Quand soudain, Manuel Valls répond à Emmanuel Todd par une tribune dans Le Monde

Publié à 11h43, le 07 mai 2015 , Modifié à 13h06, le 07 mai 2015

Quand soudain, Manuel Valls répond à Emmanuel Todd par une tribune dans Le Monde
Manuel Valls © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

ARME DE COMMUNICATION MASSIVE - Emmanuel Todd vient de publier un livre, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, dans lequel il explique notamment que la grande manifestation du 11 janvier à Paris, après les attentats, fut une "imposture". Parce que, écrit-il, "une partie de la France n'était pas là" ce jour-là, jour où la "France blanche" a voulu "définir comme besoin prioritaire le droit de cracher sur la religion des faibles". Vive polémique. Tellement vive que le Premier ministre lui répond directement. Par voie de presse.

Ce 7 mai, Le Monde publie une tribune de Manuel Valls, intitulée "Non, la France du 11 janvier n'est pas une imposture". Et le chef de gouvernement affiche clairement sa démarche :

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L’historien et démographe Emmanuel Todd publie un ouvrage dans lequel il entend dénoncer 'l’imposture' du 11 janvier. D’autres l’ont précédé sur cette voie, et d’autres le suivront sans doute, mais je veux répondre à son analyseen pointant, pour reprendre sa terminologie, quatre impostures.



[...] Je réponds, ici, à Emmanuel Todd, mais je ne réponds pas qu’à lui. Le plus inquiétant dans ses thèses, c’est qu’elles participent d’un cynisme ambiant, d’un renoncement en règle, d’un abandon en rase campagne de la part d’intellectuels qui ne croient plus en la France. J’aimerais que plus de voix s’élèvent pour défendre notre pays, pour mieux en penser les défis, pour relever l’étendard de l’optimisme.

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Manuel Valls prend donc sa plume pour répondre point par point à Emmanuel Todd, en s'adressant directement à lui et dans une défense de cet "esprit du 11 janvier" que l'exécutif convoque à l'envi. 

Dans le détail, il s'élève en premier lieu contre le fait qu'Emmanuel Todd fasse "croire que le 11 janvier était une attaque contre une religion, contre l’islam". "Cette manifestation fut un cri lancé, avec dignité, pour la tolérance et pour la laïcité, condition de cette tolérance", écrit le Premier ministre.

Il s'en prend ensuite à la "définition de la liberté d’expression" de l'historien, l'invitant à ne pas "tout mélanger". Todd s'insurge contre le fait que les Français se soient "réunis à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu - et même un devoir !", surtout "lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société". Manuel Valls rétorque :

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Dans notre pays, la caricature a toujours eu un rôle essentiel dans la construction de l’opinion publique. Elle est ce mode d’expression si singulier qui permet la dénonciation de l’injustice, la contestation des abus, la critique des 'puissants'. Elle est le plus souvent, n’en déplaise à Emmanuel Todd, du côté des 'faibles' et des 'discriminés'. En l’espèce, la caricature de Mahomet est du côté de ceux subissant le poids des fondamentalismes, la violence des fanatiques qui détruisent, terrorisent, assassinent.

 

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Le Premier ministre dénonce encore une "troisième imposture". Todd écrit que "la 'néo-République' est cet objet sociopolitique étrange qui continue à agiter les hochets grandioses de la liberté, de l’égalité, de la fraternité qui ont rendu la France célèbre dans le monde, alors qu’en fait notre pays est devenu inégalitaire, ultraconservateur et fermé."

Valls répond :

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La troisième imposture, c’est cette théorisation d’une néo-République, concept pour le moins brumeux. [...] La vérité, c’est que, dans les cortèges, chaque citoyen comptait à égalité, quelles que soient ses croyances, ses origines, sa couleur de peau, sa classe sociale. Propager l’idée que la République serait aux mains de certains et agirait au détriment d’autres, c’est jouer un jeu dangereux : celui des populismes, des extrêmes qui, eux, nous conduiraient vers la ruine.

 

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Enfin, Manuel Valls s'oppose à "la définition donnée de la gauche" par l'auteur. Ce dernier estime qu'"il y a eu une subversion de ce qu’était la gauche française. Cette dernière, aujourd’hui dominée par le PS, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu’elle prétend être. C’est une gauche qui n’adhère pas aux valeurs égalitaires." Le résident de Matignon y voit "une définition qui reflète la tentation populiste en vogue, qui voit dans les 'élites' un groupe fondamentalement méprisant, 'mondialiste', dont la seule motivation serait de trahir le peuple." Il ajoute : "Au fond, pour l’historien-démographe, devenu gardien du temple, la gauche ne vivrait bien que dans la contestation, le mythe révolutionnaire."

Récemment, Manuel Valls s'était déjà indigné des propos d'autres intellectuels, comme Michel Onfray et Michel Houellebecq, et ceux du polémiste Éric Zemmour.

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