Emmanuel Macron explique être parti du gouvernement à cause de la déchéance de nationalité (et de la loi Travail)

Publié à 20h39, le 25 septembre 2016 , Modifié à 12h10, le 26 septembre 2016

Emmanuel Macron explique être parti du gouvernement à cause de la déchéance de nationalité (et de la loi Travail)
Emmanuel Macron © AFP
Image Etienne Girard

Etienne Girard

Fâché tout rouge, le Macron. Selon l'Obs, le fondateur d'En Marche! a accueilli quelques journalistes à son QG de campagne, au 14ème étage de la Tour Montparnasse à Paris, ce samedi 25 septembre, en ne cachant pas sa fureur contre François Hollande.

Le motif de ce courroux ? Les "pressions" de l'Élysée et de Matignon pour dissuader un bon nombre de têtes d'affiche politiques de se rendre à un colloque à Lyon, en présence d'Emmanuel Macron. Pierre Moscovici ou Matteo Renzi ont notamment renoncé. "Ce n'est pas glorieux", a maugréé l'ex-ministre de l'Économie. Avant de s'encenser en développant les raisons de cette tension autour de ce déplacement : "Je porte une espérance".

Puis Emmanuel Macron s'est défendu d'être un traître, le "Brutus" de François Hollande, selon le surnom que certains politiques lui ont donné :

 

"

Je suis parti sur un vrai désaccord intellectuel avec Valls sur la politique économique et avec Hollande sur la déchéance de nationalité et la politique européenne.

"

Voilà qui est nouveau. Jusqu'à présent, l'ex-secrétaire général-adjoint de l'Élysée avait expliqué sa démission par une volonté de se consacrer à son mouvement politique, En Marche!. "Le moment est venu pour moi de poursuivre et d’amplifier en tout cohérence et de manière apaisée la dynamique lancée ces derniers mois", avait-il affirmé le 30 août dernier.

Il n'a de plus jamais critiqué frontalement la ligne du gouvernement, ni sur la politique économique - dont il avait en partie la charge, ni sur la question européenne. Sur la déchéance de nationalité, il a bien fait connaître en février son "inconfort philosophique" face au débat. Dans ses propos, pourtant, rien n'indiquait qu'il s'agissait là d'une ligne jaune susceptible d'entraîner son départ du gouvernement :

"

J'ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place [ NDLR: que ce débat] a pris, parce que je pense qu'on ne traite pas le mal en l'expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas, et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants c'est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C'est cela notre devoir dans la communauté nationale.

"

A titre de comparaison, la ministre de la Justice Christiane Taubira, en première ligne sur ce dossier, a démissionné le 27 janvier, en conséquence de son désaccord. Emmanuel Macron a lui attendu le 30 août pour faire ses valises. Sept mois plus tard. C'est ce qui s'appelle prendre le temps de la réflexion.

Joint par le Lab, l'entourage d'Emmanuel Macron explique que son départ du gouvernement n'est pas dû uniquement à la déchéance de nationalité mais à une "accumulation de frustrations" dans son rapport à l'exécutif. L'idée d'une démission aurait germé peu à peu dans la tête de l'ex-banquier de chez Rothschild :

"

Emmanuel Macron n'a pas aimé le projet de déchéance de nationalité, en réaction aux attentats. Mais ce n'était pas son domaine de compétence, cela ne justifiait pas une démission. Ensuite, on lui a retiré la deuxième partie de sa loi, confiée à Myriam El Khomri, ce qui ne correspondait pas aux promesses qu'on lui avait fait. C'est ce qui l'a poussé à lancer son mouvement En Marche!, en avril. Il y eu aussi un certain nombre de désaccords sur la méthode de gouvernance pratiquée par l'exécutif.

"

Ce proche d'Emmanuel Macron explique le caractère tardif de cette démission par une volonté de ne pas "créer un psychodrame" avec François Hollande et Manuel Valls en partant à un moment inapproprié. Et c'est pour la même raison qu'il serait dans un premier temps resté discret sur les raisons de cette sortie :

"

Le 12 juillet, au moment de son meeting à la Mutualité, il aurait pu démissionner mais la loi Travail n'était pas encore adoptée. Ça posait donc problème. Et ensuite il y a eu l'attentat de Nice le 14 juillet, ce n'était plus possible de sortir sans allumer un incendie. Fin août, la situation était beaucoup plus apaisée. [..] Et en même temps, Emmanuel Macron n'a pas souhaiter claquer la porte bruyamment car il ne voulait pas être dans le reniement, l'amertume.

"

A travers cette explication, nous en apprenons plus sur la façon dont Emmanuel Macron a vécu sa présence au gouvernement. A moins qu'il ne s'agisse d'une réécriture flatteuse de sa démission. L'avenir nous éclairera peut-être. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus