Manuel Valls et des ministres ne se cachent même plus pour critiquer Emmanuel Macron

Publié à 09h48, le 12 juillet 2016 , Modifié à 10h04, le 12 juillet 2016

Manuel Valls et des ministres ne se cachent même plus pour critiquer Emmanuel Macron
Manuel Valls © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

ON THE RECORD - Il n'y a jamais de trêve. Les adversaires politiques bruissent tout le temps et déversent leur fiel à chaque instant, dès que l'occasion se présente. Dès qu'un crayon est disponible pour un carnet, dès qu'un entrefilet se libère dans un quotidien, ils commentent, prédisent et surtout critiquent. La nuance importante est que ces attaques se font la plupart du temps de façon anonyme. C'est "un élu", "un ténor" de ce parti-ci ou "un proche' de ce ministre-là, qui plante les banderilles, à l'abri, à l'ombre. Lorsque les attaques se font en plein jour, "de face" pour reprendre l'expression de Nathalie Kosciusko-Morizet, c'est que le divorce est établi. Quand, en sus, les échanges se font entre deux personnes censées être du même camp, c'est que l'animosité est connue de tous et qu'il ne sert plus à rien de la camoufler.

Manuel Valls ne prend même plus la peine de se cacher pour décrier Emmanuel Macron. Il n'est pas le seul. D'éminents ministres, comme Marisol Touraine et Thierry Mandon et les hollandais historiques Michel Sapin et Stéphane Le Foll, vilipendent aussi, on the record, le ministre de l'Économie. Et l'ambition de ce dernier, alimentée par ses initiatives toutes personnelles, son mouvement En Marche ! et son meeting de La Mutualité ce mardi 12 juillet, ne calme pas les critiques.

Dans un long article publié par Le Monde mardi, plusieurs ténors lâchent leurs coups contre Emmanuel Macron. Manuel Valls le premier. Cité par le quotidien du soir, le chef du gouvernement s'emporte contre celui qui monte, qui monte, oui mais en solo. Il dit :

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À partir du début 2016, il y a eu montée en puissance. Et quand un ministre donne le sentiment d’avoir un autre agenda, c’est là que cela ne marche plus.

 

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Cette vindicte s'est déjà plusieurs fois illustrée, notamment sur les bancs de l'Assemblée nationale, en pleine séance de questions au gouvernement. C'est acté : le Premier ministre ne rate désormais plus une seule occasion de s'en prendre à son ambitieux ministre. Mais, souhaitant ne pas être le seul à se plier à l'exercice, le chef du gouvernement demande ceci à des conseillers, à des ministres, selon Le Monde :

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Vous êtes trop gentils avec Macron ! Il faut taper, taper, taper.

 

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Dont acte. Le ministre des Finances Michel Sapin considère que la liberté dont fait preuve Emmanuel Macron "va au-delà de tout ce qu’on a connu". Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll met en lumière "un problème", celui d'"utiliser le poste de ministre pour être candidat". "Ce n’est plus l’incarnation d’une ligne, mais celle d’une ambition personnelle", dit-il, cité par comme les autres par le quotidien. La ministre de la Santé Marisol Touraine va encore plus loin et fait savoir qu'elle trouve son collègue de l'Économie un tout petit peu insupportable :

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Il est objectivement exaspérant. Il se pose en Premier ministre alternatif. C’est pénible.

 

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Des attaque formulées en on, comme si les membres du gouvernement n'avaient plus envie de se cacher, comme s'il fallait absolument montrer à la face du monde politique l'isolement d'Emmanuel Macron au sein du gouvernement, quitte à dévoiler les tensions régnantes au sein de l'exécutif.

Emmanuel Macron attise lui-même le feu des critiques. Il faut le lire expliquer, sans filtrer, qu'il n'est ni "le rabatteur" ni "le traître" du chef de l'État. "Je construis une offre politique nouvelle, qui n’est pas celle de François ­Hollande. J’ai fait le choix irréversible de proposer autre chose", dit-il auprès du quotidien. Un "autre chose" qui était autrefois le pré-carré de Manuel Valls. Mais, comme le Premier ministre le sait lui-même, "le renouvellement, ça passe vite".

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