Loi Travail : Valls prévient que les manifestations pourront être interdites "au cas par cas"

Publié à 09h02, le 15 juin 2016 , Modifié à 14h47, le 15 juin 2016

Loi Travail : Valls prévient que les manifestations pourront être interdites "au cas par cas"
Manuel Valls © MARK GRAHAM / AFP

Après de nouvelles manifestations anti-loi Travail en France, mardi 14 juin, une nouvelle fois émaillées d'actes de violences et de confrontations avec les forces de l'ordre, Manuel Valls pointe la "responsabilité" de la CGT et de son "service d'ordre" dans ces débordements. Il demande donc au syndicat de "ne plus organiser ce type de manifestations sur Paris", mettant en avant un contexte lourd entre menace terroriste et Euro de football, et prévient : si de nouvelles manifs sont tout de même planifiées, elles pourront être interdites "au cas par cas". Le tout alors que le Sénat examine actuellement le texte

Sur France Inter mercredi 15 juin, le Premier ministre rappelle d'abord que "nous sommes dans un pays où on a le droit de manifester [...] mais chacun doit savoir que le gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat d'un compromis avec les syndicats réformistes". "Il y a eu hier sur toute la France moins de manifestants que pour tous les autres rendez-vous", glisse-t-il au passage. Puis, interrogé sur les violences qui ont eu lieu en marge des cortèges, il défouraille contre la CGT :

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Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi et moi j'en appelle à la responsabilité d'un syndicat, la CGT, qui hier à l'évidence était débordée. Beaucoup plus d'ultras et de casseurs que d'habitude - 700, 800 -, plus difficiles à encadrer et qui voulaient frapper, voulaient s'en prendre à la police, voulaient sans doute tuer, un dispositif policier qui a permis beaucoup d'interpellations en flagrant délit - 73 - et une attitude ambiguë du service d'ordre de la CGT qui n'assume plus ses responsabilités.



Nous ne pouvons plus avoir dans les semaines qui viennent de telles manifestations sur Paris, sur la capitale, avec son lot de casseurs, avec ces commerces qui ont été cassés, avec l'hôpital Necker qui a été dévasté, c'est insupportable.

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Avant donc d'indiquer que le gouvernement est prêt à prononcer des interdictions, estimant notamment que c'est à la CGT d'empêcher les casseurs de s'immiscer dans les manifs :

 

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D'abord je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestations sur Paris. Et au cas par cas, car vous savez qu'on ne peut pas prononcer une interdiction générale, nous prendrons, nous, nos responsabilités. On ne peut plus avoir ce spectacle désolant, cette fuite en avant, cette absence de contrôle des syndicats, des organisateurs de manifestations sur leurs propres manifestants. Donc ça suffit, il y a un besoin d'autorité, d'ordre exprimé par les Français. Nous sommes confrontés à une menace terroriste, nous avons des policiers qui sont confrontés à des missions de plus en plus lourdes, nous accueillons l'Euro de foot dans des conditions difficiles [...]. Dans cette atmosphère particulièrement lourde, particulièrement difficile, chacun doit assumer ses responsabilités.



[...] Quand on n'est pas capable d'organiser une manifestation, quand on n'est pas capable de prendre ses responsabilités, quand on laisse 700 à 800 casseurs au sein même de la manifestation, quand il y a une attitude ambiguë du service d'ordre, [...] eh bien alors on n'organise pas ce type de manifestations qui peut dégénérer, c'est le bon sens.

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Des interdictions potentielles qui seraient justifiées, selon lui, par l'enjeu sécuritaire. Et de marteler que de toute façon, "le texte sur la loi travail n'évoluera pas". La droite, tout particulièrement, réclame depuis des semaines des interdictions de manifester, *s'étonnant* que cela soit encore permis "alors qu'on est en état d'urgence". Ce mercredi, c'est Alain Juppé qui avait encore formulé cette demande, en cas de "menace évidente à l'ordre public".

Dans la foulée, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, invité de l'émission Questions d'info sur LCP avec l'AFP, Le Monde et France Info, a demandé mercredi à la CGT de faire une "pause dans les manifestations parce qu'elles dégénèrent en violence", estimant qu'elle est "instrumentalisée" par les casseurs, au lendemain d'une nouvelle journée d'action émaillée de violences.

François Hollande, enfin, a indiqué en Conseil des ministres qu'il n'y aurait plus "d'autorisation de manifester" si les "biens et les personnes" sont menacés, d'après Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement.





 

 

[BONUS TRACK] Instant radio

Après son interview, Manuel Valls a répondu aux questions des auditeurs de France Inter. L'un d'entre eux, précisant avoir été "sympathisant socialiste" par le passé mais ne plus l'être, a ainsi très vivement interpellé le Premier ministre au sujet de la responsabilité de la présence des casseurs dans les cortèges :

 

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Je trouve scandaleux que vous rejetiez la faute des casseurs en marge des manifestations sur le service d'ordre, qui respecte la République. Et sur la voie publique, ce n'est pas aux manifestants de faire respecter l'ordre, c'est à la force publique dont vous êtes le représentant en tant que Premier ministre. Donc tous les casseurs, toutes les exactions sont de votre responsabilité, par votre inaction.

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Ce à quoi le chef du gouvernement a rétorqué que la police "fait son travail" dans ce cadre. Et de mentionner les deux policiers assassinés dans un attentat revendiqué par Daech, lundi dans les Yvelines, ainsi que les affiches polémiques de la CGT contre les violences policières :

 

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Ce sont ces mêmes policiers qui font face à des casseurs, qui se mélangent dans une manifestation organisée notamment par un syndicat qui a sorti un tract odieux mettant en cause la police, qui tous les jours met en cause le fait que la police fait ce travail. Un grand syndicat que je respecte, comme la CGT, [...] doit assumer ses responsabilités. Condamner bien sûr les casseurs, mais faire en sorte que son service d'ordre - c'est ainsi que fonctionnent les manifestations dans ce pays - ne soit pas dans l’ambiguïté quand il s'agit d'écarter 700 à 800 casseurs.

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La secrétaire nationale du Parti de Gauche Martine Billard s'est elle aussi insurgée de ces propos primo-ministériels :

Tout comme Clémentine Autain du côté du Front de gauche, ou la patronne des sénateurs CRC (Front de gauche) Éliane Assassi :

Du rab sur le Lab

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