Le journal de Béziers illustre un article sur des "clandestins syriens" par une photo de Myriam El Khomri

Publié à 17h39, le 09 septembre 2015 , Modifié à 21h15, le 15 septembre 2015

Le journal de Béziers illustre un article sur des "clandestins syriens" par une photo de Myriam El Khomri
© DR

Robert Ménard aime bien choquer. Et quand il le fait, le maire de Béziers, élu avec l'appui du Front national, ne s'embarrasse pas. Ainsi, le numéro de septembre du journal de Béziers évoque la situation des réfugiés. Cela commence avec une couverture représentant des hommes et des femmes essayant de grimper dans un train, avec ce titre : "Ils arrivent !"...

En pages intérieures, après une interview du maire expliquant que "Béziers ne peut pas recevoir davantage de demandeurs d'asile", on découvre un papier sur "des dizaines de clandestins syriens" qui "squattent illégalement des appartements à La Devèze", un quartier de Béziers classé ZUP. Et pour illustrer cet article, une photo : la ministre du Travail Myriam El Khomri.



Comme le rapport entre la nouvelle ministre et des "clandestins syriens" n'est pas évident, le journal ajoute cette légende : "La nouvelle ministre du Travail, Myriam El Khomri, et un de ses gardes du corps, dans une cage d'escalier à La Devèze le 10 juillet dernier. À cent mètres des squats d'immigrés clandestins…"

Joint par le Lab, Robert Ménard se fait plus explicatif :

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La Devèze est un quartier où il y a des problèmes et Myriam El Khomri était venue là, en visite, quand elle était secrétaire d'État à la Ville. Elle est la représentante de l'État, au-delà de ce qu'elle est, elle incarne la volonté de l'État de régler les problèmes mais, à 100 mètres de là où elle est, il y a des clandestins. On a choisi cette photo pour illustrer cette contradiction.

"

L'explication est nécessaire car, à la lecture de l'article, cela n'est pas évident. Déjà parce que l'ancien statut de Myriam El Khomri, auparavant secrétaire d'État à la Ville, n'est pas mentionné dans la légende de la photo. Le fait qu'elle soit avec un garde du corps, si.

Dans l'article non plus, le nom de Myriam El Khomri n'est jamais évoqué. Encore moins sa visite dans le quartier de La Devèze il y a deux mois. La "contradiction" évoquée par Robert Ménard n'est pas non plus racontée. Mais c'est peut-être à cause d'un manque de place.

À noter que la une également pose question. On y voit donc des réfugiés prendre un train sur lequel est inscrit "Béziers 3.865 km". Comme si la ville de Robert Ménard s'apprêtait à subir de plein fouet l’arrivée des réfugiés, la distance indiquée étant celle, grosso-modo, séparant la ville de l'Hérault à la frontière, turco-syrienne. 

Selon un journaliste de l'AFP, cette photo a été prise en Macédoine pour le compte de l'agence de presse, le 18 juin dernier

L’inscription "Béziers 3.865 km" a évidemment été rajoutée

Contactée par Arrêt sur Images, l'AFP annonce : 

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Notre service juridique est saisi de l'affaire, on ne laissera pas passer ça.

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[EDIT 15 septembre, 21h10] Comme prévu, l'AFP a décidé d'assigner Robert Ménard en justice. La direction de l'AFP explique :

 

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L'AFP et le photographe Robert Atanasovski assignent la Ville de Béziers, comme éditeur, et Robert Ménard, comme directeur de la publication du Journal de Béziers, pour contrefaçon devant le Tribunal de Grande Instance de Paris.

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L'agence et le photographe demandent respectivement 30.000 euros de dommages et intérêts.

[BONUS TRACK] Vous n'avez pas demandé Robert Ménard, ne quittez pas

En voyant cette photo d'illustration dans le journal de Béziers, nous choisissons de contacter le service communication de la ville, histoire d'obtenir une explication officielle sur ce choix iconographique.

Le standard nous transmet le service communication. Celui-ci nous met alors en attente puis nous envoie vers le secrétariat du maire. Après plusieurs minutes avec Douce France comme musique d'attente, un homme décroché, sans se présenter. Nous demandons alors qui nous parle. Il s'agit tout simplement de Robert Ménard. OK ! Le maire a apparemment voulu répondre lui-même aux questions d'un journaliste concernant le journal municipal.

 

 

 

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