Pour Bruno Le Maire, l'apprentissage facultatif des Lumières au collège reviendrait à "perdre la bataille" contre le terrorisme

Publié à 10h31, le 12 mai 2015 , Modifié à 10h37, le 12 mai 2015

Pour Bruno Le Maire, l'apprentissage facultatif des Lumières au collège reviendrait à "perdre la bataille" contre le terrorisme
© Images BFMTV

Bruno Le Maire est révolté. Le député UMP de l'Eure a pris la tête de l'opposition à la réforme du collège et des programmes, dont il demande le retrait. Mardi 12 mai sur BFMTV, il appuie longuement sur un point particulier : l'apprentissage facultatif des Lumières. Selon lui, cette mesure conduirait le pays à "perdre la bataille" contre les terroristes comme ceux qui ont frappé la France début janvier. 

Si la réforme du collège a déjà été adoptée, celle des programmes est encore en chantier et devrait connaître des modifications. À l'heure actuelle, le projet de programmes applicables à la rentrée 2016, inspiré des propositions du Conseil supérieur des programmes, prévoit bien qu'en classe de quatrième l'enseignement du thème "Sociétés et cultures au temps des Lumières" soit facultatif (voir dans ce document, page 40). Cet apprentissage, qui dépendrait donc d'un choix de la part des enseignants, est prévu dans le cours plus global sur "L'Europe et le monde XVIIe – XIXe siècles". 

Sur France Inter ce mardi, Najat Vallaud-Belkacem a toutefois indiqué que ces programmes seraient certainement amenés à évoluer, du fait des inquiétudes exprimées par les enseignants (voir en fin d'article). Bruno Le Maire, qui s'exprimait quelques minutes plus tard sur BFMTV, n'a certainement pas eu le temps d'entendre la ministre de l'Éducation. D'où sa virulence :

Il y a des programmes sur lesquels je suis en désaccord complet parce que la vision de l'histoire de France qui est renvoyée par ces programmes n'est pas la vision qui est la mienne. C'est pas en dévalorisant la mémoire de la France qu'on permettra à chaque enfant d'être fier de son pays et aux enfants issus de l'immigration de s'intégrer à un pays qui n'a plus la fierté d'être lui-même. Donc sur ces combats-là, je les mènerai jusqu'au bout. [...] Je fais pas de coup politique, je défends des convictions de fond, je défends une idée de ce qu'est l'éducation dans notre pays, je défends une idée de ce qu'on peut offrir à nos enfants et je défends une idée de notre nation.



Parce que c'est vrai que ça me fait mal qu'on puisse proposer en France, dans les programmes d'apprentissage de l'Histoire, qu'on rende facultatif l'apprentissage des Lumières. Les Lumières, c'est l'esprit critique, c'est la capacité à caricaturer, à prendre de la distance. C'est Voltaire qui vous dit : 'On peut se moquer effectivement de ce en quoi croient les autres avec distance et avec intelligence'.

Un sujet qui, selon celui-qui-n'est-pas-encore-candidat à la primaire de la droite de 2016, doit rester obligatoire. "Les Lumières, c'est pas à l'enseignant de décider, je suis désolé, explique-t-il. Les Lumières, c'est au cœur de ce qu'est l'intelligence française." Et c'est là que Bruno Le Maire estime que cet enseignement facultatif reviendrait à laisser le champ libre à "des gens qui ne veulent plus de liberté de penser", ciblant tout particulièrement les terroristes qui ont attaqué Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Il dit :

On ne négocie pas l'intelligence française parce que sinon, quand il arrive des événements comme ceux du 11 janvier, quand vous avez une nation qui est sous la menace de gens qui ne veulent plus de liberté de penser, qui ne veulent plus de liberté de parole, eh bien si vous n'avez pas préservé l'esprit de Voltaire, si vous n'avez pas préservé l'esprit national, si vous n'avez pas défendu l'intelligence de la nation et sa culture au collège, eh bien vous avez déjà perdu la bataille. Et moi, cette bataille contre ceux qui ne veulent pas de liberté de penser, pas de liberté d'expression, pas de liberté d'esprit, je veux que la nation française la gagne.

Au passage, le troisième homme de l'élection à la présidence de l'UMP parle des "événements du 11 janvier", soit les manifestations historiques qui ont eu lieu partout en France au lendemain des attentats, et non les attentats en eux-mêmes. Il semble donc considérer que ces manifestations n'auraient pas eu lieu si "les Lumières" n'avaient pas été enseignées au collège. Il conclut en tous cas en fustigeant "une réforme des programmes qui aboutit à dégrader l'idée que nous nous faisons de la nation française".

Sur France Inter, Najat Vallaud-Belkacem a quant à elle indiqué que ces programmes étaient un "travail en évolution", notamment du fait des "remontées" de "l'incompréhension" des enseignants. Et d'expliquer que sur le point précis des Lumières, il y aurait certainement des modifications :

 

Les enseignants nous font remonter en effet cette incompréhension face à ce classement entre thèmes qui seraient obligatoires et thèmes qui seraient facultatifs. Donc nous aboutirons sans aucun doute à autre chose que ce que vous voyez dans ce projet-là, pour préciser qu'il y a bien sûr des périodes de l'histoire que tous les élèves [...] dans tous les collèges de France devront avoir vu. 

Suffisant pour apaiser les inquiétudes de Bruno Le Maire ? 

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