Pour la ministre du Travail, "on a un code du travail, qui en gros n’est fait que pour embêter 95 % des entreprises"

Publié à 13h42, le 01 juillet 2017 , Modifié à 09h20, le 02 juillet 2017

Pour la ministre du Travail, "on a un code du travail, qui en gros n’est fait que pour embêter 95 % des entreprises"
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud © ALAIN JOCARD / AFP

BOULET - C’est la première grande réforme potentiellement explosive du quinquennat d’Emmanuel Macron : la réforme du code du travail, qui plus est par ordonnances. A la manœuvre de ce texte, la ministre du Travail Muriel Pénicaud. 

Invitée vendredi 30 juin du Club de l’économie du Monde, Muriel Pénicaud a estimé que sa réforme pourrait passer sans secousse sociale. "Oui, parce qu’il y a un momentum", veut-elle croire :

Cela ne veut pas dire que les choses seront faciles. Mais ce momentum, c’est d’abord la dynamique de la présidentielle et des législatives. Il y a deux ans, personne ne pensait que la France serait dans la dynamique d’aujourd’hui. Et il n’a échappé à personne que les Français ont donné un signal très fort lors de ces élections : il y a une attente de changements profonds et tous ces sujets étaient dans la campagne.

Au cœur des débats à venir, la réforme donc du code du travail pour donner plus de pouvoir au sein des entreprises et des branches. "Plus on est proche des acteurs, c’est-à-dire de l’efficacité économique et de la réalité sociale du dialogue, plus les solutions négociées sont pertinentes", assure la ministre, avant d’ajouter, pour défendre sa réforme :

Donc, soit on a un code du travail, qui, en gros, n’est fait que pour embêter 95 % des entreprises et sanctionner les 5 % qui ne se conduisent pas dans les règles ; soit nous inventons un système qui permet plus de marges de manœuvre, avec des filets de sécurité.

Pour Muriel Pénicaud, "seule une décentralisation – mais elle sera encadrée – permet de prendre en compte la réalité de la diversité des branches, des secteurs et des entreprises". "La loi, qui est au-dessus de tout, doit définir des grands principes, mais pas le détail de l’organisation et du temps de travail, ou encore de la formation", poursuit l’ancienne DRH du groupe Danone.

Sur le contrat de travail, la ministre avait auparavant assuré que le CDI "restera la norme" et espéré que sa réforme donnera lieu à trois ordonnances avant la fin de l’été.

Interrogé sur ces propos à la fin du séminaire gouvernemental à Nancy, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué :

 

Elle a une connaissance intime du code du travail. Elle est comme l’ensemble des membres du gouvernement, elle a le respect de la loi, le respect de la norme, le respect de ce qui fait que collectivement nous vivons dans un état de droit et qui fait que dans l’entreprise, nous ne vivons pas dans un monde sans règle mais au contraire dans un monde avec des règles. Personne n’ici ne songe à critiquer, par nature, ni le droit du travail ni le code du travail. Mais ce code est relativement complexe, épais et personne ne le décrit par son extrême simplicité ou par la capacité qu’il aurait eu à effectivement protéger les Français qui travaillent. On peut, sans rentrer dans une polémique, reconnaître qu’il gagnerait à être corriger afin de mieux répondre à son objectif fondamental qui est la protection des salariés et la définition de règles claires, simples, pratiques pour les salariés et pour les entreprises.

A LIRE AUSSI SUR LE LAB :

> Le porte-parole du gouvernement Castaner appelle la presse à "ne pas chercher à affaiblir" la ministre du Travail Pénicaud  

> Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est en partie à cause du Medef si le code du travail est trop épais  

> Cécile Duflot compare la réforme du droit du travail d’Emmanuel Macron au "débat sur le travail des enfants"  

A LIRE AUSSI SUR EUROPE1.FR :

> Réforme du Travail : Edouard Philippe et Muriel Pénicaud en orfèvres du déminage  

> Le gouvernement veut examiner la réforme du droit du travail en procédure accélérée 

Du rab sur le Lab

PlusPlus