Déchéance : Cambadélis sort de son silence et tente une synthèse à la Hollande

Publié à 08h56, le 04 janvier 2016 , Modifié à 16h21, le 04 janvier 2016

Déchéance : Cambadélis sort de son silence et tente une synthèse à la Hollande
Cambadélis, ou la synthèse à la Hollande sur la déchéance de nationalité © Montage le Lab via captures d'écran LCI

Pas un mot depuis le 23 décembre. Le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a été volontairement et ostensiblement absent du débat qui a grandement agité la classe politique, et plus particulièrement la gauche, en cette fin 2015 et ce début 2016 : l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France et condamnés pour terrorisme. "Camba" est sorti de son silence, lundi 4 janvier, sur LCI. 

Fin décembre, son entourage expliquait au Lab que "Jean-Christophe Cambadélis s'est opposé à la disposition sur la déchéance de la nationalité jusqu'au bout. Il n'a pas obtenu gain de cause. Il ne prend pas position pour ne pas affaiblir le président. Mais il ne prend pas position non plus pour la mesure. Il parlera en temps et en heure." Le moment est donc venu. Et alors que la famille socialiste est plus déchirée que jamais, de nombreux élus annonçant leur intention de ne pas voter cette mesure comprise dans la réforme constitutionnelle, le patron tente une sorte de synthèe très hollandienne. Car en tant que chef de parti, il est pris en étau entre le soutien à l'exécutif et la colère d'une grande partie de ses troupes.

Alors il commence tout de même par s'affirmer fidèle aux choix de François Hollande : 

 

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Permettez-moi de dire mon accord avec l'orientation du président de la République. [...] Vous me trouverez toujours au côté des Français pour la défense de leur sécurité quand ces questions sont posées, en sachant que je le ferai dans le respect du droit, des valeurs et de l'efficacité.

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Des "valeurs" au nom desquelles il juge toutefois que la déchéance de nationalité "n'est pas une valeur de gauche" mais constitue une contrepartie au soutien de la droite sur la révision de la Constitution, dans le cadre de l'union nationale. Il le répète ce lundi :

 

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Oui j'ai dit que ce n'était pas une idée de gauche, je l'ai toujours dit. [...] Je l'ai dit de tous temps. Et j'ai indiqué que le président de la République avait choisi cette voie pour ouvrir la possibilité de l'union nationale car la droite fait ce préalable pour voter la réforme constitutionnelle. Mais la question est de savoir si l'union nationale vaut ce type de mesure et sinon, quel type de mesure on peut mettre en place pour garantir la cohésion nationale.

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Clairement, sa réponse semble être non. S'il est prêt à suivre "l'orientation" du chef de l'État sur ce sujet, c'est donc au nom d'un enjeu politique, et politique uniquement. Car sur le fond, il n'est pas parmi les défenseurs de la déchéance. Une prise de position de principe, qui ne l'empêche pas de fustiger également les discours ultra-offensifs de l'aile gauche sur ce dossier. À son sens, l'extension de la déchéance de nationalité n'est "pas indigne" : la mesure "est déjà dans notre Code civil et c'est pratiqué. C'est même prartiqué par la gauche avec plus de déchéances que par la droite", ajoute-t-il, tout en jugeant que la mesure reste "discutable". Et d'appeler tout un chacun à "raison garder" :

 

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J'appelle à ce que les socialistes et à ce que l'ensemble de la gauche prennent de la hauteur vis-à-vis du débat, soient capables de discuter, de se respecter. Il n'y a pas d'un côté les enfants de Pétain et de l'autre côté les protecteurs des terroristes.

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Voilà tous les protagonistes de cette grosse polémique renvoyés à leurs chères études par le boss de Solférino : François Hollande et sa mesure qui "n'est pas de gauche", mais aussi les parlementaires qui y sont opposés, au risque de perdre "la raison". 

Mais "il y a à discuter à partir de l'orientation fixée", dit encore Jean-Christophe Cambadélis. Qui fait aussi des propositions, notamment celle de sanctuariser le droit du sol dans la loi fondamentale, droit pour lequel certains responsables sont inquiets avec la déchéance élargie. Il dit : 

 

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Il faut se battre pour introduire dans la Constitution le droit du sol à l'article 34. À terme, pas dans le débat actuel. Mais à terme, c'est une bataille que les socialistes devront porter, parce que j'ai peur que petit à petit, de glissement en glissement, on en revienne à mettre en cause le droit du sol. 

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Une proposition qui ne concernerait pas la réforme constitutionnelle en cours, mais qui devra donc être débattue plus tard selon lui. Le message est transmis à l'Élysée. 

À l'instar de nombreux politiques, "Camba" évoque encore deux possibles alternatives à la déchéance élargie pour les binationaux : une peine d'indignité nationale ou bien la déchéance pour tous les Français, y compris ceux n'ayant pas d'autre nationalité. Et de promettre que tout cela fera l'objet d'un débat en conseil national du PS "après le 18 janvier", pour laisser passer la période de commémorations des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher qui s'ouvre cette semaine. "Je m'inscris dans ce débat parlementaire et nous discuterons", conclut-il.

Pour résumer : il n'est pas vraiment d'accord mais ne s'opposera pas au nom de "valeurs" qui le pousent cependant à proposer des alternatives et à demander des garanties. La synthèse, on vous dit.





[BONUS TRACK]

Interrogé sur la phrase de Manuel Valls à l'égard de cette "gauche qui s'égare au nom de grandes valeurs", Jean-Christophe Cambadélis se fait critique (mais pas trop) :

 

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Cette formule est une formule un peu à l'emporte pièce mais enfin, quand on cherche Manuel Valls, on le trouve. Et parfois, il a des répliques un peu acerbes.

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Du rab sur le Lab

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