Le multiplex politique du 10 janvier avec Cazeneuve, NKM, Kanner, Pécresse et Bertrand

Publié à 09h20, le 10 janvier 2016 , Modifié à 19h56, le 10 janvier 2016

Le multiplex politique du 10 janvier avec Cazeneuve, NKM, Kanner, Pécresse et Bertrand
© Montage Le Lab via AFP

C'est dimanche et, le dimanche, c'est le jour du multiplex politique. Avec ce 10 janvier Bernard Cazeneuve, Nathalie Kosciusko-Morizet, Patrick Kanner, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand.

Comme toujours, Le Lab se plie en quatre pour vous délivrer ses instants choisis des interviews dominicales tout au long de la journée.

 

  • Deuxième partie
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>> Xavier Bertrand, C Politique, France 5 (18h35)



# Plan de carrière

Le nouveau président LR de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie a beaucoup changé. Aujourd'hui, il rejette les "salons parisiens", mais reconnaît qu'il était à l'époque "dans un costume d'homme politique qui était dans un plan de carrière". L'électrochoc ? 2012.

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Quand en 2012 on a perdu j'ai failli perdre chez moi. J'ai été réélu d'un fil, 222 voix. Les gens m'ont maintenu un peu de leur confiance et là que je me suis dit que je n'étais pas jugé sur qui j'étais, peut-être sur qui j'étais devenu et aussi en raison d'autres. Et là je me suis dit : terminé. Terminé. Si je fais des erreurs, j'en serai comptable, responsable. Mais pardonnez-moi : je ne veux plus payer les factures des autres. Je paye les miennes.

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# Manque de courage

Xavier Bertrand aime bien se repentir. Pour expliquer pourquoi le chômage a augmenté lorsqu'il était ministre du Travail, de 2010 à 2012, il invoque la crise, la nécessité de consulter les syndicats pour modifier le Code du Travail. Mais il reconnaît aussi un "manque de courage [des politiques] d'aller jusqu'au bout des réformes".

 

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En France, on préfère faire les réformes en partie, comme ça on se dit : 'on a avancé un peu, ça va, je ne me suis pas trop fait enguirlander'. Les retraites, c'est le bon exemple, et on va ne jamais au bout des choses. […] Quand j'étais ministre du Travail, peut-être est-ce mon côté élu local, j'ai mis en place des services publics de l'emploi locaux, avec les sous-préfets, arrondissement par arrondissement. Et à l'époque la France a connu une importante augmentation du chômage, elle a un peu mieux résisté que d'autres, grâce à cette action. 

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Un *argument de choc* pour montrer qu'il saura lutter contre le chômage dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

 

#Bouh Sarkozy

Depuis quelques jours, Gérald Darmanin adore critiquer ouvertement Nicolas Sarkozy, dont il fut au passage le porte-parole lors de la campagne pour la présidence de l'UMP à l'automne 2014. "Il semble ne pas comprendre la séparation et l’incompréhension entre lui et le peuple de droite qui exigerait une remise en question de sa part", dit-il par exemple ce dimanche 10 janvier dans Le Parisien.

Évidemment, Xavier Bertrand, son mentor, pense exactement la même chose. Voici qu'il en dit :

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Avec Gérald, on a fait la même campagne, dans la même région. On a la même filiation. […] Ce qui dit Gérald, il y a aussi, moi comme lui, j'ai la nostalgie de 2007. Je mesure bien la promesse de 2007, le rétablissement du politique, de la politique et même s'il y a la crise qui n'explique pas tout, cette terrible déception. Bien sûr que j'ai ça en tête.

 

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À noter que, quatre ans plus tard, que selon Xavier Bertrand, "la crise n'explique pas tout" dans les difficultés de la France entre 2007 et 2012.

En revanche, il n'est pas "en guerre" avec Nicolas Sarkozy, jure Xavier Bertrand. Mais il n'oublie pas que c'est Jacques Chirac qui l'a nommé le premier ministre.  

 

  • Première partie

>> Bernard Cazeneuve, Le Grand Rendez-Vous, Europe 1/Le Monde/iTélé

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# Safety first

Le ministre de l'Intérieur l'assure : malgré les menaces d'attentats toujours plus élevées, les Français sont en sécurité. En tous cas plus qu'il y a un an, car ils sont "plus protégés" :

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Ils sont plus protégés qu'ils ne l'ont jamais été. [...] S'ils sont plus protégés, on peut penser légitimement qu'ils sont plus en sécurité.

 

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Et de citer l'augmentation des forces de police et de gendarmerie, ainsi que les lois anti-terroristes votées depuis le début du quinquennat. En résumé : menace > "protection" > "sécurité". 

# Cerveaux autorisés

Comment comprendre que Christiane Taubira puisse ouvertement s'opposer à l'extension de la déchéance de nationalité et rester sans souci au gouvernement ? Parce qu'il est permis aux ministres de posséder cette chose si précieuse qu'est le cerveau, explique Bernard Cazeneuve. Qui s'emploie donc à désamorcer ce genre de "sujets qui font les délices de la classe politique et de la classe médiatique" :

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Nous sommes sous la Vè République. Et sous la Vè République, il n'est pas interdit à des ministres d'avoir un cerveau, des convictions et de les exprimer. Et à un moment donné, le président de la République monrtre le chemin. Et la clé de voûte des institutions, c'est la parole présidentielle. Et d'ailleurs, Christiane Taubira elle-même a dit que la parole présidentielle s'était exprimée [voir ici, ndlr]. C'est ma conception des institutions, c'est aussi ma conception de la loyauté à l'égard du président de la République. 

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Et de marteler :

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Christiane Taubira, dans le contexte de lutte contre le terrorisme, fait le travail qui est le sien et le fait bien. Elle fait le travail.

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# Etre chauve > avoir froid > mettre un chapeau > ne plus avoir froid

Croyez-le ou non, mais Bernard Cazeneuve a également parlé de... sa passion pour les chapeaux. C'est à lire ici



>> Nathalie Kosciusko-Morizet, Le Grand Rendez-Vous, Europe 1/Le Monde/iTélé

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# Affirmative action

Comme elle l'a annoncé en bureau politique de LR cette semaine, NKM est opposée au projet d'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux condamnés pour terrorisme. Elle y aurait préféré une peine d'indignité nationale, qui permet d'"atteindre les mêmes objectifs symboliques, qui sont forts, que la déchéance de nationalité, sans créer le problème de savoir si on va créer des apatrides", explique-t-elle ce dimanche.

Mais puisque c'est cette solution qui a été retenue par l'exécutif, la députée de l'Essonne plaide à nouveau pour la "déchéance pour tous". Avec un argument : permettre de déchoir des terroristes uniquement s'ils disposent de deux nationalités, c'est de "la discrimination positive" en faveur de ceux qui n'en n'ont qu'une. Elle dit :

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À partir du moment où on suit cette voie, je crois qu'il faut que ce soit pour tous. Je ne vois pas pourquoi on épargnerait un terroriste sous prétexte qu'il n'est que français, qu'il n'a pas de binationalité. Écoutez, ce sont les mêmes kalachnikovs, c'est la même idéologie meurtrière. Un traître, c'est un traître, binational ou pas ; un terroriste, c'est un terroriste, binational ou pas.



Je ne comprends pas pourquoi on ferait en quelque sorte une exception, une forme de discrimination positive à l'égard des terroristes nationaux.

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# Je reste !

"Je défends mes idées dans mon parti. Parce que c'est le parti gaulliste, c'est un parti qui a une histoire." Non, Nathalie Kosciusko-Morizet ne quittera pas Les Républicains. Tenante d'une ligne minoritaire au sein du parti de Nicolas Sarkozy, qui l'a récemment évincée de la direction pour la remplacer par Laurent Wauquiez, l'ex-numéro 2 entend bien rester, exercer sa fameuse "liberté de parole" et "combattre" certaines orientations idéologiques "de l'intérieur". 

À l'instar de Gérald Darmanin, elle fustige une forme d'obsession pour la ligne "identitaire" promue par l'ancien chef de l'État :

 

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J'ai combattu depuis plusieurs mois l'idée que la question identitaire était la seule qui se posait. Je l'ai combattue de l'intérieur, je continuerai à la combattre. Je continuerai à faire des propositions. [...] Je défends mes idées, je les défends à l'intérieur du parti certes, mais je les défends d'abord devant les Français.

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>> Patrick Kanner, 12/13 dimanche, France 3

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# Welcome Macron 

Interrogé sur les élections régionales et la défaite dans la gauche dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie (retrait au premier tour pour faire barrage au FN), le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, élu de la région et ancien président du conseil général du Nord, n'élude pas sa propre responsabilité :

 

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Je la porte aussi, comme les autres. Je suis rentré au gouvernement, certains m'ont même dit : 'Si tu étais resté, peut-être que nous n'en serions pas là aujourd'hui.' Mais on ne refait pas l'histoire. Par contre, c'est peut-être une forme d'usure qui nous a frappés. Il faut des remises en question, des remises en cause, faire émerger des jeunes pousses comme nous l'avions fait dans d'autres périodes, et puis savoir nous rassembler. Les socialistes doivent plus que jamais travailler ensemble.

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Ce renouveau (et non, on ne parle pas de Bruno Le Maire) pourrait-il éventuellement être incarné sur cette terre par Emmanuel Macron, qui en est originaire ? Patrick Kanner ne dit clairement pas non : 

 

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J'ai toujours pensé qu'Emmanuel Macron devrait un jour trouver un territoire. Il est né à Amiens, il connaît parfaitement le Pas-de-Calais et notamment la côte du Pas-de-Calais. J'ai une très grande affinité avec Emmanuel Macron. Pour ce qui me concerne : bienvenue.

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Le ministre de l'Économie a, cependant, clairement fait entendre le peu d'intérêt qu'il porte à l'obtention d'un mandat électoral, malgré les offres plus ou moins officielles formulées par divers membres du PS (et même, très sérieusement, par certains à droite).

# Esprit d'équipe

Patrick Kanner est interrogé sur l'opposition ouverte de Christiane Taubira à l'extension de la déchéance de nationalité. Il ne veut pas lui jeter la pierre car il retient surtout qu'elle s'est rangée à la prédominance de la "parole présidentielle" (même si elle a réaffirmé, cette semaine, ses critiques contre cette mesure). Et de lancer un appel à la "solidarité" gouvernementale, sous forme de métaphore sportivo-politique :

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Moi je suis membre d'une équipe, je suis ministre des Sports. Un pack, il y a un coach - le président de la République -, il y a un capitaine - Manuel Valls -, et quand on est dans une équipe, on travaille pour qu'elle gagne.

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"Aujourd'hui, madame Taubria est toujours garde des Sceaux et doit défendre le projet dans le cadre de la soldiarité gouvernementale qu'appelle à juste titre le Premier ministre", rappelle-t-il encore. Et de souligner que lui-même avait "émis une interrogation" sur la déchéance, avant de la ranger au placard une fois la décision prise :

 

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J'ai émis des interrorgations, y compris par rapport à mon parcours personnel, familial, par rapport à ce qui me paraît être essentiel, comme le droit du sol. J'ai émis non pas une réserve, une interrogation ; mais une fois que la décision est prise, on est solidaire de l'action du gouvernement et je n'ai aucun état d'âme sur le sujet.

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On comprend donc que lui non plus n'est pas du tout fan de cette extension de la déchéance, mais il n'en dira pas plus.

# La mairie de Lille ? Même pas en se rasant 

Martine Aubry pourrait ne pas se représenter pour un quatrième mandat à la mairie de Lille. La succession intéresserait-elle Patrick Kanner ? Pas franchement, et ce alors même qu'il "se rase de très près tous les matins" : 

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- Patrick Kanner : Nous sommes dans un défi de dominos. Nous avons perdu la région, le département, la métropole ; la mairie de Lille peut être une cible pour la droite régionale. Je dis simplement qu'à mon niveau aujourd'hui, je sers ma région en étant membre du gouvernement. En portant des dossiers essentiels, comme le canal Seine-Nord-Europe, comme la rénovation urbaine ...



- Francis Letellier : Vous ne pensez jamais à la mairie de Lille, même en vous rasant ?



- Patrick Kanner : Tout d'abord, je me rase de très près tous les matins. Et je suis un ancien joueur d'échecs, donc j'essaye toujours d'avoir des coups devant moi. Mais là, mon travail c'est l'action au gouvernement et surtout, tout ce qui fera que nous pourrons amener un président de gauche - et j'ai une préférence - à nouveau à la tête de ce pays en 2017.

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>> Valérie Pécresse, Le Grand Jury, RTL/Le Figaro/LCI (12h30)



#ASAP

Valérie Pécresse est présidente de la région Île-de-France. Mais elle est toujours députée des Yvelines. Oh ce n'est pas que l'élue LR veuille toute de suite piétiner l'une de ses promesses de campagne. Non, non. C'est juste qu'un élu socialiste a décidé de déposer un recours contre son élection. Du coup, Valérie Pécresse attend un peu. Eh oui, elle ne voudrait pas démissionner de l'Assemblée pour ensuite voir son élection à la tête de la région annulée. Ça se comprend…

Au Grand Jury, la présidente d'Île-de-France explique :

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D'après ce qu'on me dit, il s'agirait d'un recours dilatoire, sans fondement […] Si l'expertise que j'ai demandée le dit, et c'est mon intuition, que ce recours est dilatoire, eh bien j'en tirerai les conclusions et je démissionnerai avant la décision du juge. […] Je démissionnerai dès que possible.

 

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Et surtout avant mai 2016. Car oui, l'horloge tourne et si Valérie Pécresse veut qu'une législative partielle soit organisée dans sa circonscription après sa démission, il faut qu'elle quitte l'Assemblée au moins un an avant les prochaines législatives, au printemps 2017. 

 

#Tout fout l'camp ma bonne dame

Les atermoiements de la ministre de la Justice, ça va bien cinq minutes. Mais au bout d'un moment, selon la présidente d'Île-de-France, si la garde des Sceaux ne partage pas les convictions de l'exécutif, il faut qu'elle s'en aille.

Pour Valérie Pécresse, c'est simple : la démission de Christiane Taubira est l'unique solution "pour restaurer l'autorité de ce gouvernement et de Manuel Valls". Mais pas que. Elle dit :

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Je ne comprends pas cette cacophonie gouvernementale. Je ne la comprends pas d'autant plus qu'elle finit par être le symbole d'un pays où tout fout le camp. C'est-à-dire que comment voulez-vous dire à un lycéen qu'il faut respecter le professeur, le proviseur, il faut respecter l'ordre et l'autorité et en même temps avoir une ministre de la Justice qui ne respecte pas l'autorité de son Premier ministre ?

 

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Si tout fout l'camp, c'est donc de la faute de Christiane Taubira. Au moins un peu.

La semaine prochaine, nous verrons comment la ministre de la Justice est aussi responsable du "y a plus de saison". 

 

Du rab sur le Lab

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