L'avocat de Reda Kriket contredit Manuel Valls et envisage de porter plainte contre lui

Publié à 12h18, le 21 juillet 2016 , Modifié à 12h21, le 21 juillet 2016

L'avocat de Reda Kriket contredit Manuel Valls et envisage de porter plainte contre lui
Manuel Valls © PATRICK KOVARIK / AFP

Depuis le début de cette semaine faisant suite à l'attentat de Nice, Manuel Valls a amené dans le débat public le cas de Reda Kriket. Dans un contexte de discussions sur la prorogation de l'état d'urgence et de violentes critiques de l'opposition quant à l'efficacité du gouvernement dans la lutte contre le terrorisme, le chef du gouvernement a indiqué que cet individu, interpellé en mars, aurait pu planifier un attentat durant l'Euro. Et l'avocat du djihadiste présumé n'apprécie pas du tout les propos du Premier ministre. S'exprimant auprès de Metronews jeudi 21 juillet, il envisage même de porter plainte contre lui, évoquant le "secret de l'instruction".

Comme pour mettre en lumière l'efficacité de l'état d'urgence dans la prévention d'actes terroristes, Manuel Valls avait en effet indiqué, lundi 18 juillet : "Nous avons déjoué un certain nombre d'attentats encore ces derniers mois, un juste avant l'Euro qui aurait pu être particulièrement meurtrier."

Selon son entourage cité ensuite par l'AFP, le cas évoqué est en fait celui de Reda Kriket, un Français de 34 ans déjà condamné en Belgique dans une affaire de filière djihadiste vers la Syrie. Une interpellation effectuée le 24 mars dernier - l'Euro 2016 a lui commencé le 10 juin. Soit près de trois mois plus tard. Un arsenal avait été découvert dans l'appartement de Reda Kriket à Argenteuil (Val d'Oise).

Mardi, au cours des débats en séance sur la prolongation de l'état d'urgence à l'Assemblée nationale, le chef du gouvernement avait insisté sur les 16 attentats évités depuis 2012, "notamment par l'arrestation, en mars 2016, à Argenteuil, d'un individu disposant chez lui d'un véritable arsenal, et d'explosifs à grande puissance, avec sûrement l'Euro de football en ligne de mire".

Le Premier ministre affirme donc, tout en restant sur le registre de la supposition, que Reda Kriket aurait pu chercher à attaquer durant le championnat d'Europe de football. L'avocat de l'intéressé, Xavier Nogueras, réplique ce jeudi auprès de Metronews, balayant les propos de Manuel Valls au sujet de son client, l'accusant de "récupération politique" et de "réinvention de la réalité". Il dit :

 

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Aucun élément dans le dossier ne permet d'affirmer que Reda Kriket visait l'Euro 2016. Il n'y a pas le moindre commencement de projet d'attentat. Même pas un bout de papier avec de potentielles cibles. L'objet de l'information judiciaire est d'ailleurs le stockage d'armes. Manuel Valls fait de la récupération politique et réinvente la réalité.

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Il n'écarte pas, d'ailleurs, de porter plainte contre lui, faisant valoir que "le Premier ministre n'est pas exempté du secret de l'instruction. On réfléchit, avec mon confrère Yassine Bouzrou, à de possibles poursuites".

Me Xavier Nogueras n'est pas le seul à dénoncer Manuel Valls. Également auprès de Metronews, la présidente du syndicat de la magistrature (classé à gauche) y voit "une nouvelle illustration de la confusion entre l'exécutif et le judiciaire". Clarisse Taron accuse en substance le chef du gouvernement d'essayer de se doter d'un argument de plus en faveur de l'état d'urgence. Elle affirme :

 

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Je le déplore, mais cela ne me surprend pas que le Premier ministre utilise des éléments de procédure, qu’ils soient vrais ou faux, pour justifier l’état d’urgence et faire taire les critiques.

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