Manuel Valls se présente comme le "challenger"... de la primaire

Publié à 10h23, le 09 décembre 2016 , Modifié à 10h33, le 09 décembre 2016

Manuel Valls se présente comme le "challenger"... de la primaire
Manuel Valls © JEFF PACHOUD / AFP

LE FAVORI QUI N'ÉTAIT PAS FAVORI - Vu le climat actuel, tant en France qu'à l'étranger, il ne fait pas très bon être identifié comme le "favori" d'une élection. Le Brexit ainsi que les victoires de Donald Trump et de François Fillon ont fait mentir les observateurs et les sondages de manière spectaculaire. Et Manuel Valls ne veut surtout pas être l'Alain Juppé ou l'Hillary Clinton de la primaire organisée par le PS.

Depuis son annonce de candidature, l'ancien Premier ministre s'est donc présenté comme le "challenger"... mais uniquement "de l'élection présidentielle". Un élément de langage martelé devant les parlementaires socialistes et au JT de France 2.

Vendredi 9 décembre sur BFMTV, il reprend le terme pour se positionner cette fois parmi ses adversaires de gauche :

"

Moi je suis candidat à la présidence de la République, dans le cadre d'abord de la primaire, avec un objectif : entraîner, convaincre et gagner. Parce que rien n'est écrit. Ni pour la primaire - je suis challenger - ni pour l'élection présidentielle - je suis challenger. Ce sont les Français qui décident, c'est le peuple souverain qui décide.

"


Il fait certes valoir son expérience acquise ces cinq dernières années - ("on ne s'improvise pas candidat à la présidence de la République") pour mieux souligner les carences des autres candidats à la primaire de la BAP. Mais il joue aussi ostensiblement la prudence.

L'argument s'entend pour la présidentielle : au terme du mandat de François Hollande, le PS semble promis à l'élimination au premier tour, au profit de Marine Le Pen et François Fillon. Manuel Valls lui-même, sans s'y "résigner", alerte régulièrement ses "camarades" au sujet de ce risque. Depuis de longs mois, les intentions de vote et les cotes de popularité des deux têtes de l'exécutif vont à sens unique et l'inversion de cette tendance constituerait une vraie surprise. Manuel Valls, au cas où il serait investi pour aller s'y frotter, ferait donc bien figure de "challenger".

Cela est tout de même beaucoup moins évident en ce qui concerne la primaire. Sans vouloir offenser personne, la ligne de son CV qui dit "ex-ministre de l'Intérieur, ex-Premier ministre" lui confère une stature d'homme d'État que n'ont pas tout à fait les Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et autres Vincent Peillon. En tant que chef de la majorité et figure majeure d'un parti qui a validé sa ligne politique lors de son dernier congrès, il est de fait plus attendu que les autres sur la capacité à rassembler son camp. Ne se targuait-il pas d'ailleurs de "rassembler à gauche" pas plus tard qu'en avril dernier ?

En se posant en "challenger", Manuel Valls désigne en creux un favori en la personne, semble-t-il, d'Arnaud Montebourg. Or, le premier sondage réalisé depuis son entrée en campagne lui donne pourtant 45% des intentions de vote au premier tour, contre 28% à l'ancien ministre du Redressement productif. Au second tour, cela est plus serré selon cette même enquête, mais Valls sort tout de même gagnant à 51-49 devant Montebourg.

Alors certes, on pourra ironiser sur le fait que par les temps qui courent, être le favori des sondages revient à être "challenger"...

[BONUS TRACK]

Vous aurez noté que Manuel Valls prononce "challendjère". Il fallait que ce fût souligné. C'est tout, merci.

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