Pour "Le Chasseur Français", François Hollande se souvient avec émotion de son enfance heureuse à la campagne

Publié à 17h41, le 20 octobre 2015 , Modifié à 17h44, le 20 octobre 2015

Pour "Le Chasseur Français", François Hollande se souvient avec émotion de son enfance heureuse à la campagne
© PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Opération séduction à l'attention des chasseurs et du monde rural, illustration. À quelques semaines des élections régionales et à moins de deux ans de la présidentielle, François Hollande donne une interview au magazine Le Chasseur Français, à paraître mercredi 21 octobre. Une première pour un président en exercice, en 130 ans d'existence du journal. Un vrai geste politique, donc.

À cet électorat plutôt traditionnellement à droite, François Hollande adresse ainsi un message d'amour : défense de la chasse en général - "loisir nourricier", "bien plus qu'une tradition, un engagement pour le respect des équilibres naturels" -, soutien à la chasse au loup, valorisation du monde rural... Mais pas que.

À la toute fin de ce long entretien, le chef de l'État se livre à un exercice un tantinet surprenant : il raconte avec lyrisme et une émotion perceptible son enfance à la campagne, lorsqu'il "allait chercher le lait tous les matins à la ferme d'à côté", qu'il vivait "avec des vaches dans les prés" et qu'il "allait ramasser des myrtilles" avec ses grands-parents en vacances.

On vous met ce passage in extenso, il vaut le détour :

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- Le Chasseur Français : Pour conclure, vous sentez-vous encore une âme rurale aujourd'hui, en tant que président de la République ?



- François Hollande : Je vis en ville - ça ne vous a pas échappé - même s'il y a beaucoup d'arbres à l'Élysée. Mais je suis né à la campagne. Mon père, médecin, avait décidé de s'y installer dans une vieille ferme. C'était près de Rouen. Enfant, j'allais chercher le lait tous les matins à la ferme d'à côté. En famille, nous consommions les poulets que nous élevions nous-mêmes, ainsi que les oeufs. J'ai toujours vécu avec des vaches dans les prés. C'est une chance formidable qui m'a été donnée et j'en remercie mes parents. Je partais en vacances avec mes grands-parents, en Savoie et en Haute-Loire, marcher, rammasser des myrtilles, respirer le grand air. Bien plus tard quand la Corrèze m'a accordé sa confiance j'ai pu découvrir des paysages protégés, de magnifiques exploitations agricoles où on élève le veau sous la mère, des espaces boisés, propices aux champignons et notamment aux cèpes.

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Une jolie histoire dont certains pourraient éventuellement se souvenir, une fois dans l'isoloir. L'enjeu électoral se fait d'ailleurs beaucoup plus clair dans la suite de sa réponse, sans transition après cette histoire de coins à champignons.

Il embraye en effet sur un éloge de la ruralité, de ceux qui y vivent une "vie simple", de cet "espace" qu'il ne veut pas "regarder" comme quelque chose "qu'il faudrait mettre sous cloche, comme une nostalgie en se disant que c'était le bon temps", mais au contraire comme un vivier du "vivre ensemble" qui doit "accueillir des urbains". Le message aux électeurs tentés par un certain bulletin de vote frappé d'une flamme (environ 25% des chasseurs ont voté Marine Le Pen en 2012) est limpide. Plus tôt dans l'interview, interrogé sur "les tentations extrémistes" qui se font jour dans les campagnes de France, il avait d'ailleurs expliqué :

 

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Qu'est-ce qui amène des citoyens à glisser vers l'extrémisme et à se saisir d'un bulletin de vote qui est un danger pour la cohésion de notre pays pour exprimer leur colère ? C'est le sentiment qu'ils sont privés d'avenir. La nostalgie du passé devient la seule référence.

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Soit la répétition de son message au monde agricole, martelé tant au salon de l'agriculture qu'au moment de la crise estivale qui a opposé le gouvernement et les éleveurs.

Il y a "campagne" et "campagne", et parfois, les deux sont intimement liées.



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