L'anaphore "arguties juridiques" de François Hollande en réponse à Nicolas Sarkozy

Publié à 12h11, le 08 septembre 2016 , Modifié à 14h58, le 08 septembre 2016

L'anaphore "arguties juridiques" de François Hollande en réponse à Nicolas Sarkozy

REP A SA - François Hollande dans son costume de chef de l'État, mais avec une cape de candidat cachée juste en-dessous. Jouant autant sur le registre présidentiel que sur des thématiques beaucoup plus politiciennes, il a certes développé sa vision de la France comme annoncé, mais s'est aussi longuement attardé sur les enjeux électoraux à venir et les divers prétendants à 2017 (surtout ceux de droite). Alors non, il n'a pas annoncé sa candidature, mais il n'a laissé qu'un trèèèèès mince doute quant à ses intentions...

Dans un discours sur "la démocratie et le terrorisme", au cours d'un colloque organisé par la fondation Jean Jaurès et le think tank Terra Nova, salle Wagram à Paris ce jeudi 8 septembre, François Hollande a notamment adressé une cinglante réponse aux propositions de certains responsables de droite, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, en matière de lutte contre le terrorisme. "Nous devons assurer la sécurité sans jamais renoncer à vivre comme nous le voulons, comme nous l'entendons, a notamment déclaré le chef de l'État. Car c'est là l'essentiel. Les terroristes ne nous lancent pas un défi, mais deux : les vaincre et rester nous-mêmes." Le Président a ensuite raillé cette idée qu'il "faudrait suspendre l'État de droit aussi longtemps que la menace perdurera". "Face à des périls bien plus graves, et notamment au XXe siècle, c'est quand la République a tenu bon qu'elle s'est élevée et c'est quand elle a cédé qu'elle s'est perdue".

Se faisant de plus en plus clair, il a fustigé ceux qui "recourent à des surenchères pour mieux se distinguer à l'intérieur de leur camp, oubliant que le seul camp qui vaille, c'est la République". La charge est lourde mais relativement non ciblée. Puis est venue cette longue attaque directe contre Nicolas Sarkozy, qui avait dénoncé les "arguties juridiques" que sont la Constitution, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'État de droit dans son ensemble. François Hollande l'a formulée au moyen d'une anaphore, figure de style dont il use fréquemment - et qui devrait rappeler à son ancien adversaire de 2012 un *certain* débat d'entre-deux-tour resté dans les mémoires :

Non, les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques.



Argutie juridique, la liberté d’aller et venir ? Argutie juridique, la liberté d’expression ? Argutie juridique, la liberté de culte ? Argutie juridique, la présomption d’innocence, bien commode à brandir quand il s’agit de plaider pour son propre compte [applaudissements nourris] ? 



Non, la Constitution n’est pas un texte flexible avec des points de suspension, avec des parenthèses. Et la déclaration des droits de l’homme n’est pas un vieux parchemin que l’on devrait encadrer pour le mettre dans les salles où nous recevons le public. La Déclaration des droits de l’homme, c’est le pilier de notre vie commune avec la Constitution.



Notez au passage la violente référence aux affaires judiciaires qui ennuient Nicolas Sarkozy, avec cette mention de "la présomption d’innocence, bien commode à brandir quand il s’agit de plaider pour son propre compte"... 

Quelques secondes plus tôt, il avait contesté, point par point, chacune des mesures principales de Les Républicains pour lutter contre le terrorisme :

Je constate que l’imagination est sans limite et prend des tours inquiétants. Pour défendre le droit, voilà qu’il faudrait commencer par l’abaisser, recourir à des internements administratifs dans des camps, enfermer les suspects sans discernement et sans jugement. J’en entends même qui veulent ressusciter la cour de sûreté de l’État. Revenir sur l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, renier des droits de l’homme et la convention internationale qui les soutient, instaurer en violation du droit du sol, l’insécurité juridique pour des centaines de jeunes nés en France, supprimer le regroupement familial en rupture avec le droit européen établissant ainsi un lien entre immigration et terrorisme.



Ces reniements seraient autant de renoncements, mais sans nullement assurer la protection des Français. Là encore l’histoire nous apprend qu’oublier ces principes augmente le malheur du monde sans réduire les périls. Est-ce que l’adoption du 'Patriot Act' ou le camp de Guantanamo ont préservé les État-Unis de la menace ? Non. 

Ça, c'était donc pour le fond et la question régalienne. Mais François Hollande a aussi fait une énorme digression beaucoup plus politicienne, visant à renvoyer les cadres de la droite à ce simple statut d'opposition préparant une primaire, rappelant qu'a contrario lui est Président et investi par le suffrage universel exprimé au cours d'une élection présidentielle :

Ils ne se sentent plus de limite, ils pensent que le pouvoir est là, à portée de main, ils s'y installent, ils s'organisent. Ils pensent que l'élection, c'est la primaire, que le reste n'a plus d'importance et que les Français viendront signer au bas de la page. 



Je veux dire, au nom du suffrage universel dont je suis finalement, encore jusqu'au mois de mai, le seul qui en ait eu l'onction, que dans une démocratie, il y a l'élection. Ah ce n'est pas facile, l'élection. Il faut la mériter, il faut s'y préparer et il faut respecter les citoyens.

Plus largement, il a aussi balancé ces quelques phrases lourdes de sens : 

Le danger, c'est que la France puisse à un moment donné douter d'elle-même ou se diviser. [...] Quand le danger est là, nous devons nous retrouver. Je ne me détournerai pas de cet objectif. Il m'a animé tout au long du quinquennat et j'ai ressenti plus qu'aucun autre cette exigence d'être unis. Alors je vous l'affirme : je ne laisserai pas la France être abîmée, réduite, voire ses libertés mises en cause, son état de droit contesté, son éducation réduite et sa culture amputée. C'est le combat d'une vie. 



[...] Je ne laisserai pas l'image de la France, le rayonnement de la France, l'influence de la France s'altérer lors des prochains mois ou des prochaines années.

Ce "ou des prochaines années" qui veut dire que oui, François Hollande vient de faire un grand pas vers une prochaine candidature à l'élection présidentielle...



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