Les très rares attaques personnelles du débat entre les candidats à la primaire de la BAP

Publié à 01h19, le 13 janvier 2017 , Modifié à 01h30, le 13 janvier 2017

Les très rares attaques personnelles du débat entre les candidats à la primaire de la BAP
Les 7 candidats à la primaire de la BAP © Capture d'écran TF1

DÉBAT INOFFENSIF - C'est à un débat assez calme, dénué de presque toute confrontation violente, auquel ont participé les 7 candidats à la primaire de la Belle Alliance Populaire, jeudi 12 janvier. Pour le premier de ces trois exercices préalables au premier tour (le 22 janvier), seules quelques attaques ciblées, la plupart au moins en partie voilées, sont à signaler. Ce qui aura eu le mérite de changer les habitudes des téléspectateurs, après les débats de la primaire de la droite (notamment le premier).

Manuel Valls a d'ailleurs lancé assez tôt cette phrase : "Ici, je n'ai pas d'adversaire, encore moins d'ennemis." Si cela peut faire sourire au vu des divergences politiques profondes qui séparent l'ex-Premier ministre d'un Arnaud Montebourg ou d'un Benoît Hamon, force est de constater que ce débat est resté calme et n'a pas viré à la foire d'empoigne. Un moment en particulier a bien été plus piquant que les autres, mais c'est François Hollande qui était alors la cible de (presque) tout le monde.

Parmi les quelques vrais scuds que les candidats se sont tout de même envoyés, on trouve :

# Montebourg et l'austérité qui "tue l'économie"

Les candidats sont interrogés sur leurs propositions pour améliorer le pouvoir d'achat. Ciblant clairement la politique du quinquennat Hollande, qu'il qualifie "d'austérité fiscale", Arnaud Montebourg accuse Hollande et Valls d'avoir "tué l'économie" :

 

La raréfaction du travail, qui est une spécificité de la zone Euro et particulièrement de la France, est directement liée aux politiques d'austérité. Quand vous perdez 580 euros en moyenne par ménage, par an, en raison de la hausse des prélèvements fiscaux, ce que j'appelle l'austérité fiscale, vous vous attaquez directement au pouvoir d'achat, ce qui tue l'économie. Et c'est ce qui s'est passé ces dernières années, et c'est la raison pour laquelle une relance économique et écologique consiste à redonner du pouvoir d'achat. Est-ce normal qu'une femme, qui travaille dans un supermarché par exemple, qui gagne 800 euros par mois à 20 heures par semaine, paye autant de CSG, à 8% sur ses revenus au premier euro, que vous et moi ? La réponse est non. Voilà pourquoi je propose, pour relancer l'économie, de redonner du pouvoir d'achat aux petits salaires, aux petites retraites, aux petits traitements des fonctionnaires.

L'ex-ministre de l'Économie souhaite donc un abaissement de la CSG "jusqu'à presque un 13e mois pour une personne au smic".

# Passe d'armes Hamon-Valls sur la déchéance

Sujet houleux pour la gauche que celui de la déchéance de nationalité pour les binationaux, proposée par François Hollande après les attentats de novembre 2015 puis abandonnée faute de majorité au Congrès pour modifier la Constitution (le chef de l'État a depuis confié son "regret" d'avoir proposé cette réforme). Manuel Valls, tout en "regrettant" les "divisions" suscitées par ce "débat difficile", en a encore une fois défendu le bien-fondé :

Ça a été un débat difficile, douloureux : moi je suis né à Barcelone, je suis naturalisé, je sais ce que m'a apporté la France et je peux comprendre ce que cela a pu représenter peut-être pour certains. Mais enfin ! Cette vision, cette loi, cette idée, elle visait qui ? Elle visait pas les enfants de la République en fonction des origines, elle visait les terroristes d'abord, ceux qui s'en prenaient à leurs propres compatriotes, qui les tuaient parce qu'ils étaient français, parce qu'ils étaient juifs, parce qu'ils étaient démocrates, parce qu'ils étaient journalistes.



J'ai regretté bien sûr ces divisions de la gauche, nous n'aurions pas dû nous diviser sur une question aussi importante.

"Je suis Charlie et je serai toujours Charlie", a encore argumenté l'ancien Premier ministre. Réponse immédiate de Benoît Hamon, qui avait combattu cette proposition à l'époque :

 

Moi aussi, comme nous tous, je suis Charlie. Et beaucoup de ceux qui auraient été directement concernés par la déchéance de nationalité étaient Charlie. Mais ce qu'ils n'ont pas accepté, c'est que puisse être inscrit dans la Constitution le principe d'une inégalité entre citoyens. Je ne parle pas des terroristes, je parle des citoyens binationaux qui se sentaient concernés par la remise en cause de cette égalité fondamentale entre citoyens. Et il faut se rappeler de cela. C'est la raison pour laquelle cette mesure a heurté des millions de nos compatriotes - pas seulement les binationaux -, ceux qui étaient attachés, au-delà de ce critère-là, au principe d'égalité devant la loi dans la Constitution.

Et on a bien senti l'exaspération de Manuel Valls devant cette présentation des choses par Benoît Hamon : 



# Peillon et les "ambitions personnelles" de Valls

En toute fin de débat, chaque candidat est invité à dire un mot final à destination des Français. En concluant son propos, Manuel Valls dit : "Je veux gagner, je veux être président de la République parce que j'incarne, et je veux incarner, en rassemblant les Français, une République juste." Vincent Peillon, qui prend immédiatement la suite, débute alors par ce qui ressemble fort à une verte critique de ce qui vient d'être dit :

Le pouvoir n'est pas un projet, les ambitions personnelles non plus. Les auto-proclamations lassent. Notre pays se cherche, il a besoin d'espérance.

 

# Montebourg et le revenu universel de Hamon

L'ex-ministre du Redressement productif n'est pas exactement fan du revenu universel proposé par Benoît Hamon. Il a ainsi flingué l'idée-phare du programme de son ancien collègue au gouvernement, l'accusant de "baisser les bras devant le chômage" :

 

Ça n'est pas en imaginant que nous pourrions baisser les bras devant le chômage et commencer à imaginer de prélever 400 milliards - l'équivalent du budget de l'État - pour le redistribuer à tout le monde, que nous pourrons remettre en marche la machine économique.

# Valls : les impôts, c'est Ayrault

Cette attaque signée Manuel Valls ne vise pas l'un de ses concurrents, mais son prédécesseur socialiste à Matignon. Jean-Marc Ayrault, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères, s'est ainsi vu imputer par son successeur la responsabilité des hausses d'impôts du quinquennat, Valls mettant au contraire en avant les baisses de prélèvements décidées en seconde moitié de mandat :

 

Reconnaissons que l'impôt sur ces classes moyennes et couches populaires a sacrément augmenté entre 2010 - [il insiste] entre 2010 - et 2014. Et c'est sous mon gouvernement que nous avons amorcé la baisse de la fiscalité pour ces classes sociales, pour ces couches moyennes et populaires depuis deux ans pour 2 millions de personnes.

Et de répéter que ces hausses d'impôt ont été décidées "depuis 2010 avec le gouvernement de François Fillon et au début du quinquennat de François Hollande, parce qu'il fallait aussi rétablir les comptes publics". "Tout cela a créé une sorte de rupture entre les citoyens et l'impôt", a-t-il encore dénoncé. 

Du rab sur le Lab

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