Pour expliquer que les électeurs de gauche peuvent venir voter à la primaire de droite, Benoist Apparu invoque… Bernard Kouchner

Publié à 10h31, le 06 octobre 2016 , Modifié à 10h31, le 06 octobre 2016

Pour expliquer que les électeurs de gauche peuvent venir voter à la primaire de droite, Benoist Apparu invoque… Bernard Kouchner
Benoist Apparu © Capture d'écran BFMTV

À un mois et demi du premier tour de la primaire de la droite, une question anime les candidats et leurs entourages : faut-il inviter les électeurs de gauche à venir participer au scrutin ? Du côté de Nicolas Sarkozy, la réponse est clairement non. L'argument est de dire qu'un candidat élu avec le soutien de sympathisants de gauche fera une "alternance molle". Chez Alain Juppé, en revanche, on est largement favorable à cet apport de voix. Et pour cause : la campagne de l'ancien Premier ministre étant beaucoup moins à droite que celle de l'ex-Président, les électeurs de gauche qui se déplaceront les 20 et 27 novembre auront vraisemblablement plutôt tendance à voter Juppé que Sarkozy.

Benoist Apparu, porte-parole de la campagne d'Alain Juppé, apporte ce jeudi 6 octobre un nouvel argument en posant la question différemment : peut-on raisonnablement interdire à d'anciens ministres de Nicolas Sarkozy de participer à la primaire de la droite ? Benoist Apparu en vient donc à parler de… Bernard Kouchner. Tout à fait. Il dit :

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On est en train de nous faire une espèce de procès d'intention sur 'halte à la gauche'. Rappelez-moi une chose : je me trompe peut-être mais il me semble, il me semble hein, que c'est Nicolas Sarkozy qui avait pris des ministres de gauche dans son gouvernement. On va donc interdire à monsieur Kouchner de venir voter à la primaire alors qu'il a été ministre de Nicolas Sarkozy ? Ça ne paraît pas très sérieux.

 

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Ancien ministre de la Santé de Lionel Jospin, Bernard Kouchner a été ministre des Affaires étrangères de 2007 à  2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Comme Jean-Pierre Raffarin, Benoist Apparu explique également que les déçus de François Hollande, qui sont peut-être aussi des déçus de Nicolas Sarkozy en 2007, qui se retrouvent "dans le projet de Bruno Le Maire, de François Fillon, d'Alain Juppé ou même de Nicolas Sarkozy", peuvent tout à faire venir voter à la primaire.

Ultime argument de la part de Benoist Apparu : pourquoi interdirait-on à certains de parler aux électeurs de gauche lorsque d'autres s'adressent clairement aux sympathisants d'extrême droite. Il lance :

  

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Les sondages nous montrent quoi aujourd'hui, quand on analyse le corps électoral de la primaire ? Qu'il y aura entre 9 et 10% d'électeurs de gauche dans la primaire. Et qu'il y aura entre 9 et 13% d'électeurs du Front national dans la primaire. Si je fais un parallèle, puisque apparemment on nous dit 'pas d'électeurs de gauche', mais on ne cite pas les électeurs du Front national, est-ce que ça signifie que certains vont partager les valeurs du Front national ? Je ne le crois pas et je ne ferai pas ce procès d'intention. Alors qu'on ne nous fasse pas à l'inverse un autre procès d'intention par rapport à la gauche.

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Benoist Apparu "ne fait pas ce procès" mais en lançant l'idée, il le fait un petit peu quand même.  

Mais après tout, lui-même le reconnaît : le débat qui agite aujourd'hui Les Républicains n'est que politique. "Ça fait partie du jeu politique. C'est de bonne guerre. On essaye chacun d'utiliser des arguments même si on a dit plus ou moins l'inverse ou fait plus ou moins l'inverse quelques années avant", ajoute-t-il.

Lundi 3 octobre, Nicolas Sarkozy a fustigé ceux qui appellent les électeurs de gauche à voter à la primaire de la droite. " Où est la loyauté, quand on appelle des électeurs de gauche à voter, à signer, parjures, un papier dans lequel ils s'engageraient à partager les valeurs de la droite ?", avait demandé l'ex-Président.

 

 

[BONUS TRACK] Quand c'est flou…

Léger flottement mercredi lorsque sur Radio Classique, Nicolas Sarkozy confirme que ses équipes sont en train de préparer un projet pour interdire le voile. Et puis la position a quelque peu évolué dans la journée, des proches de l'ancien Président assurant que ce dernier ne visait pas le voile mais le burkini. "Il y a un emballement médiatique artificiel. Nous restons sur l’interdiction du voile à l’université, dans les entreprises et les administrations", a ainsi expliqué au Monde Guillaume Larrivé, coordinateur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Pour Benoist Apparu, cette imprécision est assez révélatrice. Le porte-parole d'Alain Juppé en vient donc tout naturellement à citer… Martine Aubry. Il dit :

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Je ne suis pas un adepte de Martine Aubry mais j'ai retenu une phrase : 'Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup'. Et là, j'ai le sentiment qu'il y a un peu de flottement, qu'il peut y avoir une technique qui consisterait à dire : 'je mets une formule très très forte pour marquer les esprits et essayer d'attirer un électorat, peut-être du Front national, dans la primaire'. Et puis de l'autre côté, on fait un peu de rétropédalage.

 

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Voilà donc Benoist Apparu en train de suggérer que Nicolas Sarkozy veut inciter les électeurs  frontistes à venir voter pour lui à la primaire. Quand on pense qu'il venait de dire, un peu plus tôt, qu'il ne voulait pas faire ce procès d'intention au camp Sarkozy…

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