L'Élysée - mais pas Macron - recevra les associations d'aide aux victimes, inquiètes de la disparition de leur secrétariat d'État

Publié à 20h07, le 16 juin 2017 , Modifié à 20h18, le 16 juin 2017

L'Élysée - mais pas Macron - recevra les associations d'aide aux victimes, inquiètes de la disparition de leur secrétariat d'État
Emmanuel Macron à l'Élysée © Lionel BONAVENTURE / AFP

Lundi 19 juin, au lendemain du second tour des élections législatives, plusieurs associations d'aide aux victimes seront reçues à l'Élysée. Ce n'est pas Emmanuel Macron qui discutera avec elles et fera face à leurs inquiétudes mais sa conseillère juridique et son directeur de cabinet, avance Le Figaro ce vendredi 16 juin. Une information confirmée au Lab.

L'inquiétude est pourtant grande du côté de ces associations qui dénoncent un grand retour en arrière dans la politique menée dans ce domaine. C'est le cas d'Emmanuel Domenach. Il était présent au Bataclan lors de l'attaque terroriste du 13 novembre 2015. Rescapé, il est aujourd'hui le vice-président de l'association "13 novembre fraternité et vérité". Jeudi 15 juin, dans un long thread sur Twitter, il a expliqué pourquoi la refonte de la politique d'aide aux victimes sous le quinquennat Macron envoie, selon lui, un signal inquiétant.   

Et comme le veut l'adage, à dérouler :

De fait, le secrétariat d'État à l'Aide aux victimes, occupé sous François Hollande par Juliette Méadel, a été supprimé avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Il a été remplacé par un Secrétariat général à l'Aide aux victimes (SGAV). Le ministère de la Justice, en charge de cette aide, entende désormais fusionner l'actuel Service de l'Accès au Droit et à la Justice et de l'Aide aux Victimes (SADJAV) avec le SGAV. Selon la Chancellerie, ce rapprochement est destiné à "assurer un meilleur soutien aux victimes". "On cumule les forces au lieu de les diviser, il ne s'agit en aucun cas d'une minoration", ajoute-t-on dans l'entourage de François Bayrou, cité par l'AFP.

Pas sûr que ces arguments soient parfaitement entendus. Ce changement est à la fois "incompréhensible et inacceptable" pour 13 novembre fraternité et vérité. Contacté par le Lab, Emmanuel Domenach précise :

On avait un fonctionnement assez clair avec un service interministériel placé sous la responsabilité du Premier ministre. C'était ce dernier qui prenait les arbitrages quand il fallait en prendre. On a beaucoup avancé grâce à ce secrétariat d'État. Ça nous a notamment permis d'avoir des budgets. Là, on revient à l'ancien schéma avec différents interlocuteurs. Surtout, on est, comme avant, placé sous l'autorité du ministère de la Justice. Or pour la Chancellerie, l'aide aux victimes, c'est le cadet de ses soucis.

 

Emmanuel Domenach n'est pas le seul à tirer la sonnette d'alarme. "Face aux signaux envoyés par le ministre de la Justice lors de notre récent rendez-vous, nous sommes aujourd'hui particulièrement inquiets. La réorganisation de l'aide aux victimes est incohérente face à ce qui avait été mis en place auparavant et qui est aujourd'hui construit", a ainsi écrit l'association Life for Paris, qui réunit les survivants des attentats du 13 novembre.

L'ancien député PS des Hauts-de-Seine Sébastien Pietrasanta, spécialiste des questions de terrorisme, a fustigé vendredi "une énorme erreur".

Au Lab, celui qui fut le rapporteur de la commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015, juge cette disparition "assez incompréhensible". Il ajoute :

Ce n'est pas une fusion de deux services mais une absorption. On revient en arrière. C'est vraiment dommage. Je ne comprends vraiment pas pourquoi on casse quelque chose qui marche. Il y a une vraie méconnaissance du sujet de la part de la Chancellerie qui, je l'espère, va très vite corriger le tir.

 

La création d'un secrétariat d'Aide aux victimes avait été préconisée par la commission d’enquête présidée par Sébastien Pietrasanta. "Cela répondait aux nombreuses défaillances observées", avance-t-il.

Pour Emilie Petitjean, présidente de l'association Promenade des Anges, consacrée aux victimes de l'attentat de Nice et leurs proches, "le terrorisme n'est visiblement pas la priorité du ministre de la Justice". "L'existence d'un secrétariat dédié nous a aidé, les procédures étaient plus simples. Au lieu d'avoir un interlocuteur, les victimes risquent désormais de devoir batailler à la fois avec la sécurité sociale, avec l'administration pour avoir des certificats de décès, avec le fonds de garantie...", ajoute-elle auprès de franceinfo ce vendredi. Elle poursuit :

Juliette Méadel disait qu'il ne faut pas ajouter de douleur à la douleur. Mais c'est exactement ce que fait le gouvernement en supprimant le SGAV. J'ai enterré mon petit garçon de dix ans, je n'ai pas besoin de cette souffrance supplémentaire.

Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), tout comme Emmanuel Domenach, souhaitaient qu'Emmanuel Macron reçoive les associations "afin que la situation soit clarifiée au plus haut niveau de l'Etat", précise Stéphane Gicquel. Ils devront se contenter de sa conseillère juridique et son directeur de cabinet.

Contactés, les services la présidence n'ont pas répondu à nos sollicitations. 

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