"Deux gauches irréconciliables" : ce qu'a vraiment dit Manuel Valls

Publié à 10h55, le 07 décembre 2016 , Modifié à 10h58, le 07 décembre 2016

"Deux gauches irréconciliables" : ce qu'a vraiment dit Manuel Valls
Manuel Valls sous-titre Manuel Valls © Montage via AFP.

EXPLICATION DE TEXTE - C'est un propos qui va certainement coller à la peau de Manuel Valls tout au long de la campagne de la primaire et probablement au-delà. Une phrase qui en fait le diviseur de son camp au moment où il dit au contraire vouloir le rassembler. Hier théoricien des deux gauches "irréconciliables" et aujourd'hui candidat de la "réconciliation" : voilà le coin que tentent d'enfoncer les adversaires de l'ex-Premier ministre depuis quelques jours, notamment Arnaud Montebourg et Martine Aubry.

Alors l'intéressé veut déminer le terrain, revient sur son propos, estime que celui-ci est "déformé" et que non, il n'a pas tracé une frontière à l'intérieur de sa famille politique. Voici l'échange qu'il a eu à ce sujet avec David Pujadas, sur le plateau du JT de France 2 mardi 6 décembre :

- David Pujadas : Il y a quelques mois, vous disiez : 'Il y a des positions irréconciliables à gauche et il faut l'assumer'. Hier, vous avez esquissé au contraire un mea culpa et parlé de 'réconciliation'. Quel Manuel Valls faut-il croire ?



- Manuel Valls : Évidemment, si on déforme mes propos, si on ne les rapporte pas exactement... J'avais dit en février 2016, exactement, que je n'acceptais pas que Jean-Luc Mélenchon puisse dire que François Hollande c'était 'pire que Nicolas Sarkozy' [...] et que Manuel Valls c'était 'pire que Jean-Marie Le Pen'.

Au passage, il assure que cette phrase ne concernait "pas du tout" l'aile gauche du PS. Il faut donc comprendre que seul le leader de "la France insoumise" était visé par le chef du gouvernement d'alors, et non ses camarades socialistes frondeurs, Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg.

# Irréconciliable... avec Mélenchon

De fait, ce rappel de ses propos de février dernier est exact. Lors d'un rassemblement dans sa circonscription de l'Essonne, il avait lancé :

Le problème n’est pas d’organiser une primaire qui irait de Mélenchon à Macron. Non, ce n'est pas ça le sujet, il n'est pas là. Parfois, il y a des positions irréconciliables à gauche et il faut l'assumer. Moi, je ne peux pas gouverner avec ceux qui considèrent que François Hollande, c’est pire que Nicolas Sarkozy ou que Manuel Valls c’est pire que Jean-Marie Le Pen.



La référence à Jean-Luc Mélenchon était alors explicite. Celui qui est de nouveau candidat à la présidentielle avait en effet estimé, quelques jours plus tôt dans Le JDD : "Un an avant la fin du quinquennat, sur tous les marqueurs de l'époque - et au premier rang le chômage - la situation est pire que sous Sarkozy." Il avait réitéré cette attaque, encore plus clairement, dans un livre d'entretiens publié en septembre. L'ouvrage Le choix de l'insoumission comprenait notamment cette citation de Jean-Luc Mélenchon :

Jamais je n'aurais pu imaginer dire un jour qu'il était pire que Sarkozy. Ce qu'il a été. [...] Tout ce qu'on reprochait à Sarkozy, il a tout fait en pire.

 

En revanche, Manuel Valls est moins rigoureux lorsqu'il cite le propos selon lequel il serait "pire que Jean-Marie Le Pen". Les phrases de Jean-Luc Mélenchon s'en rapprochant le plus datent surtout d'août 2013, à quelques jours d'intervalle. Il avait d'abord estimé que "non seulement [Marine Le Pen] a séduit la plus grande partie de la droite, mais elle a aussi contaminé Manuel Valls", avant de renchérir en balançant :

Je souhaite que madame Le Pen ne soit pas contaminée par lui.

"J'ai déjà dit qu'il était contaminé par les idées de Marine Le Pen […], c'est pire que ça !", avait-il enfin martelé en avril 2014. Il évoquait la présidente du FN et non son fondateur, mais l'idée est là.

# Réconcilier la gauche de gouvernement

Quoi qu'il en soit, si l'on prend cette citation au pied de la lettre, c'est bien l'ancien leader du Front de gauche et non l'aile gauche du PS que visait Manuel Malls dans le propos si souvent cité ces derniers jours. D'où sa justification suivante, avancée sur France 2 ce mardi :

J'ai toujours respecté... vous savez, la gauche, c'est mon histoire, c'est ma famille, il y a un fil. Et moi je considère que tous ceux qui ont gouverné avec François Mitterrand, avec Lionel Jospin, avec François Hollande, tous ceux qui ont gouverné ont vocation à se retrouver. Il y a toujours eu des débats, vous savez, la gauche est synonyme de débats, de confrontation. J'y ai pris ma part, j'ai parfois suscité des controverses, j'ai eu des mots durs, j'ai suscité des incompréhensions, mais j'ai toujours respecté le cadre collectif.



Et cette gauche, qui doit être utile au pays, qui doit assumer les responsabilités lorsque c'est difficile, qui doit assumer les bilans tels que nous les avons engagés [sic], qui a transformé le pays, cette gauche elle a vocation à se retrouver.

"Tous ceux qui ont gouverné" avec la gauche auraient donc vocation à "se retrouver" et à se "réconcilier" aujourd'hui, malgré leurs désaccords. Ce qui, si l'on veut être tatillon, inclut toutefois... Jean-Luc Mélenchon, qui fut ministre de l'Enseignement professionnel dans le gouvernement de Lionel Jospin. Mais passons.

# Réconciliable avec les frondeurs (et Macron)

Certains socialistes ont cependant pris pour eux cette idée de "deux gauches irréconciliables", citation qui n'est donc pas exacte. Car Manuel Valls évoquait également, en février, "deux attitudes possibles, et souvent on les retrouve à gauche" : "fuir" ou "assumer" les responsabilités. Une idée qu'il a souvent développée pour fustiger l'opposition des frondeurs à la politique du gouvernement, faisant valoir a contrario SA gauche "réformiste".

Plus de cela aujourd'hui. De Benoît Hamon, il dit sur France 2 : "Je me sens de la même famille. Évidemment, nous avons des débats et la primaire, c'est pas une affaire de partis [...], c'est l'affaire des Français." Quant à Emmanuel Macron, il lui réitère son appel à participer à la primaire de la BAP, malgré sa décision "irrévocable" de se présenter directement à la présidentielle. "N'ayez pas peur, venez débattre, que chacun vienne dans la confrontation", a invité Manuel Valls.

Le tout afin de rassembler la gauche pour le premier tour de la présidentielle, à l'exception de Jean-Luc Mélenchon.

[BONUS TRACK]

Au JT de France 2 mardi soir, Manuel Valls a également fait cette promesse, que l'on archive au cas où :

Je le souligne dans le respect : vous n'entendrez de ma part, pendant ces semaines de campagne, aucun mot désagréable, aucun anathème, aucune mise en cause. Moi je veux être positif.

Du rab sur le Lab

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