Ministres ou citoyens avant tout ? La grosse différence de traitement des cas Bayrou et Ferrand par Castaner

Publié à 10h23, le 14 juin 2017 , Modifié à 10h54, le 14 juin 2017

Ministres ou citoyens avant tout ? La grosse différence de traitement des cas Bayrou et Ferrand par Castaner
Sur cette image : des ministres et des citoyens (mais on ne sait plus trop qui est qui à quel moment exactement). © Montage Le Lab via AFP

SAME SAME BUT DIFFERENT - C'est tout le problème lorsque vous êtes porte-parole du gouvernement et que vous tentez d'édicter une règle claire s'appliquant à tous les ministres : il faut qu'elle s'applique à tous les ministres. Et pas à certains d'entre eux tout en laissant une marge de manœuvre à d'autres. C'est pourtant dans cet écueil que tombe Christophe Castaner mercredi 14 juin.

Sur BFMTV, le porte-parole du gouvernement est successivement interrogé sur les cas polémiques de François Bayrou et de Richard Ferrand. D'un côté, le ministre de la Justice ne se prive pas d'appeler des journalistes qui enquêtent sur des salariés du MoDem (parti dont il est président) pour s'en plaindre, en tant que "citoyen" - une "liberté de parole" qu'il persiste à vouloir exercer, malgré les remontrances publiques du Premier ministre. De l'autre côté, le ministre de la Cohésion des territoires, handicapé par une "affaire", n'hésite pas à se moquer et à faire la leçon aux médias au soir du premier tour des législatives et de sa qualification pour le second.

Or, Christophe Castaner opte pour deux lignes de défense tout à fait contradictoires pour défendre ses deux collègues.

# Bayrou engage le gouvernement

Cas numéro 1 : François "citoyen avant tout" Bayrou. Face à Jean-Jacques Bourdin, le porte-parole du gouvernement rappelle studieusement la "règle simple" donnée par le Premier ministre Édouard Philippe : "Quand on devient ministre, notre parole nous oblige beaucoup plus que quand on est citoyen." Il ajoute, se prenant lui-même en exemple pour les besoins de la démonstration :

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Ma parole, à l'instant où je vous parle, n'est pas celle de Christophe Castaner qui habite à Forcalquier. Elle est celle du porte-parole du gouvernement et donc elle m'engage et elle engage le gouvernement. Ça vaut pour le garde des Sceaux comme pour chacun des ministres. Nous devons savoir que notre parole nous engage, elle a plus de poids parce que c'est la parole du ministre.

 

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"Le Premier ministre a rappelé un principe : celui du fait que notre parole engage forcément tout notre champ ministériel et souvent le gouvernement", dit-il encore. C'est donc très clair : lorsqu'il s'exprime, un ministre ne parle pas que pour sa propre personne, mais aussi au nom de l'exécutif. Et que le ministre de la Justice se le tienne pour dit.

# Ferrand n'engage que lui

Cas numéro 2 : Richard "bouh les journalistes" Ferrand. Changement de pied total de Christophe Castaner qui, soudainement, ne trouve plus que la parole d'un ministre - ironisant sur les "efforts méritoires" et le manque de déontologie de la presse, en l'occurrence - engage tout le collectif gouvernemental :

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- Christophe Castaner : Son propos n'engageait que lui, ça n'était pas une menace pour la presse. Il y avait de l'ironie dans son propos.



- Jean-Jacques Bourdin : Les propos n'engagent que ceux qui les tiennent ?



- Christophe Castaner : Mais bien sûr, parce que je vais pas vous dire qu'il a eu raison dans l'ironie, par contre on peut comprendre que dans sa situation, il a un sentiment de satisfaction que les habitants lui aient confirmé leur confiance [il est arrivé en tête du premier tour des législatives dans sa circonscription avec 33,9% des voix, ndlr], et à ce moment-là, il vous met un tacle, ça fait partie du sport, il faut l'accepter.

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Là aussi, c'est donc très clair : lorsqu'il s'exprime, un ministre peut très bien parler pour sa propre personne uniquement, et non pas au nom de l'exécutif. Et que les médias se le tiennent pour dit.

¯\_(ツ)_/¯

Alors on ne sait pas exactement ce qui justifie ce deux poids, deux mesures. Tout cela est-il acceptable dans le cas de Richard Ferrand car il s'agissait d'une remarque ironique ? Est-ce plus compréhensible que dans le cas de François Bayrou car il venait d'enregistrer un bon résultat électoral ? Est-ce moins grave car cela a moins fait polémique ?

Autrement dit : outre ses responsabilités ministérielles, Richard Ferrand est-il *un candidat aux législatives heureux et ironique* avant tout alors que le "citoyen" François Bayrou reste en toutes circonstances ministre avant tout ? On dirait bien.







[BONUS TRACK] Angoisse, j'ai plus  de repères

Christophe Castaner "aime-t-il" son poste (parfois ingrat, comme le sait si bien son prédécesseur Stéphane Le Foll) de porte-parole du gouvernement ? À cette question à la volée de Jean-Jacques Bourdin en toute fin d'interview, l'intéressé commence par répondre que oui. Avant de ne démentir que très mollement avoir "espéré" un portefeuille plus prestigieux... puis d'assurer avoir "demandé" d'y être nommé. Et de confier que cette lourde responsabilité "l'angoisse quelques fois" :

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- Jean-Jacques Bourdin : Vous aimez ce rôle de porte-parole ?



- Christophe Castaner : Y'a deux choses : oui je l'aime, parce que c'est passionnant, parce que ça vous oblige à...



- Jean-Jacques Bourdin : C'est pas ce que vous espériez, mais bon.



- Christophe Castaner : Noooooon, non, non.



- Jean-Jacques Bourdin : Euh si si, si si, ne disons pas 'non non'.



- Christophe Castaner : Je l'ai demandé, ce ministère-là, et je fais partie de ceux qui ont pu faire cette suggestion et qui a abouti. Après, il y a plein d'autres ministères qui m'auraient passionné. Mais pour répondre à votre question, c'est avec le Premier ministre, [...] le seul qui vous donne accès à la transversalité de l'action publique. Mais en même temps, je l'aime mais je peux vous dire qu'il m'angoisse quelques fois. [...] Sur les sujets internationaux par exemple, le porte-parole doit évidemment trouver les mots neutres parce qu'on sait bien qu'un mot de travers peut déclencher des conséquences trop graves pour notre pays.

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Une séquence à rebondissements revoir dans cette vidéo :



Du rab sur le Lab

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