Le silence de la députée LR Valérie Boyer quand Éric Zemmour explique qu'il se fout "complètement des massacres" en Syrie

Publié à 18h15, le 31 mars 2016 , Modifié à 18h39, le 31 mars 2016

Le silence de la députée LR Valérie Boyer quand Éric Zemmour explique qu'il se fout "complètement des massacres" en Syrie
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Valérie Boyer était en Syrie pour le week-end de Pâques. La députée LR n'était pas seule. Elle était accompagnée de quatre autres parlementaires Les Républicains, dont Thierry Mariani, ainsi que de l'ancien président du Front national de la jeunesse Julien Rochedy, tout content de pouvoir rencontrer Bachar al-Assad, de se prendre en photo avec lui et de diffuser sone selfie sur internet.

Depuis leur retour en France, les élus s'expliquent sur l'objet de leur séjour. Valérie Boyer s'est notamment exprimée depuis ce lundi 28 mars sur Europe 1 et BFMTV. Mercredi soir, elle était également l'invitée de l'émission Zemmour et Naulleau sur Paris Première. Une nouvelle fois, l'élue des Bouches-du-Rhône, a rappelé qu'elle est vice-président du groupe d'amitié pour les Chrétiens d'Orient et qu'elle souhaitait passer Pâques à leurs côtés. C'est donc dans un but humanitaire que la députée LR s'est rendue à Damas. Humanitaire et politique puisque Valérie Boyer a, elle-aussi, rencontré Bachar al-Assad, qu'elle présente elle-même comme "un dictateur", "un tyran".  "Ce n'est pas Borat", explique-t-elle au Lab pour critiquer le selfie "vulgaire" pris par Julien Rochedy…

Après qu'Éric Naulleau a expliqué qu'il n'était "pas possible qu'un homme qui a bombardé de gaz sarin son peuple, qui a balancé des tonnes de TNT sur son peuple, qui a multiplié les massacres, il n'est pas admissible qu'un homme comme ça reste au pouvoir", Valérie Boyer a réagi, expliquant ne pas être "ni la porte-parole de Bachar al-Assad, ni son avocate".

Elle a dit :

 

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Bachar al-Assad n'est pas mon modèle. Ce n'est pas un humaniste. Il n'y a aucun enfant de chœur dans la région. On est dans une situation abominable. […] Je suis comme tout le monde, je ne souhaite pas qu'il y ait des dictateurs sanguinaires à la tête des États. Mais aujourd'hui, .

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Et puis, Éric Zemmour a pris la parole pour expliquer le plus tranquillement du monde, entre autre, qu'il n'en avait strictement rien à faire des massacres perpétrés en Syrie. On imagine alors que la députée LR, qui revient de Damas et a rencontré des Syriens, va intervenir, couper la parole à Éric Zemmour et dénoncer farouchement ces propos. Eh bien non.

Voici l'échange retranscris :

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-          Éric Zemmour : Il y a un principe dans les relations internationales qui est la non-ingérence dans les affaires intérieures.



-          Éric Naulleau : Faux.



-          Éric Zemmour : Tu n'es pas Syrien…



-          Éric Naulleau : Faux. La Syrie fait l'objet de négociations internationales. Tout le monde fait ingérence dans le dossier syrien : les Russes, les Américains, même les Français…



-          Valérie Boyer : Ah bon ?



-          Éric Zemmour : Eh bien, on a tort. C'est des Syriens, ils choisiront leur régime. Le plus fort gagnera, comme toujours dans l'Histoire. Je me fous complètement des massacres ou pas des massacres.



-          Éric Naulleau : Ah bon ?



-          Éric Zemmour : Complètement.



-          Éric Naulleau : Le gaz sarin, tu t'en fous ?



-          Éric Zemmour : Mais complètement !



-          Éric Naulleau : Pas moi…



-          Éric Zemmour : Ils se battent entre eux, ils n'attaquent pas la France. Moi ce qui m'importe, c'est la France.



-          Valérie Boyer : Ah ça…



-          Éric Zemmour : Le reste je m'en fous.



-          Valérie Boyer : (murmurant) Ça c'est ma mission aussi.



-          Éric Zemmour : C'est comme pour la Libye on a dit 'Kadhafi va massacrer les gens de Misrata et compagnie (sic), je m'en foutais complètement. Et on aurait mieux fait de le laisser massacrer, on n'en serait pas là aujourd'hui.



-          Éric Naulleau : Enfin franchement…



-          Éric Zemmour : Non Naulleau ! Il faut savoir ce qu'on veut dans la vie.



-          Éric Naulleau : (à Valérie Boyer) Votre avocat dérape. Vous devriez intervenir.



-          Valérie Boyer : Attendez, j'arrive.



-          Éric Zemmour : Il faut savoir ce qu'on veut. Tout ça est d'une hypocrisie totale. Madame Boyer l'a très bien dit : je crois que l'Arabie Saoudite est beaucoup plus perfide, beaucoup plus perverse, beaucoup plus nuisible à l'Humanité qu'Assad.



-          Éric Naulleau : Je ne dis pas le contraire…



-          Valérie Boyer : Et elle est en train de nous mettre un califat au Yémen là…



-          Éric Naulleau : Je ne dis pas le contraire.



-          Éric Zemmour : Mais c'est nos amis, c'est nos client, on leur remet la Légion d'honneur.



-          Éric Naulleau : Mais c'est un autre sujet. Parlons de l'Arabie Saoudite un autre jour.



-          Éric Zemmour : Non non non, c'est la même chose. C'est le même sujet.



-          Valérie Boyer : C'est le même sujet !



-          Éric Zemmour : C'est le même sujet. Qui finance l'État islamique contre Assad ? C'est l'Arabie Saoudite. Pourquoi ? Parce qu'Assad est l'allié des Iraniens…

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À voir ci-dessous en vidéo (à partir de 16' 10")



Interrogée par le Lab sur cette absence de réaction, Valérie Boyer s'étonne, assurant "être intervenue plus tard". Ce qui est vrai. Mais pourquoi ne pas avoir manifesté son désaccord avant ? "J'écoutais ce qu'Éric Zemmour disait", explique la députée. Elle ajoute :

 

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Éric Zemmour  ne cherchait qu'à provoquer. Il fait ce qu'il veut. C'est son travail de polémiste. Mais je ne suis pas son avocate. J'ai essayé de ne pas être trop remontée pour ne pas rentrer dans son jeu. J'essaye d'être sobre dans l'expression.

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Il aura donc fallu une intervention d'Éric Naulleau pour que Valérie Boyer réagisse.

L'échange s'est poursuivi ainsi :

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-          Éric Naulleau : Éric Zemmour se fout de tout. Un type qui bombarde au sarin son peuple, il s'en fout…



-          Éric Zemmour : Complètement.



-          Éric Naulleau : … Pas moi et nous sommes des millions à ne pas nous en foutre.



-          Valérie Boyer : Mais moi non plus. Personne et je suis sûre que même lui (désignant Éric Zemmour), il ne s'en fiche pas…



-          Éric Zemmour : C'est une question de principe.



-          Valérie Boyer : Moi ce qui m'intéressait là-bas, c'était d'abord de manifester mon soutien aux communautés persécutées et participer à la messe de Pâques.

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Interrogée sur le manque de vivacité de sa réponse, Valérie Boyer estime être intervenue "suffisamment". En revanche, si elle ne partage évidemment pas son point de vue sur les massacres, elle est d'accord sur la primauté donnée à la France. "Il faut hiérarchiser les dangers. Pour nous, Français, le plus grand danger, c'est l'État islamique. C'est l'État islamique qui a déclaré la guerre à la France. C'est l'État islamique qui pose des bombes à Bruxelles. C'est l'État islamique qui pose des bombes au Bataclan", ajoute-t-elle. […] La réalité c'est qu'on pose des bombes à Bruxelles, on pose des bombes au Bataclan. C'est pas Bachar al-Assad qui les pose."  

Du rab sur le Lab

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