Quand Sarkozy et Fillon avançaient les mêmes arguments que Hollande et Valls pour reculer sur la déchéance de nationalité

Publié à 11h21, le 23 décembre 2015 , Modifié à 11h53, le 23 décembre 2015

Quand Sarkozy et Fillon avançaient les mêmes arguments que Hollande et Valls pour reculer sur la déchéance de nationalité
© AFP

RETOUR VERS LE FUTUR - Imaginez l’opposition fulminer contre le recul du gouvernement sur une proposition issue de ses rangs. Imaginez aussi que cette même opposition ait reculé sur le même sujet avec les mêmes arguments cinq ans plus tôt. C’est ce qui se passe avec la déchéance de nationalité que François Hollande et Manuel Valls n’ont finalement pas retenue dans la réforme de la Constitution présentée ce mercredi 23 décembre en conseil des ministres. En cause : une mesure jugée inefficace et surtout simplement "symbolique" et un vrai risque d’énerver une grosse partie de la majorité.

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Face au renoncement annoncé de l’exécutif sur cette mesure "symbolique", comme nombre de politiques le reconnaissent, la gauche de la gauche jubile et la droite est vent debout et menace de ne pas voter la réforme constitutionnelle à venir. Gérard Larcher, président LR du Sénat, prévoit même de réintroduire la mesure à la chambre haute.

Sauf que les mémoires flanchent et les archives sont cruelles.

Car en 2011, la droite au pouvoir avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée et François Fillon à Matignon avait reculé de la même manière sur la déchéance de nationalité sous la pression de Jean-Louis Borloo et des centristes, comme le rappelle ce mercredi Le Parisien.

Retour encore un peu en arrière.

En 2010, lors de son controversé discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy propose la déchéance de nationalité (pas tout à fait dans les mêmes conditions que celle proposée par François Hollande devant le Congrès). La gauche hurle au scandale et la droite vote tout d’abord le texte, d’une courte majorité, via un amendement, porté par Thierry Mariani, au projet de loi sur l’immigration.

Mais quelques mois plus tard, une fronde contre ce projet monte dans la majorité et notamment chez les centristes. 68 députés de la majorité derrière Jean-Louis Borloo cosignent alors un amendement de suppression de la déchéance de nationalité. "La carte d’identité ne doit pas intervenir dans la sanction", défend alors Marc-Philippe Daubresse tandis que Nicole Ameline juge que cela risque de "créer deux catégories de Français". Exactement ce pourquoi une partie de la gauche s’oppose aujourd’hui au texte.

Forcé de reculer, le gouvernement l’annonce en mars 2011 aux députés de la majorité. Raisons invoquées : un risque de diviser la majorité trop grand pour une mesure "uniquement symbolique", selon les mots de Claude Guéant, à l’époque ministre de l’Intérieur. L’annonce est faite par François Fillon en réunion de groupe à l’Assemblée. L’ancien Premier ministre explique que la décision a été prise d’un commun accord avec Nicolas Sarkozy. Il lance alors aux députés UMP :

"

J'appelle la majorité à rester soudée. Si on se divise, le texte ne sera pas voté et Claude Guéant n'aura pas les moyens de lutter contre l'immigration clandestine. Je demande à chacun de se rallier à la position de compromis (l'abandon de cette mesure, ndlr) qui a été prise en accord avec le président de la République.

"

Et Jean Leonetti, qui était vice-président du groupe UMP, d’ajouter :

"

Il n'y a pas un député qui n'a jamais pensé que la mesure était fragile sur le plan constitutionnel et donc fragile juridiquement.

"

Un discours bien différent de celui tenu aujourd’hui par l’opposition qui crie au laxisme de la gauche et dénonce avec force le renoncement de François Hollande.

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