On vous résume la grande, longue et tumultueuse histoire des écologistes pro-Hollande (en gifs)

Publié à 21h22, le 29 septembre 2016 , Modifié à 08h35, le 30 septembre 2016

On vous résume la grande, longue et tumultueuse histoire des écologistes pro-Hollande (en gifs)
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C’est l’histoire d’une famille où les déchirements succèdent aux retrouvailles, où les responsables s'affrontent pour des raisons qui échappent souvent à la raison. En coulisses, les écologistes continuent de s’agiter. A commencer par les écolos pro-gouvernement, aussi appelés "écologistes réformistes".

Dernier "drame" en date, le départ de l’UDE du "Parti écologiste" de François de Rugy, début septembre dernier. C’est ce qu’a révélé le secrétaire général de l’UDE (Union des démocrates et écologistes) et du Front démocrate Christophe Madrolle mercredi 28 septembre lors du lancement de la campagne de Jean-Luc Bennahmias à la primaire du PS et de ses alliés, à Paris, au "Coup d’Etat".

 

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Jean Luc Bennahmias est le seul candidat de l’UDE. François De Rugy ne fait plus partie de l’UDE, que ça soit clair pour les médias.

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Puisque ce n’est visiblement pas clair, alors que tout le monde devrait pourtant comprendre du premier coup sans avoir à se creuser la tête, Le Lab a remonté le fil de l’histoire de ce micmac.

  • Duflot quitte le gouvernement

Tout commence le 31 mars 2014. Ce jour-là, Cécile Duflot et Pascal Canfin, les deux représentants d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) au gouvernement, annoncent qu’ils ne participeront pas au nouveau gouvernement de Manuel Valls, estimant que les idées du nouveau Premier ministre "ne constituent pas la réponse adéquate aux problèmes des Français".

L’annonce de l’ancienne ministre du Logement n’est pas au goût de tous, à l’image du député de Loire-Atlantique (alors EELV et alors coprésident du groupe EELV à l’Assemblée) François de Rugy, ou encore de la députée Barbara Pompili (elle aussi alors EELV et coprésidente du groupe EELV à l’Assemblée). Les tensions se cristallisent particulièrement à l’Assemblée entre les deux sensibilités, les "écolos réformistes" et l’aile gauche, emmenée par la députée de Paris EELV Cécile Duflot.

  • Placé, de Rugy, Pompili (et d’autres) quittent EELV

Les bisbilles internes, trop fortes, conduisent inévitablement à la déchirure. C’est François de Rugy qui dégaine en premier. Le 24 août 2015, le député annonce dans une interview au Monde son départ d’EELV, la veille du début de l’Université d’été du PS à La Rochelle, en fustigeant "la dérive gauchiste" de son ancien parti. Le lendemain, c’est au tour du président du groupe écologiste au Sénat Jean-Vincent Placé de faire de même. Un mois plus tard, les deux responsables ex-EELV sont suivis par Barbara Pompili. Dernier départ majeur en date, et non des moindres, celui d’Emmanuelle Cosse. Celle qui était pourtant secrétaire nationale d’EELV a rejoint le gouvernement en février dernier, quittant par la même occasion son ancien parti. Il est vrai qu’elle avait été fortement conviée à le faire par ses anciens camarades écologistes.

  • Chacun lance sa formation…

S’ils ont quitté EELV, les anciens cadres du parti ne sont pas restés inactifs. L’UDE a été mise sur pied lors d’un premier congrès fondateur en octobre 2015. Ce mouvement politique résulte du rassemblement entre le Front démocrate, parti dirigé par l’ex-député européen Jean-Luc Bennahmias (ex-EELV, ex-MoDem) et le nouveau parti lancé par François de Rugy, "Écologistes !", par la suite nommé vice-président de l’Assemblée nationale après la dislocation du groupe écologiste, le 19 mai 2016.

Quant à la ministre du Logement Emmanuelle Cosse, elle a lancé en avril 2016 son propre club de réflexion avec son mari, le député de Paris Denis Baupin, qui a lui aussi quitté EELV. Deux mois plus tôt, Barbara Pompili avait de son côté lancé son mouvement "Nouvelle ère". Vous suivez ?

  • Et certains se lancent à la primaire de la "Belle alliance populaire"

Autant de partis, de clubs ou de mouvements que d’ambitions donc. Et, forcément, ça devait un moment coincer chez les écologistes pro-gouvernement dans la perspective de la primaire de la "Belle alliance populaire" (BAP). En juin, Jean-Luc Bennahmias annoncé qu’il se présentait à cette primaire organisée par le PS en janvier 2017, suivi quelques semaines plus tard par François de Rugy, pourtant tous les deux membres de l’UDE à l’époque.

  • Qui soutient qui ? Choisis ton camp, camarade écologiste !

Mercredi soir, le secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification Jean-Vincent Placé et le député des Bouches-du-Rhône François Michel Lambert ont participé au lancement de campagne de Jean-Luc Bennahmias. Son concurrent François de Rugy, lui, était absent, comme Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse, qui soutiennent toutes les deux François de Rugy pour la primaire de la BAP.

Selon les responsables du Front démocrate, ce parti et l’UDE ne forment désormais plus qu’un. Vous suivez encore ? Quant à l’ancien parti "Ecologistes !" rebaptisé cet été "le Parti écologiste" (vous suivez toujours ?), il ne fait donc plus parti de l’UDE. C’est ce que la nouvelle déléguée générale du "Parti écologiste" Raphaëlle Ndaw a annoncé dans un mail interne le 1er septembre.

En pratique, rien n’interdit pourtant la multiplication des candidatures des écologistes pro-Hollande à la primaire, rappelle auprès du Lab le député PS de la Haute-Garonne Christophe Borgel. Toutefois, "la logique, c’est qu’il n’y ait qu’un seul candidat par parti", précise-t-il. "Chaque formation décide de ses propres règles et des modalités de participation à la primaire", explique le "Monsieur élections du PS".

  • Pourquoi la rupture est consommée entre l’UDE et "le Parti écologiste"

Une question brûlante reste sur toutes les lèvres. Mais pourquoi diable les écologistes pro-Hollande, pourtant encore peu nombreux, ne sont même pas capables de s’entendre ? Certains avancent une querelle d’égo. Il y a probablement un peu de ça, mais pas uniquement. Dans le mail que s’est procuré Le Lab, la déléguée générale du "Parti écologiste" avance trois raisons à ce départ, dont l’une portant sur une divergence politique :

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Si nous partageons certaines idées, nous n’avons pas la même identité. Les écologistes (le parti écologiste, ndlr) ont depuis le départ revendiqué une identité tournée vers l’écologie et sa mise en œuvre pragmatique et réaliste à toutes les échelles de l’action politique. Le Front démocrate, quant à lui, affirme plus volontiers son message proprement démocrate de centre-gauche.

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En clair, le parti des Jean-Luc Bennahmias ne serait pas assez écolo et pas assez à gauche pour François de Rugy et ses amis. Pour le Front démocrate, c’est surtout une question de divergence stratégique entre ceux qui voudraient à terme remplacer EELV, et ceux qui voudraient cohabiter chacun dans son coin sans contact. Mercredi soir, Jean-Luc Bennahmias a expliqué :

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Les Verts continueront à exister, nous aurons des relations à avoir avec eux. Ceux qui pensent le contraire se trompent.

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Autre argument avancé par Christophe Madrolle : "François De Rugy a créé 'le Parti écologiste' car il souhaite être le pôle écolo de la BAP et de ce fait il se présente au nom du 'Parti écologiste' à la primaire".

Pas question toutefois d’afficher un peu trop publiquement les divergences entre les deux camps. "Je suis prêt à participer à des réunions de confrontation avec les autres candidats à la primaire mais pas des réunions de confrontation avec François de Rugy", a prévenu Jean-Luc Bennahmias. "Nous continuons à travailler ensemble et je souhaite que nous préparions ensemble les législatives", ajoute Christophe Madrolle. Tout va bien, donc, chez les écologistes pro-Hollande.

Du rab sur le Lab

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