Quand Valérie Pécresse promet de "nettoyer" le quartier La Chapelle-Pajol

Publié à 10h44, le 29 mai 2017 , Modifié à 10h44, le 29 mai 2017

Quand Valérie Pécresse promet de "nettoyer" le quartier La Chapelle-Pajol
Valérie Pécresse © Patrick KOVARIK / AFP

La publication de l'article du Parisien avait fait grand bruit. Le 19 mai, le quotidien publie une enquête sur le harcèlement de rue dans le quartier La Chapelle-Pajol. Intitulé "Paris : des femmes victimes de harcèlement dans les rues du quartier Chapelle-Pajol", il reproduit les témoignages de plusieurs femmes habitant ce secteur du nord de Paris et se disant victimes d'injures, de violences, de menaces, de la part de groupes d'hommes qui les excluraient de l'espace public. En parallèle, une pétition est lancée sur internet par le collectif SOS La Chapelle. Son nom est sans équivoque : "Les femmes, espèce en voie de disparition au cœur de Paris".

Une semaine plus tard, l'affaire est loin d'être terminée. Dimanche 28 mai, Le Bondy Blog met en ligne une contre-enquête à l'article du Parisien. Le site internet démonte les arguments avancés par le quotidien et, sur la base d'enquêtes et de témoignages, contredit la thèse selon laquelle des pans entiers du quartier La Chapelle-Pajol seraient interdits aux femmes.

Le Bondy Blog revient également sur la récupération politique de l'affaire et notamment sur la visite de Valérie Pécresse à une marche organisée dans la foulée de la publication de l'article du Parisien par la candidate LR-UDI aux législatives dans la 17e circonscription de Paris, Babette de Rozière. "Il y a urgence. Les habitants crient. On ne les entend pas et c'est pour ça que moi, présidente de région, je suis venu avec Babette de Rozière pour crier avec eux", s'était indignée la présidente d'Île-de-France devant les caméras.

On y découvre alors ce dialogue entre la présidente d'Île-de-France et un habitant du quartier. "Ce que je demande, que ces gens-là, il faut les héberger, faut pas les laisser comme ça. Pas à la Chapelle car c’est devenu pire que Barbès. Je ne vous cache pas, je suis propriétaire, j’ai travaillé toute ma vie. Faut les loger ailleurs", a lancé cet homme, présenté comme un retraité. Par "ces gens-là", il faut comprendre "les migrants".

Et voici la réponse apportée par Valérie Pécresse, telle que rapportée par Le Bondy Blog :

Ne vous inquiétez pas, le quartier va être nettoyé, et quand le quartier sera nettoyé, vous redeviendrez calme chez vous. […] Il n’y a pas que le problème des migrants, il y a le problème des trafiquants.

 

Avant de se reprendre et d'élargir le problème non pas seulement au sujet des migrants, Valérie Pécresse promet donc de "nettoyer" le quartier La Chapelle-Pajol.

L'article du Parisien ne fait pas explicitement référence aux migrants. Il sous-entend cependant clairement que les problèmes de harcèlement de rue se seraient largement amplifiés avec l'arrivée de réfugiés dans le quartier. "Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes", écrit Le Parisien.  

Dès la publication de cet article le 19 mai, la politique s'était emparée du sujet. Anne Hidalgo avait publié un communiqué conjoint avec la préfecture de police de Paris. "Le quartier de Pajol fait partie des zones prioritaires. Des situations de harcèlement de rue à l’égard des femmes y ont été constatées. Si les femmes ne sont pas 'interdites' de circuler, il existe bel et bien un fort sentiment d’insécurité qu’il convient de résoudre au plus vite", avait-elle assuré.

De l'autre côté, le groupe LR au conseil de Paris avait diffusé un montage vidéo pour critiquer les marches exploratoires de femmes planifiées à la Goutte d' Or – un quartier différent de celui de La Chapelle-Pajol - par la mairie de Paris. Babette de Rozière avait organisé un sit-inpuis une marche dans le quartier. Sur France-Bleu, une membre de l'association Demain La Chapelle s'indigne que la situation soit "récupérée par les candidats aux législatives"…

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