Les critiques de la gauche contre Emmanuel Macron vues à travers "Petit frère" d'IAM

Publié à 12h57, le 21 avril 2016 , Modifié à 13h02, le 21 avril 2016

Les critiques de la gauche contre Emmanuel Macron vues à travers "Petit frère" d'IAM
Emmanuel Macron montrant à quel point le boeuf est gros, et à quel point il a envie de l'être encore plus © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

#RAPPOLITIQUE - Énième recadrage d'Emmanuel Macron par un ministre, jeudi 21 avril. Jean-Yves Le Drian, hollandais de premier ordre, met en garde son collègue aux ambitions un peu trop voyantes, sur France Info :

 

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La seule remarque que je pourrais faire, parce que je suis presque le doyen de ce conseil des ministres, c'est que la vie politique et en particulier lorsqu'on est membre d'un gouvernement, c'est un peu comme au football : il faut jouer collectif sinon on ne gagne pas.

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Un rappel de sa jeunesse et de son côté perso dans la même phrase, joli. Mais pas neuf. Quand il s'agit de renvoyer le ministre de l'Économie à ses chères études, le gouvernement se répète un tout petit peu. Alors plutôt que de multiplier les mises en garde du même tonneau, on a un conseil à leur donner : s'inspirer de Petit frère d'IAM.



C'est totalement gratuit mais ce texte peut parfaitement refléter les critiques émises contre Emmanuel Macron par son propre camp. En mettant sciemment de côté l'idée que la chanson parle en fait de délinquance juvénile, évidemment.

Petite analyse de texte inversée.

# "Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues"

C'est le refrain de ce grand classique du hip-hop français :

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Petit frère a déserté les terrains de jeux



Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues



Petit frère veut grandir trop vite



Mais il a oublié que rien ne sert de courir



Petit frère

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Traduction : tout juste sorti du bac à sable du monde de l'ombre qu'est celui des conseillers, le voilà dans la cour des grands, ne crachant visiblement pas sur l'Élysée. Les plus anciens, dans sa famille politique, le regardent d'un air attendri au début, mais lui rappellent tout de même que l'expérience, ça compte.

# "Il collectionne les méfaits"

Notre héros prend la confiance :

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Il collectionne les méfaits



Sans se soucier du mal qu'il fait



Tout en demandant du respect

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Traduction : à force de parler de toucher aux 35 heures, au statut des fonctionnaires ou, plus récemment, à l'ISF, Emmanuel "libre dans son ministère" Macron se met à dos toute une partie de la gauche et du PS. Qui hurle contre une remise en cause d'acquis historiques et de la base idéologique du parti au pouvoir.

# "Il veut jouer du revolver"

Certes, certains de ses *camarades* le houspillent. Mais dans les sondages, il grimpe, grimpe et grimpe. Alors il s'équipe :

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Plus de cartable, il ne saurait pas quoi en faire



Il ne joue plus aux billes



Il veut jouer du revolver



Petit frère a jeté ses soldats



Pour devenir un guerrier



Penser au butin qu'il va amasser

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Traduction : les recadrages venus de l'Élysée ou de Matignon se suivent et se ressemblent. Loin de se contenter de dire le fond de sa pensée, le jeune prépare déjà le coup d'après : sa prise d'indépendance.

# "L'autoroute de la fortune"

De temps en temps, emporté dans son élan, il laisse échapper un mot malheureux. Comme quand il explique : "Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires."

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Il voudrait emprunter l'autoroute de la fortune



Et ne se rend pas compte qu'il pourrait y laisser des plumes

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Traduction : le voilà aussitôt ramené à son passé de banquier, de libéral qui fait passer la quête de richesse personnelle au-dessus des idéaux. Ça ne passera pas chez le peuple de gauche, pense l'appareil socialiste. Sa route vers la gloire est semée d'embûches ; les déjouera-t-il ?

# "Plus gros que le boeuf"

Plus il avance, et plus on en revient à la critique initiale :

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Il vient à peine de sortir de son oeuf



Et déjà petit frère veut être plus gros que le boeuf

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Traduction : alors que le chef de l'État, à la peine dans les sondages, donne tout ce qu'il a pour obtenir des résultats tout en affirmant que d'ores et déjà, "ça va mieux", lui fait chaque jour un peu plus cavalier seul. On lui signale qu'un peu de solidarité ne serait pas malvenue. Le patron lui-même est obligé de le lui faire savoir d'une formule cinglante à la télé...

# "Les journalistes font des modes"

Toute cette aventure est bien évidemment abondamment relayée dans les médias :

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Les journalistes font des modes

[...]



Mais en parler au journal tous les soirs



Ça devient banal



S'imprime dans la rétine comme situation normale



Et si petit frère veut faire parler de lui



Il réitère ce qu'il a vu



Avant huit heures et demie

"

Traduction : il est critiqué pour son talent à faire "le buzz" qui cacherait un vide politique. Il multiplie les coups de com', les unes de Paris Match, les interviews à la presse étrangère où il s'étend sur la politique française... Bref : il imprime un tempo médiatique ultra-élevé. Le public se lassera-t-il ?

Du rab sur le Lab

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