Le multiplex politique du 18 septembre avec Fillon, Guaino, Dray, Duflot, Sapin et Le Maire

Publié à 09h54, le 18 septembre 2016 , Modifié à 20h53, le 18 septembre 2016

Le multiplex politique du 18 septembre avec Fillon, Guaino, Dray, Duflot, Sapin et Le Maire
© Montage le Lab via AFP

#MULTIPLEXPOLITIQUE - C’est dimanche, et comme chaque dimanche, c’est le jour de notre multiplex politique. Tout au long de la journée et des interviews politiques dominicales, le Lab se plie en quatre (voire beaucoup plus) pour vous proposer ses morceaux choisis de ces rendez-vous.

Au programme de ce 18 septembre : François Fillon (Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Echos/iTélé), Cécile Duflot et Henri Guaino dans BFM Politique (BFM TV/Le Parisien), Michel Sapin dans le Grand Jury (RTL/Le Figaro/LCI), Julien Dray dans 13h15 le dimanche sur France 2 et Bruno Le Maire au JT de 20 heures de TF1.

  • Bruno Le Maire


#Macron, ce gauchiste

Bruno le Renouveau, le slogan commence à être connu. Il accompagne Bruno Le Maire dans tous ses déplacements de candidat à la primaire de la droite. Dans cette tentative d'incarner la modernité, un individu gêne particulièrement le député de l'Eure : Emmanuel Macron. Cet autre énarque, plus jeune, est potentiellement plus "dans le vent" que Bruno Le Maire.

Invité de TF1, "Bruno le renouveau" est justement interrogé sur Emmanuel Macron qui pourrait avoir "kidnappé" le créneau de la modernité. La réponse de Bruno Le Maire se veut cinglante. Il n'hésite pas à présenter l'ex-banquier de chez Rotschild comme un homme de gauche :

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Bruno Le Maire : Emmanuel Macron est de gauche. Il l'a dit, je crois, sur votre plateau. Moi je participe à la primaire de la droite et du centre. 



Journaliste : Il séduit le centre-droit.



Bruno Le Maire: Qu'il se présente, dans ce cas-là, à la primaire de la droite et du centre. Pour le moment, il est de gauche. Et moi je participe à la primaire de la droite et du centre.

 

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Cette proposition de Bruno Le Maire se veut de mauvaise foi puisque les candidatures à la primaire de la droite sont closes depuis le 9 septembre. Et une marque de fébrilité ?

S'il gagne cette élection interne, Bruno Le Maire pourrait en revanche bel et bien retrouver Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle, en mai 2017. Ce qu'il n'a d'ailleurs manqué de lui indiquer lors d'une rencontre impromptue, lundi 12 septembre au salon de la coiffure.

 

  • Henri Guaino


#NKM a eu un passe-droit

Henri Guaino est candidat à l'élection présidentielle de 2017. Il aurait bien aimé pouvoir se présenter à la primaire mais il n'a pas obtenu suffisamment de parrainages. "On a tout fait pour empêcher certains d'être candidats", regrette le député des Yvelines sur BFM TV en pointant "les grands candidats". Sans citer de nom, Henri Guaino regrette ensuite que "certains" aient bénéficié de passe-droits :

 

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Le pire c'est qu'on a tout fait pour empêcher certains d'être candidats et qu'au dernier moment, on a donné des parrainages parce que la pression médiatique (sic), parce qu'il n'y avait pas de femmes...

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Nathalie Kosciusko-Morizet étant la seule femme finalement candidate, trouver la cible de l'allusion d'Henri Guaino n'est pas bien difficile. Il poursuit en expliquant que lui-même n'aurait pas aimé bénéficier de cette forme de discrimination positive :

 

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Je n'aurais pas aimé. Quand j'étais jeune, je venais d'une famille modeste, je suis arrivé à Sciences Po en passant le même examen que les autres. [..] J'aurais eu honte d'avoir dû ma réussite scolaire à des procédures de ce genre.

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Nul doute que NKM appréciera la comparaison.

  • François Fillon
 

#Méthode Coué

Cela fait longtemps que François Fillon ne veut pas écouter et croire les sondages qui le placent loin derrière Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Il a toujours des bons arguments pour relativiser ces enquêtes d'opinion (quand elles ne lui sont pas favorables) Et comme Bruno Le Maire, l’ancien Premier ministre joue la méthode Coué et veut se persuader qu’il sera qualifié pour le second tour de la primaire de la droite. "Je ne crois pas à vos sondages. Je serai au second tour de cette élection", affirme-t-il avant d’invoquer, à l’instar de Nicoals Sarkozy, "la majorité silencieuse" qui le fera gagner, pense-t-il :

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Dans les sondages de popularité, je suis toujours devant Nicolas Sarkozy. Parmi les militants, je suis toujours devant Alain Juppé. (…) Je vise la majorité silencieuse que personne n'interroge et qui ne veut pas du duel que les médias imposent. La majorité silencieuse sortira de chez elle pour aller voter. Des gens qui ne sont pas engagés. C’est à ces Français là que je m’adresse.

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Après avoir présenté le chiffrage de son projet, le député LR de Paris pense toujours qu’il a le meilleur projet. Et que, in fine, cette donnée fera la différence.

#Climatosceptique ?

Nicolas Sarkozy ne veut pas accabler l’homme comme principal responsable du changement climatique. Pour l’ex-Président, la question démographique est plus importante que la question climatique. Interrogé sur les propos qualifiés de climatosceptiques de Nicolas Sarkozy, François Fillon a d’abord estimé que "dis comme ça, c’est une évidence" que l’homme n’est pas le seul responsable du réchauffement climatique. Avant d’ajouter :

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La question est de savoir quelle conclusion on en tire. Je pense que l’homme a une responsabilité sur l’environnement. Bientôt 9 milliards d’habitants, ça a un impact sur le climat. Il ne faut rien refuser mais faire confiance aux scientifiques. Leur demander de faire des analyses et de proposer des solutions. Oui, l’homme a une action négative sur l’environnement et le climat.

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L’ancien Premier ministre regrette également l’inscription du principe de précaution dans la Constitution et regrette aussi que le Grenelle de l’environnement ait "abouti à des contraintes excessives".

Relancé sur l’évolution de Nicolas Sarkozy en matière d’écologie, François Fillon s’amuse. "Il bouge beaucoup, il est très mobile Nicolas Sarkozy", raille-t-il.



  • Cécile Duflot


#C’est possible

L’écologie politique n’a dépassé qu’une seule fois dans son histoire française la barre des 5% au premier tour de l’élection présidentielle. Une fatalité ? Cécile Duflot assure que non. Pour cela, la députée EELV de Paris s’appuie sur deux exemples récents qui, selon elle, démontrent que la victoire d’un ou d’une écolo en France est possible. L’ancienne ministre du Logement de François Hollande développe ainsi :

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On est en 2016. Et depuis 2016, il y a eu un candidat écologiste au deuxième tour de la présidentielle en Finlande et un président écologiste élu en Autriche même si le second tour va être revoté.

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Elle poursuit :

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Les temps changent. Je suis convaincue que je suis une candidate écologiste qui ne fera pas 2%. Je suis une candidate écologiste qui veut devenir présidente de la République. Si vous dites qu’on s’arrête aux sondages, on arrête, il n’y a plus de débat et on prend le résultat des sondages. L’histoire politique montre qu’elle est pleine de surprises et de changements.

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Si les écolos ont réussi leurs présidentielles en Finlande et en Autriche, alors, tout est permis, semble dire Cécile Duflot.

#Chirac le vert

Interrogé sur les ennuis de santé de Jacques Chirac, Cécile Duflot, après lui avoir "souhaité d’aller mieux vite", a salué le discours écologiste du président Chirac. Elle dit ainsi :

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Il y a quand même un truc en tant qu’écologiste que je ne peux pas oublier, c’est celui qui a fait inscrire, avec la charte de l’environnement, le principe de précaution après avoir dit que la planète brûlait.

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Elle déplore cependant que "sur les actes", "ça n’a pas franchement suivi" mais se félicite qu’il ait été le premier président de la République à s’être "exprimé sur un sujet vital pour notre avenir".

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  • Michel Sapin


# Sympathie

Jacques Chirac a été hospitalisé à Paris, ce dimanche, pour "une infection pulmonaire". Les principaux ténors de la droite ont rapidement envoyé leurs vœux de "prompt rétablissement" à l'ancien chef de l'État et Michel Sapin est le premier membre du gouvernement à s'exprimer sur le sujet. Invité du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, le ministre de l'Économie et des Finances (qui fut ministre du gouvernement Jospin sous la cohabitation et la présidence Chirac entre 2000 et 2002) dit :

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Évidemment un message de sympathie, je le fais vis-à-vis de l'homme comme je le ferais vis-à-vis de tout responsable politique, indépendamment bien sûr des clivages droite-gauche. Nous sommes au-delà de tout cela, au-dessus de tout cela.



Et je le fais aussi compte tenu de ce que je connais de lui, c'est-à-dire un homme qui était très sympathique et toujours très attentif à la santé des autres. [...] Nous savions cette attention qu'il avait, ou qu'il a, pour les individus, et donc on doit avoir la même attention pour lui, indépendamment de toute primaire.

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# Une mesure anti-tabac à la fois

Le gouvernement a-t-il l'intention d'augmenter encore les taxes sur le tabac cette année, entraînant une hausse du prix du paquet pour les consommateurs ? Le ministre de l'Économie et des Finances assure que non

 

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Il n'est pas question d'augmenter les taxes [sur le tabac].

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Et de souligner que la priorité du gouvernement était de "mettre en oeuvre dans les meilleures conditions possibles" le paquet neutre, une mesure "très importante" selon lui. Surtout, selon Michel Sapin, il ne serait pas possible de le faire tout en augmentant les taxes, ce qui provoquerait des réticences chez les buralistes. En février, la ministre de la Santé Marisol Touraine souhaitait pourtant les deux, plaidant pour un paquet neutre à 10 euros et donc une augmentation "forte et significative" du prix du tabac.

Michel Sapin met le holà :

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Tout n'est pas simple, mais aujourd'hui la priorité est dans la réussite de ce qui a été décidé et proposé par la ministre de la Santé, c'est-à-dire le paquet neutre. Il est difficile de faire les deux à la fois, il faut progressivement d'avancer...

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  • Julien Dray


#Pays réel

Julien Dray, présenté par France 2 comme "l'ami du président" Hollande, défend sans surprise le bilan de l'ex-premier secrétaire du PS. Selon le conseiller régional d'Ile-de-France, la défiance envers la politique du gouvernement serait - en partie - due au système politico-médiatique qui mettrait en avant des sujets qui n'intéressent pas vraiment les Français :

 

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Chacun doit être mis devant ses responsabilités. Le débat, aujourd'hui, tel qu'il s'organise d'après moi, pose un  problème. C'est à dire qu'il y a un pays réel qui n'est pas représenté. Il y a un pays réel... Moi je vois des polémiques incessantes monter, par exemple la question du burkini, telle qu'elle a pollué le débat politique, c'est pas la préoccupation de tout ceux que je côtoie.

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Avez-vous perçu cette bizarrerie dans le plaidoyer de Julien Dray ? Pour appuyer son argumentation, l'ex-député de l'Essonne fait référence au "pays réel", une expression empruntée... à l'écrivain d'extrême-droite Charles Maurras (1868-1952), théoricien du "nationalisme intégral", fondateur de l'Action française et soutien du régime de Vichy pendant la Seconde guerre mondiale. Dans plusieurs de ses ouvrages, l'écrivain nationaliste oppose le "pays réel", composé du brave peuple qui travaille courageusement, au "pays légal", c'est à dire les élites au pouvoir, supposément déconnectées et corrompues.

Marion Maréchal-Le Pen a récemment repris cette opposition aux accents populistes, qu'affectionnerait également Patrick Buisson, l'ex-conseiller sulfureux de Nicolas Sarkozy. Un Nicolas Sarkozy qui a repris pendant sa campagne présidentielle de 2012 l'idée d'une opposition entre les élites et la "majorité silencieuse", sans toutefois reprendre l'expression de "pays réel". Un refrain qu'il entonne encore allègrement aujourd'hui.

Julien Dray, peu suspect d'accointances maurassiennes, utilise d'ailleurs cette expression non pas une fois, mais deux. Ce qui laisse penser, venant d'un homme politique doué pour distiller des éléments de langage mûris et pesés, à un choix délibéré. Pour un politique souhaitant dénoncer la droitisation des débats, cela s'apparente à un comble.

#Florange=réussite

Sur les plateaux de télévision, Julien Dray est souvent l'homme qui teste les éléments de communication et les angles d'attaque à venir du gouvernement. Si cette habitude se vérifie une nouvelle fois, attendez-vous à voir revenir le dossier Florange dans le débat public. En effet, sans que les journalistes ne l'interrogent sur ce dossier, Julien Dray exhume cette affaire de fermeture de hauts-fourneaux en Moselle fin 2012, de nationalisation temporaire avortée et de sentiment de trahison de la classe ouvrière. L'objectif ? Montrer que le gouvernement a, certes, mal communiqué... mais parfaitement agi :

 

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Il y a beaucoup de choses qui ont été faites par ce gouvernement, qui ont été très mal expliquées au départ. Je prends un exemple très simple. [...] Tout le monde nous parle de Florange comme un échec. La réalité est totalement inverse. C'est à dire que Florange, il y a une reconversion qui a été réussie, il y a des emplois, on est même en train d'en créer des nouveaux.

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Ce mercredi 15 septembre, un conseiller de l'Élysée expliquait déjà au Monde que Florange ne constituait pas une tache dans le quinquennat Hollande : "Les engagements pris par ArcelorMittal ont été tenus, explique-t-on à l’Elysée. Nous n’avons de leçons à recevoir de personne en matière de redressement industriel". Des prises de position qui sont autant de manière de préparer le retour du président de la République sur le site industriel. Son entourage a en effet indiqué qu'il se rendra "dans les prochaines semaines" à Florange.

Contactés par 20minutes.fr en 2014, les syndicats du site industriel apparaissaient plutôt mitigés. La CFDT affichait un certain contentement :"On est globalement satisfait, même si la filière chaude est à l’arrêt. On a certes perdu encore une fois un outil mais sur la partie industrielle, on a des avancées." La CGT, de son côté, trouvait "acceptable l’accompagnement orchestré pour les anciens", mais "clairement insuffisantes les mesures prises pour les deux tiers qui restent." Le responsable syndical concluait : "Ça reste des suppressions d’emplois. Ces salariés sont en pleine reconversion, certains avec des pertes de revenus, et parfois avec un état psychologique alarmant."

 

En tout état de cause, cette explication de Dray laisse imaginer quelle sera la ligne du gouvernement dans les prochains mois : raconter un quinquennat réussi malgré un récit raté. Des éléments de comm' censés expliquer l'impopularité par une mauvaise comm' initiale, en somme.

Du rab sur le Lab

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