Nicolas Dupont-Aignan démontre qu'il se moque totalement des faits en matière d'immigration en France

Publié à 12h11, le 27 mars 2017 , Modifié à 10h09, le 28 mars 2017

Nicolas Dupont-Aignan démontre qu'il se moque totalement des faits en matière d'immigration en France
Nicolas Dupont-Aignan © BERTRAND GUAY / AFP

Les faits contre le ressenti. En cette année présidentielle, on pensait que les éléments factuels auraient naturellement une prédominance sur les sentiments. Grands naïfs que nous étions. Les faits ? Ce n'est pas très important. Nicolas Dupont-Aignan, par exemple, préfère largement mettre en avant son ressenti.

Tel le météorologue prédisant le temps du lendemain en plaçant son doigt mouillé au vent, le président de Debout la République parle, ce lundi 27 mars sur France Inter,  d'immigration en France en fonction de son sentiment. Et le candidat à l'élection présidentielle dénonce cette "intelligentsia" qui se base sur des éléments factuels pour parler d'un sujet. Voici l'échange avec Patrick Cohen :

-          Nicolas Dupont-Aignan : Est-ce qu'un jour, en France, on peut poser les problèmes tels qu'ils sont et pas tels qu'une certaine intelligentsia ne veut pas voir ? Il y a un problème migratoire en France.



-          Patrick Cohen : Une invasion migratoire ?



-          Nicolas Dupont-Aignan : Y a une invasion migratoire.



-          Patrick Cohen : Une invasion ?



-          Nicolas Dupont-Aignan : Oui, il y a une invasion migratoire en Europe.



-          Patrick Cohen : Vous savez qu'on est l'un des pays de l'OCDE qui accueille le moins d'immigrés ?



-          Nicolas Dupont-Aignan : Mais peut-être, c'est votre choix.



-          Patrick Cohen : Ce n'est pas un choix, c'est un fait monsieur Dupont-Aignan.



-          Nicolas Dupont-Aignan : Moi, j'ai une autre vision des choses, comme beaucoup de Français. Il suffit d'aller dans un hôpital, il suffit d'aller partout dans notre pays. Tous les Français le ressentent.

Le choix des mots est important : les faits sont, pour Nicolas Dupont-Aignan, un "choix" d'interprétation. Le candidat à la présidentielle préfère lui parler de "ressenti" et énoncer de grandes idées sur la base d'un sentiment.

C'est exactement le même cheminement qui a conduit le président de Debout la France à se réapproprier la théorie du "grand remplacement", même s'il s'en défend, jurant ne parler que de "changement de population". Ce qui revient exactement au même. Cela aussi, c'est un fait. Tout comme les chiffres de l'Insee : en 2016, 227.550 titres de séjour ont été délivrés en 2016 à des étrangers, soit une hausse de 4,6% par rapport à 2015. Sans les titres délivrés aux réfugiés, "le volume aurait été stable", avait expliqué en janvier dernier le ministère de l'Intérieur.

Concernant le solde migratoire de la France en 2016, il était globalement de +67.000. Mais, soulignait Libération en mars, ce chiffre ne concerne pas uniquement les immigrés mais vise les arrivées et départs des personnes nées en France, Françaises ou non. En 2013, "le solde des nés en France est de -120 000 (197 000 ont quitté le territoire pour 77 000 qui sont revenus). À l’inverse, le solde migratoire des immigrés est de +140 000 (235 000 arrivées pour 95 000 départs)", précise LibéDesintox.

Des chiffres qui, malgré tout, semblent contredire l'idée d'une "invasion migratoire" portée par Nicolas Dupont-Aignan, du moins du point de vue français. 

[Edit 28 mars] Droit de réponse de Nicolas Dupont-Aignan

Cet article m’attaque en se fondant sur des approximations et des données fausses. Je vais m’attacher paragraphe par paragraphe à déconstruire les contre-vérités du journaliste.

Vous écrivez « Le choix des mots est important : les faits sont, pour Nicolas Dupont-Aignan, un "choix" d'interprétation. Le candidat à la présidentielle préfère lui parler de "ressenti" et énoncer de grandes idées sur la base d'un sentiment ». Je ne parle pas de ressenti mais bien de faits. J’assume totalement mes déclarations qui se fondent sur des données officielles et des chiffres inattaquables que je vais détailler ci-après.

Vous écrivez « C'est exactement le même cheminement qui a conduit le président de Debout la France à se réapproprier la théorie du "grand remplacement", même s'il s'en défend, jurant ne parler que de "changement de population". Ce qui revient exactement au même. Cela aussi, c'est un fait. Tout comme les chiffres de l'Insee : en 2016, 227.550 titres de séjour ont été délivrés en 2016 à des étrangers, soit une hausse de 4,6% par rapport à 2015. Sans les titres délivrés aux réfugiés, "le volume aurait été stable", avait expliqué en janvier dernier le ministère de l'Intérieur. » Je sais ce que je dis. Je parle de changement de population pas de théories abstraites n’intéressant que les journalistes en mal de totem autour duquel vomir leur bile bien pensante. En ce qui concerne les titres de séjours :

"Plus de 200 000 immigrés entrent légalement chaque année en France, pour près de la moitié pour des motifs de regroupement familial. Les flux ne cessent d’augmenter (+ 100 % entre 1998 et 2016, +12 % entre 2007 et 2012, +18 % en seulement 4 ans de mandat François Hollande). Il est malhonnête de laisser entendre qu’il n’y a pas de hausse du nombre de titre de séjours. Notons que ces chiffres n’incluent pas l’immigration illégale."

Vous écrivez « En 2013, "le solde des nés en France est de -120 000 (197 000 ont quitté le territoire pour 77 000 qui sont revenus). À l’inverse, le solde migratoire des immigrés est de +140 000 (235 000 arrivées pour 95 000 départs)", précise LibéDesintox. » J’ai repris l’étude de référence publiée par l’INSEE en 2015 et qui analyse les soldes migratoires entre 2006 et 2013. sur laquelle s’appuie Libération. Cette étude analyse très précisément les flux de départ et d’arrivée en France et séparent :

· Les immigrés dont le solde migratoire pour la France est positif de 140 000 (235 000 entrées en 2013 pour 95 000 sorties).
· Les personnes nées en France dont le solde migratoire est négatif. En effet, 120 000 quittent la France (77 000 entrées en 2013 contre 197 000 sorties) contre seulement 60 000 en 2006.
· Les personnes nées françaises à l’étranger dont le solde migratoire pour la France est positif de 13 000.

Deux tendances évidentes ressortent de ces chiffres : de plus en plus de personnes nées en France (les 120 000 - dans la mesure où l’écrasante majorité des gens nés en France sont Français, c’est bien des départs massifs de Français) s’expatrient et ils sont plus que numériquement compensés par des étrangers (140 000).

Vous écrivez : Des chiffres qui, malgré tout, semblent contredire l'idée d'une "invasion migratoire" portée par Nicolas Dupont-Aignan, du moins du point de vue français. L’étude INSEE de référence nous apprend que la population française a augmenté de 276 000 en 2013. Ainsi, il apparait que dès 2013, la majorité de l'accroissement naturel de notre population était liée à l'immigration (140 000/276 000).

Par rigueur et honnêteté intellectuelle nous ne prenons que les chiffres de 2013 car il s'agit de la dernière année pour laquelle nous disposons de l'ensemble des chiffres, de sources officielles. Néanmoins nous disposons de quelques données pour 2016, année marquée par une vague migratoire sans commune mesure avec des demandeurs d'asile venant majoritairement de pays comme la Syrie, l'Irak, l'Afghanistan et le Soudan. Ainsi, les chiffres du ministère de l'intérieur font état de 85 000 demandes d'asile en 2016 contre 66 000 en 2013 (+29%). En parallèle, la hausse ininterrompue du nombre d’expatriés et la baisse du solde naturel nous démontre que la proportion d’immigrés dans l’accroissement naturel de la population française a vraisemblablement augmenté fortement.

Nicolas Dupont-Aignan

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