Pour ne pas parler d’inventaire, Luc Chatel vante le "retour sur expérience" tranquille de Nicolas Sarkozy

Publié à 11h33, le 20 janvier 2016 , Modifié à 11h54, le 20 janvier 2016

Pour ne pas parler d’inventaire, Luc Chatel vante le "retour sur expérience" tranquille de Nicolas Sarkozy
Luc Chatel © © PHILIPPE HUGUEN / AFP

RIEN NE SERT DE COURIR, IL FAUT LE DIRE A POINT – Est-ce enfin le droit d’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy réclamé par une partie de la droite ? L’exercice d’autocritique tant attendu par les militants Les Républicains ? La publication le 28 janvier prochain de La France pour la vie, le nouveau livre de Nicolas Sarkozy, à quelques mois de la primaire de la droite et du centre, peut être vue comme une tentative de reprendre la main pour l’ancien président de la République distancé dans les sondages par Alain Juppé. Mais les éléments de langage sont déjà dans la place.

Invité ce mercredi 20 janvier au matin face à Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, Luc Chatel, conseiller politique de l’ancien chef de l’Etat, défend en tout cas une autre vision de cet ouvrage à la sortie bien orchestrée et qui devrait contenir un petit mea culpa. L’ancien ministre de l’Education nationale explique ainsi :

 

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C’est un peu plus qu’un droit d’inventaire ou de l’autocritique, je dirais que c’est un retour sur expérience. Aujourd’hui c’est important quand on a exercé des responsabilités de regarder les choses en face.

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Pas question non plus d’y voir un shot de storytelling précipité pour rebooster une côte de popularité en berne. Pour ce proche de Nicolas Sarkozy, il s’agit plutôt de l’aboutissement d’une longue introspection initiée depuis l’échec de la présidentielle au printemps 2012. "Cela fait plusieurs années que Nicolas Sarkozy réfléchit à cela, plusieurs mois qu’il s’est attelé à la rédaction de cet ouvrage, poursuit  Luc Chatel. Donc il ne le fait pas sous la pression, il ne le fait pas dans une seringue, acculé comme je l’entends". Selon Paris Match, l’écriture du livre a pourtant commencé l’été dernier en Corse pour être achevée "dans le plus grand secret (…) pendant les fêtes de Noël". Il développe :

 

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Il a exercé les plus hautes responsabilités, il est engagé en politique depuis des années. Il a pris du champ avec la vie publique puis il est revenu par la voie sans doute la plus difficile (…). Il le fait par rapport à lui-même.Il souhaite livrer ce qu’a été son expérience du pouvoir pour que ça serve à l’avenir (…) de tout le monde, de toute la France.

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D’ailleurs, parmi les proches de Sarkozy, l’idée d’un inventaire du quinquennat - un concept théorisé par Lionel Jospin en 1995 - n’a jamais vraiment fait l’unanimité. Dès l’après présidentielle, Brice Hortefeux, l’ancien ministre de l’Intérieur s’était par exemple prononcé contre "le droit d’inventaire" - que réclamait à l’époque Roselyne Bachelot dans une interview au JDD - et pour "le droit d’inventer". Une position partagée par Nadine Morano ou Christian Estrosi. "Nous ne sommes pas obligés de nous flageller", fustigeait alors l’actuel président de la région PACA.

En octobre 2013, Jean-François Copé alors président de l’UMP, avait même tenté d’organiser un "débat" pour faire le bilan du sarkozysme pour répondre aux demandes de François Fillon. En vain. Prévue, le 17 octobre, cette journée d’autocritique avait fait pschitt après avoir été snobée par les ténors du parti comme Bruno Le Maire, Xavier Betrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse ou Nathalie Koscisuko-Morizet. Alors, plutôt que de parler d’un droit d’inventaire du quinquennat, Luc Chatel préfère parler de "retour sur expérience" - un terme très employé en ressources humaines - à vertu psychothérapeuthiques. Qu’entend par là l’ancien directeur des ressources humaines (DRH) de l’Oréal ?

 

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Quand vous avez exercé les plus hautes responsabilités, c’est important que vous puissiez dire aux uns et aux autres comment un certain nombre de sujets ont été traités, dans quel environnement, dans quel contexte, comment à l’avenir débloquer la France par rapport à certaines situations. C’est ce que j’appelle le retour sur expérience.



(...) Ce n’est pas l’autoflagellation, l’idée c’est de dire voilà ce qu’est mon expérience. Elle doit servir pour débloquer le pays, pour moderniser le pays, plonger la France dans le XXième siècle. C’est assez inédit pour un ancien président de la République de se livre à cet exercice. (…) Il ne le fait pas dans l’esprit de [se faire pardonner]. Il le fait dans un esprit de sincérité avec lui-même ; quand vous avez exercé des fonctions, il y a un moment dans la vie où on se regarde dans la glace, on regarde ce qu’on fait et ce qu’on fait de bien, de moins bien et on essaye de comprendre, de se projeter.

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S’agit-il de revenir sur les errances et les erreurs du quinquennat ? A cette question Luc Chatel botte en touche. "D’abord il n’y a pas que des erreurs. (…) L’objectif, c’est peut-être d’initier une nouvelle rencontre avec les Français".

Mais voudront-ils d’une nouvelle "expérience"  ?

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