Les gros efforts de Marylise Lebranchu pour ne pas prendre position sur la déchéance de nationalité

Publié à 10h49, le 19 janvier 2016 , Modifié à 10h51, le 19 janvier 2016

Les gros efforts de Marylise Lebranchu pour ne pas prendre position sur la déchéance de nationalité
Marylise Lebranchu faisant tout ce qu'elle peut pour ne pas dire du mal de la déchéance de nationalité © Montage Le Lab via BFMTV

*SORT LES RAMES* - Elle est visiblement contre, mais elle n'en dira pas un mot. Non, vous n'entendrez pas Marylise Lebranchu critiquer l'extension de la déchéance de nationalité. Interrogée à ce sujet mardi 19 janvier sur BFMTV, la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique a tenté, près de quatre minutes durant, de ne surtout pas donner son avis sur la question.

Cela commence comme ça :

- Jean-Jacques Bourdin : La déchéance de nationalité, vous êtes d'accord ?



- Marylise Lebranchu : C'est compliqué, c'est compliqué. Moi je suis dans un gouvernement donc je suis solidaire, j'ai rien à dire.



- Jean-Jacques Bourdin : Enfin à titre personnel, vous êtes contre ?



- Marylise Lebranchu : Je... Vous n'avez vu ça nulle part. Absolument nulle part.

Si elle avait voulu afficher son soutien à cette mesure, elle s'en serait *probablement* prise autrement. Alors le journaliste va tenter, feinter, faire le tour, passer par la fenêtre... en vain. Partage-t-elle, par exemple, la position de Martine Aubry (dont elle est proche), sur le sujet ? "Je vais pas vous dire 'je suis d'accord avec Martine Aubry' puisque je suis d'accord avec mon Premier ministre et le président de la République", élude la ministre. Pour mémoire, la maire de Lille juge que l'extension de la déchéance aux binationaux nés en France, "stigmatise, divise et porte atteinte à l'égalité devant le droit du sol".

Le petit jeu se poursuit et Marylise Lebranchu dit tout de même :

 

Je suis dans un gouvernement. Je pense honnêtement que - pour être sortie beaucoup ces derniers temps, comme je fais tout le temps - c'est pas la préoccupation majeure des Français, la déchéance de nationalité.

Pas une critique directe de la mesure en elle-même, simplement la reconnaissance d'un certain décalage entre les attentes des Français et cette décision de l'exécutif.

"Mais vous n'y êtes pas très favorable, dites-moi franchement", essaye encore un Jean-Jacques Bourdin décidé à ne rien lâcher. Peine perdue (ou presque) :

- Marylise Lebranchu : Non parce que moi je suis ministre, vous voyez. Si on commence à dire 'blanc, noir, gris, rouge, vert'... [...] Si j'étais parlementaire, je parlerais. Mais je suis ministre et quelques fois d'ailleurs c'est difficile, pour le chômage en particulier, mais je pense que c'est pas mon rôle de mettre de l'huile sur le feu. Je crois que dans une période aussi difficile que celle-là, où on veut lutter contre le chômage, il faut peut-être qu'on arrête de s'envoyer des petites phrases, etc. C'est le rôle du parti politique de le faire, c'est différent, c'est pas le rôle d'un ministre, voilà. Moi je pense qu'un ministre doit toujours rester calme, apaisé, déterminé.



- Jean-Jacques Bourdin : Même s'il n'est pas d'accord ?



- Marylise Lebranchu : Non et s'il n'est vraiment pas d'accord, il s'en va.

Et aux dernières nouvelles, elle est toujours en poste. Au passage, Marylise Lebranchu glisse donc tout de même que "si [elle] était parlementaire, [elle] parlerait". Mais comme elle est ministre, elle se refuse à toute critique de l'action de son gouvernement, dont elle veut à tout prix se montrer "solidaire". Car "ce qu'il faut, c'est aussi renvoyer une image de cohésion, d'espoir aux Français", explique-t-elle. Et ce même si la "fidélité à ses convictions et ses engagements", oui, "c'est important".

On comprend donc qu'elle n'est franchement pas emballée par cette question de déchéance. Mais qu'elle ne le dira pas. Mais tout le monde a compris.

Du rab sur le Lab

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