Moment de tension entre des photographes et la com' de Macron pour la photo officielle du gouvernement

Publié à 18h46, le 22 juin 2017 , Modifié à 22h32, le 22 juin 2017

Moment de tension entre des photographes et la com' de Macron pour la photo officielle du gouvernement
La photo officielle du gouvernement Philippe II, prise jeudi 22 juin 2017 dans les jardins de l'Élysée © Thomas Samson / AFP

CHEEEEEESE - C'est sympa, une photo de groupe. Surtout quand il fait beau et chaud et que cela se fait en extérieur. Mais cela se passe tout de même rarement dans le plus grand des calmes : on chahute, on fait des oreilles de lapin, et vas-y que moi je veux pas être au premier rang, etc., etc.

Rien de tout cela jeudi 22 juin pour la photo officielle du gouvernement Philippe II. Et pourtant, comme le raconte Laurent Troude de Libération, cet événement a donné lieu a une certaine tension entre les photographes et la communicante en chef de l'Élysée, Sibeth Ndiaye. Et ce alors que les relations entre la presse et la présidence sont parfois compliquées depuis l'entrée en fonctions d'Emmanuel Macron.

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Le photographe de Libé explique d'abord que cette photo officielle était "poolée" : quelques journalistes ("une agence de presse, un magazine et un quotidien" en l'occurrence) étaient désignés pour faire les images et les partager ensuite au reste de la presse. "Alors que traditionnellement, tout le monde accède à la photo", regrette Laurent Troude. Il est vrai que par le passé, et notamment dans un *passé récent*, l'accès de la presse à la photo officielle du gouvernement était moins restreint que cela. D'autant moins compréhensible dans ce cas que, la photo ayant lieu en extérieur (dans les jardins de l'Élysée), aucune contrainte de place ne s'appliquait.

Cette limitation a donc fortement déplu aux photographes présents à l'Élysée ce jeudi, qui y ont vu une entrave à leur liberté d'exercice. Laurent Troude raconte cette scène qui devait valoir le détour de photographes "boycottant" les photos des ministres dans la cour du Château :

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On s’est mis de dos et on criait 'en grève'. Sibeth Ndiaye est sortie pour savoir ce qu’il se passait. Elle a finalement autorisé tous les photographes à venir mais a refusé qu’on prenne de photos de la mise en place. On a dit non, mais quand on est arrivés ils étaient déjà positionnés. Mais quand ils ont commencé à se disperser, on a pris des photos. Sibeth Ndiaye s’est énervée.

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De fait, une simple scène figée n'a que peu d'intérêt pour un photographe, contrairement à un moment moins cadré où les uns et les autres agissent, interagissent et se déplacent... D'où leur frustration de ne pas pouvoir capter ce qu'ils voulaient.

Contactée par le Lab, Sibeth Ndiaye ne conteste pas cette version des faits mais refuse d'en dire plus sur cet "énervement". La communicante élyséenne explique cependant :

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Pour la photo du premier gouvernement, un pool avait été mis en place [et cela avait déjà créé la polémique, ndlr]. Nous avons souhaité que cela soit le cas pour la seconde. Ensuite, les photographes ont demandé qu'un plus grand nombre d'entre eux accèdent à la photo, ce qui a été autorisé. La configuration des lieux le permettait.



Mais le choix qui a été fait est celui de ne pas montrer de photos de coulisses. On est aussi fondés à décider de ce qu'on veut faire ou pas. Nous n'avons pas l'obligation de montrer les coulisses. Or, le moment où les ministres montent sur l'estrade pour la photo n'est pas un moment officiel.

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En grand désaccord avec cette vision des choses, le directeur de la rédaction de Libération Johan Hufnagel y a vu, lui, une "nouvelle atteinte à la liberté d'expression de la part de l'Élysée" :

Quant au fait que le cadre de ce rituel républicain soit généralement plus souple que ce qui a été mis en place ce jeudi, Sibeth Ndiaye fait valoir que "la tradition n'est pas une obligation ni une règle". Et de donner cet exemple :

 

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Du temps de Jacques Chirac, les journalistes qui couvraient le conseil des ministres n'étaient pas confinés à un carré presse comme c'est le cas aujourd'hui : ils pouvaient s'éparpiller partout dans la cour de l'Élysée. Et un jour, on a décidé de rompre cette tradition.

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[EDIT 19h20] Au Lab, Laurent Troude détaille la scène de boycott :

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Lorsque les ministres sont sortis, ils s'arrêtaient comme d'habitude pour prendre la pose. Mais les photographes se sont mis de dos au perron de l'Élysée et disaient 'non non, monsieur ou madame la ministre, il n'y a pas de photo, on est en grève'. Sibeth Ndiaye est venue, elle a demandé ce qui se passait, on lui a expliqué. Elle est repartie puis revenue en acceptant qu'un photographe par support aille faire la photo, mais 'à condition' qu'on ne fasse 'pas les coulisses', donc quand ils passent devant nous, qu'ils se parlent, qu'il y a ce petit moment de flottement. Certains photographes ont expliqué que c'était justement tout l'intérêt de ce genre d'événement.



Finalement, une fois la photo faite, les ministres se sont séparés et Sibeth Ndiaye a commencé à nous dire 'c'est fini, on avait dit que c'était fini'. On était une vingtaine et évidemment, on a continué à prendre des photos. Là, elle n'a pas aimé du tout. Elle a gardé son sourire tout du long mais avec des petites phrases comme 'vous respectez pas l'engagement, la prochaine fois il y aura un pool et puis c'est tout'. Après le conseil des ministres, le service de presse est venu aussi pour nous reprocher de ne pas avoir respecté l'engagement. Donc ils assument totalement de n'autoriser aucune photo de ce qu'ils ne veulent pas montrer. Il y a un contrôle terrible. Or dans ces moments-là, si le Président prend un ministre à part par exemple, ça peut être une information, ça peut avoir un poids politique, même s'il le fait aussi délibérément pour être vu.

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Pour ce photographe qui travaille "à 90%" sur de la politique, c'est du jamais vu : "Je suis tout le temps à l'Élysée, à Matignon, à l'Assemblée nationale ou dans les partis ; c'est le seul endroit où ça se passe comme ça." Lui est salarié de Libération mais ajoute que pour les photographes indépendants, être mis à l'écart d'un tel événement représente "un vrai manque à gagner financier"

Du rab sur le Lab

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