je me couche. Trop épuisé. Avec toi ?" Même s’il y a eu, entre temps celui de Lionnel Luca, député UMP qui tweete en 2012 : "Je te laisse rentrer et te préparer. Je t’aime".

Voilà des tweets plutôt très embarrassants. Ce qui arrive quand on tweete en même temps qu’on veut envoyer des SMS ou un message privé sur Twitter. Le dernier DM fail est, lui, tout mignon. Il date du 16 novembre, lorsque François Hollande réunit le Congrès à Versailles après les attentats qui ont frappé Paris le 13 novembre. Arrivé tout droit du Nord, le député PS Guy Delcourt poste deux photos du Château de Versailles, accompagnées d’un message d’amour.

Sur les internets, on *coeur avec les doigts* ce DM fail, loin des moqueries habituelles. Mais Guy Delcourt effacera son tweet pour protéger son intimité familiale.

  • L’erreur de source

Quoi de mieux pour appuyer un tacle politique que de citer un article de presse. C’est ce que fait la sénatrice EELV Esther Benbassa pour dénoncer des propos de Marion Maréchal-Le Pen, alors arrivée en tête du premier tour des régionales en Paca. Sauf qu’ils n’ont jamais été prononcés... car la sénatrice relaye en fait un article du Gorafi, telle une Christine Boutin.

Elle supprimera ensuite le tweet en affirmant qu’on ne l’y reprendrait plus.

Autre erreur de source, un peu plus délicate cette fois. Cet été, Yves Pozzo di Borgo, sénateur centriste, veut partager l’information selon laquelle la terre a épuisé toutes ses ressources. Sauf que le lien mène vers Égalité et Réconciliation, le site d’Alain Soral.

Comme tous les autres, il s’empresse de supprimer son tweet en évoquant une "erreur". Et repartage l’information, venant cette fois-ci du Huffington Post.

  • La mention du mauvais interlocuteur

Pour mentionner quelqu’un sur Twitter, il suffit de taper son nom, en général prénom/nom parfois accompagné d’un underscore. Même s’il faut faire attention car certaines personnalités ont des pseudos, comme @valtrier pour Valérie Trierweiler ou @pontifex pour le pape François. Toujours est-il que , le soir du second tour des régionales, Nicolas Sarkozy tient à féliciter chaque candidat de la droite qui a gagné une région.

Mais il passe outre la vérification de l’utilisateur et mentionne le mauvais Didier Robert (avec un seul underscore au lieu de deux), vainqueur à la Réunion. Forcément, après une double-soirée éreintante entre football et soirée électorale, l’attention se relâche un peu...

[BONUSTRACK] La galette de Balkany

  • Le tweet qui déclenche une telle polémique que l’utilisateur ferme son compte

Au mois de janvier, Paris connaît une première vague d’attentats avec l’assassinat de plusieurs membres de la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier au matin. Un événement fâcheux pour Patrick Balkany. Alors que le deuil national a été décrété par François Hollande, le député-maire de Levallois se voit contraint de reporter la galette des rois organisée dans sa commune des Hauts-de-Seine.

Ce tweet, écrit le soir même des attentats, déclenche une vague d’indignation et de moquerie sur le réseau social. Excédé, Patrick Balkany ferme définitivement son compte (mais pas sa femme Isabelle).

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