Les étranges arguments de Jean-Vincent Placé sur le "fichier des Français"

Publié à 17h57, le 03 novembre 2016 , Modifié à 19h00, le 03 novembre 2016

Les étranges arguments de Jean-Vincent Placé sur le "fichier des Français"
© Capture d'écran Point Pol

La création d'un fichier regroupant les données personnelles de quasiment tous les Français, défendue par le gouvernement au nom de la simplification administrative, est contestée par certaines voix qui dénoncent un "monstre" exposé "aux pires débordements". Ce fichier baptisé "Titres électroniques sécurisés" (TES) fait l'objet d'un décret du gouvernement paru dimanche 30 octobre au Journal officiel. Il réunit dans une seule base les données (identité, couleur des yeux, domicile, photo, empreintes digitales...) des détenteurs d'un passeport et d'une carte d'identité nationale. "C'est une affaire sérieuse, importante", a insisté la présidente de la CNIL, Isabelle Falque-Pierrotin, auprès de l’AFP. À ce titre, elle prône un débat parlementaire.

Ce fichier constitue-t-il un danger pour la vie privée ? Ce jeudi 3 novembre, Jean-Vincent Placé a répondu que non. La tâche du secrétaire d’État à la Simplification est avant tout de… "simplifier", a-t-il argué dans Point Pol, la webémission du Lab en partenariat avec le JDD, Linternaute.com et le Huffington Post.

Mais le ministre écolo a exposé des arguments pour le moins étranges pour défendre ce projet : 1/ De toute façon, les fichiers sont tous hackés ; 2/ De toute façon (bis), Facebook et Google ont déjà nos données. Il dit :

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- Jean-Vincent Placé : Vous savez, il n’y a pas un pays qui protège plus les libertés individuelles que la France. En France, on peut manifester, on peut faire Nuit debout, on a Twitter, les réseaux sociaux, on peut râler sur tout. Personne ne dit jamais rien. Arrêtons. Vous voulez pas donner vos informations personnelles - et vous avez bien raison - vous les donnez pas.



- Journaliste : Là, c’est automatique…



- Jean-Vincent Placé : Euh bah oui, et alors ? Il pourrait pas y avoir un fichier national pour savoir qui est Français, qui a une carte nationale d’identité ? [...] Sinon, on peut rester dans la France d’avant avec 65 millions de petites fiches papier, où il y a pas de fichier centralisé, enfin, c’est absurde. Il n’y a pas de risque ! On met sur un fichier national pour faire en sorte que les Françaises et les Français soient satisfaits parce qu’il y a une demande très forte. Vous, à chaque fois que vous faites une demande de carte nationale d’identité [...] vous râlez en disant : 'Comment, il faut que j’y aille deux fois, il faut qu’on fasse des papiers, faut que je redonne des papiers, etc.' Moi, je simplifie, voilà. Et j’assume. Donc pour faire simplification, il faut un peu de fichier. Attention aux libertés individuelles. Par exemple, on a un gros travail sur la question des données nominatives sociales, on y fait attention. On va pas diffuser, par exemple, vos fiches de santé. Personne les a et c’est très très bien - à part votre médecin traitant - on va pas centraliser des informations comme ça. Même si d’ailleurs, à terme, si vous êtes d’accord pour donner ces données à la collectivité, pourquoi pas. [...] C’est vraiment un fichier tout simple où en gros, on reprend les informations que vous avez sur votre carte d’identité et sur vos passeports.



- Journaliste : Et si le fichier est hacké ?



- Jean-Vincent Placé : Mais ils sont tous hackés, les fichiers ! Mais vous êtes incroyables parce que vous donnez toute votre vie et vos photos à Google et à Facebook, et vous êtes ennuyés que ça soit l’État français qui a une vision d’intérêt général et qui essaie de vous protéger, de vous sécuriser. Honnêtement, c’est un faux débat.

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À revoir ci-dessous en vidéo :




Mercredi, lors des questions au gouvernement, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était déjà voulu rassurant sur la récente création de ce méga-fichier. En réponse au député LR Lionel Tardy, qui a notamment regretté que le Parlement n'ait pas été saisi d'un débat à cet égard, le ministre de l’Intérieur a assuré que toutes les garanties avaient été prises et a défendu une simplification administrative.

Il fallait, a-t-il dit, "donner une base solide aux CNI" et "permettre une harmonisation avec les passeports". Il a "été validé par le Conseil d'Etat et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) qui a indiqué - je cite - qu'il était 'déterminé, explicite et légitime'", a-t-il encore affirmé. "Nous ne revenons pas" à la CNI électronique créée par la droite "et nous ne mettrons aucune puce dans la CNI" ni "utilisation biométrique", a-t-il lancé. "Nous ne créons pas un fichier identique à celui censuré en 2012", a-t-il aussi assuré. Un tel mégafichier était déjà inscrit dans une proposition de loi de la droite adoptée en 2012 à la fin du précédent quinquennat, puis retoquée par le Conseil constitutionnel, et auquel le PS s'était farouchement opposé. Notamment Jean-Jacques Urvoas, dont les tweets de l'époque ont resurgi sur les internets ces derniers jours.

Ce dont l'actuel ministre de la Justice s'est expliqué sur Facebook.





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